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Les Cendres du Passé

Author: O. M. F
last update publish date: 2026-10-15 03:48:22

Qui se ressemble s'assemble

Épisode 3 

Je sortis du manoir, claquant la porte derrière moi, et la nuit m'avala comme une promesse. L'air frais me frappa le visage, mais il ne parvint pas à éteindre la rage qui brûlait dans ma poitrine. Je marchai vite, sans but, les poings serrés, les larmes menaçant de couler mais que je refusais de laisser tomber. Pas pour eux. Jamais pour eux.

Mon téléphone vibra dans ma poche. Je le sortis, m'attendant à un énième message de menace. C'était Camille.

Camille : Je te prendrai tout. Tes parts et la maison de ta grand-mère ne sont que le début. Prépare-toi.

Je fixai l'écran un long moment, puis un sourire étira mes lèvres. Un sourire froid, presque cruel. Je tapai ma réponse : une succession d'emojis souriants. Rien de plus. Pas de mots. Juste des sourires. Elle comprendrait.

Je rangeai mon téléphone et levai la main pour arrêter un taxi.

_____ La maison de ma grand-mère, s'il vous plaît.

Le chauffeur acquiesça. Je m'installai à l'arrière, le regard perdu dans le paysage qui défilait. Les lumières de la ville s'estompaient peu à peu, laissant place à des routes plus sombres, plus calmes. Je connaissais ce chemin par cœur. Je l'avais emprunté des centaines de fois, enfant, quand ma grand-mère venait me chercher à l'école. C'était elle qui m'avait élevée, elle qui m'avait aimée quand personne d'autre ne le faisait.

La voiture s'arrêta devant une vieille bâtisse en pierre, entourée d'un jardin envahi par les mauvaises herbes. La maison de ma grand-mère. La seule maison où j'avais été heureuse.

Je payai le chauffeur et descendis. Je sortis de mon sac un briquet que j'avais pris en quittant le manoir. Un petit briquet en métal, froid dans ma paume.

Je m'approchai de la maison, mon souffle formant de petites volutes blanches dans l'air nocturne. Je m'arrêtai devant la porte, la main posée sur le bois usé. Les souvenirs affluèrent, violents, doux, déchirants.

Je revis ma grand-mère, assise dans son fauteuil près de la cheminée, un plaid sur les genoux. Elle me souriait, ce sourire qui plissait le coin de ses yeux.

Grand-mère : Vicky, ma chérie, après ma mort, je te laisserai cette maison.

_____ Tu vivras jusqu'à cent ans, mamie. Tu verras.

Elle riait, de ce rire chaud qui remplissait la pièce.

Grand-mère : Cent ans, c'est long, ma puce. Mais je te promets que cette maison sera à toi. Toujours.

Elle est morte à soixante-douze ans. Une maladie que je n'ai pas pu guérir parce que je n'étais pas là. J'étais à l'étranger, en train d'étudier, de me former, de devenir quelqu'un. Je suis revenue le jour de ses funérailles. Trop tard. Toujours trop tard.

Je sentis les larmes couler sur mes joues, chaudes, salées. Je les laissai tomber. Il n'y avait personne pour me voir.

_____ Pardonne-moi, mamie. Pardonne-moi de ne pas avoir été là. Si j'avais pu, j'aurais arraché la maladie à la porte des enfers. J'aurais tout donné. Tout.

Ma voix se brisa. Je restai là, immobile, à pleurer en silence. Puis je sortis la bouteille de whisky que j'avais apportée. Je dévissai le bouchon et versai le liquide ambré sur le perron, en offrande, en adieu.

_____ Repose en paix, mamie. Je t'aime.

Je reculai de quelques pas. Je sortis le briquet. Je l'allumai. La petite flamme trembla dans la nuit, hésitante, puis je la jetai sur le perron imbibé d'alcool.

Le feu prit instantanément. Les flammes léchèrent les murs de pierre, s'attaquèrent aux rideaux, aux meubles, à tout ce qui restait de mon enfance. Je regardai la maison brûler, les yeux secs maintenant, le cœur lourd mais apaisé. Je ne la laisserais pas à Camille. Jamais.

Quand les flammes eurent tout consumé, je tournai les talons et m'engageai sur la route sombre. Je n'avais nulle part où aller. Mais pour la première fois depuis longtemps, je me sentais libre.

Alors que je marchais, j'entendis un bruit. Un gémissement étouffé, quelque part sur ma gauche, dans les fourrés qui bordaient la route.

Je m'arrêtai net. Mon corps se tendit, mes sens en alerte. Je sortis le couteau que je gardais toujours sur moi, caché dans ma botte, et m'approchai lentement de l'endroit d'où provenait le bruit.

J'écartai les branches. Un homme gisait là, affalé contre un arbre, une main pressée contre son ventre. Du sang. Beaucoup de sang. Ses cheveux blonds étaient collés à son front par la sueur, et son visage était pâle, presque gris.

Je m'approchai encore. Je le reconnus.

C'était lui. L'homme de la ruelle. Celui qui m'avait sauvée. Celui qui m'avait embrassée. Celui dont j'avais serré la gorge entre mes mains.

Il leva les yeux vers moi, et un sourire faible, presque imperceptible, étira ses lèvres.

Alex : On se retrouve toujours dans les meilleurs moments, on dirait.

Je restai figée, le couteau toujours à la main, le cœur battant à tout rompre. Le feu derrière moi éclairait la scène d'une lueur orangée, dansant sur son visage blessé.

_____ Qu'est-ce que tu fais là ?

Alex : Je pourrais te poser la même question. Mais vu la maison en feu, je devine que tu as réglé quelques comptes.

Il toussa, une toux grasse, inquiétante. Le sang continuait de couler entre ses doigts.

_____ Tu vas mourir si tu ne te fais pas soigner.

Alex : Alors soit tu m'achèves, soit tu me sauves. Dans les deux cas, ce sera toi qui auras décidé de mon sort.

Je le fixai longuement. Cet homme était dangereux. Je le savais. Mais il y avait quelque chose dans son regard, une lueur qui me rappelait la mienne. La lueur de quelqu'un qui a souffert, qui s'est battu, et qui ne demande la pitié de personne.

Je rangeai mon couteau. Je m'agenouillai près de lui et déchirai un pan de ma robe pour comprimer la blessure.

_____ Tu as de la chance que je ne te laisse pas crever ici.

Alex : Ce n'est pas de la chance. C'est du destin.

Je levai les yeux vers lui, et nos regards se croisèrent. Le feu crépitait derrière nous, les cendres de mon passé s'élevaient dans le ciel noir, et devant moi, un homme que je ne connaissais pas mais qui semblait déjà faire partie de ma vie.

_____ Qui es-tu, à la fin ?

Il sourit, un sourire fatigué mais sincère.

Alex : Quelqu'un qui te ressemble.

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