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Le Manoir des Valmont

Author: O. M. F
last update publish date: 2026-10-15 03:47:42

Qui se ressemble s'assemble

Épisode 2 

Je rentrai au manoir d'un pas lent, la mâchoire serrée, les lèvres encore brûlantes de ce baiser que je refusais de comprendre. Le portail de fer forgé grinça comme un avertissement. La lumière du hall était allumée, et je savais ce qui m'attendait. Une mise à mort. Encore. À peine eus-je franchi le seuil que la main de mon père s'abattit sur ma joue.

Victor : Tu oses sortir la nuit et nous faire honte ?

La gifle claqua dans le silence du hall, violente, humiliante. J'encaissai sans un mot, la tête tournée sur le côté, une marque rouge s'imprimant sur ma peau déjà meurtrie par la nuit. Ma mère, Hélène, se tenait derrière Victor, les bras croisés, le regard dur. Elle s'approcha à son tour.

Hélène : Regarde-toi. Tu n'es qu'une honte pour cette famille.

Une seconde gifle. Je la reçus sans ciller, le regard fixé sur un point au sol.

Puis Sébastien, mon fiancé, s'avança. Grand, beau, arrogant, il avait ce regard condescendant que je connaissais trop bien. Il leva la main, prêt à me frapper à son tour.

J'arrêtai son poignet au vol.

Le geste fut rapide, précis, inattendu. Sébastien eut à peine le temps de comprendre ce qui se passait que je lui rendis sa gifle, avec une force qui fit vaciller l'homme élégant.

Sébastien : Comment oses-tu ? Tu as payé quelqu'un pour tuer Camille, et tu oses te défendre ?

Je le fixai, incrédule, un rire froid m'échappant.

____ Moi ? J'ai payé quelqu'un pour tuer cette hypocrite ?

Victor : Pour qui veux-tu faire semblant ? Je me demande comment j'ai pu avoir un monstre comme fille.

Je soutins son regard sans ciller, les poings serrés. J'allais répondre quand une voix douce s'éleva derrière moi.

Camille : Papa, maman, laissez ma sœur tranquille.

Camille. La fausse cousine. L'orpheline. La pauvre fille sans défense. Elle s'avança dans le hall, les mains croisées, le regard larmoyant, une comédie parfaitement rodée. Elle s'arrêta près de moi et posa une main sur mon bras, comme une sœur aimante.

Camille : Peut-être qu'elle ne l'a pas fait exprès. Je suis une orpheline, une pauvre fille sans défense, et je dépends de vous. C'est donc normal qu'elle m'en veuille.

Je regardai cette main posée sur mon bras comme si elle brûlait. La haine monta en moi, plus forte que la douleur de la gifle, plus forte que l'humiliation. J'avais entendu cette rengaine toute ma vie, et chaque fois, le venin d'Hélène suivait.

Hélène : Elle ne doit pas t'en vouloir puisqu'elle te doit tout. C'est par sa faute que ta mère est morte. Et elle doit tout supporter.

Je sentis quelque chose se briser en moi, une dernière digue qui cédait sous la pression. Je m'approchai de Camille, lentement, et la fausse sœur recula d'un pas, feignant la peur. Je ne lui laissai pas le temps de jouer la victime. Ma main s'abattit sur la joue de Camille. Une fois. Deux fois.

Le bruit des gifles résonna dans le hall comme un coup de tonnerre.

Victor : Comment oses-tu ?

____ J'oserai encore et encore si jamais elle me cherche, cette garce hypocrite.

Un silence de plomb suivit mes mots. Victor me fixa longuement, les mâchoires serrées, puis il prit une décision.

Victor : Nous allons transférer tes parts à Camille. Quant à toi, tu te marieras avec ton fiancé pour des alliances commerciales. On a besoin du soutien de sa famille pour relever la pente.

J'éclatai de rire. Un rire sombre, presque cruel, qui résonna dans le hall comme une malédiction.

____ Cet homme, je ne l'épouse pas. Que celle qui le veut le fasse.

Camille s'approcha alors, les joues encore rouges des gifles, mais le regard faussement doux. Elle prit mes deux mains dans les siennes, comme une sœur aimante.

Camille : Ma sœur, ne fais pas ça. Les parents font tout ceci pour ton bien.

Je retirai mes mains d'un geste brusque et repoussai Camille si violemment qu'elle trébucha. Puis, avant que quiconque puisse réagir, je lui envoyai une nouvelle gifle, la troisième de la soirée.

____ Marie-le, si tu le veux.

Sébastien, qui avait assisté à la scène sans intervenir, s'avança alors, l'air blessé et indigné.

Sébastien : On est ensemble depuis plus de dix ans. Comment peux-tu annuler nos fiançailles ? Je sais que tu m'aimes, alors ne joue pas les intéressante.

Je me retournai vers lui, et mon rire fut cette fois teinté de mépris pur.

____ Moi, t'aimer ? J'ai mis mon amour au placard parce que tu ne le mérites pas. Je préfère aimer un fou que de te marier. Pourquoi ne pas épouser Camille, ta petite protégée ?

Sébastien : Entre Camille et moi, il n'y a rien. Je la trouve juste pitoyable, c'est tout.

____ Ce n'est pas mon problème. Je ne me marie plus, et personne ne pourra m'y forcer.

Je tournai les talons et me dirigeai vers la porte, la tête haute, le cœur en feu. Je n'avais plus rien à faire ici. Je n'avais plus rien à perdre.

Victor : Si tu ne te maries pas, je donnerai la maison que ta grand-mère t'a laissée à Camille.

La voix de mon père me figea sur place, comme une lame plantée dans mon dos.

Je m'arrêtai. Un frisson me parcourut l'échine. La maison de ma grand-mère. Le seul endroit où j'avais été heureuse. Le seul souvenir qui me restait de quelqu'un qui m'avait aimée sans condition.

Je me retournai lentement, le regard dur, et fixai mon père droit dans les yeux.

____ Si grand-mère savait que son héritage serait la source de mon malheur, elle aurait préféré le brûler et ne pas me le laisser.

Ma voix ne tremblait pas. Elle était calme, presque détachée, mais chaque mot était une lame.

____ Faites ce que vous voulez. Je m'en fiche.

Je sortis, claquant la porte derrière moi, et la nuit m'avala comme une promesse.

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