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Chapitre 14 — L'évitement

Author: Déesse
last update publish date: 2026-09-26 01:21:24

Ombretta De Luca

Il se lève. Il s'approche. Il pose ses mains sur mes épaules. Il me force à le regarder. Ses yeux sont sombres. Presque noirs. Comme ceux de Matteo. Mais dans ses yeux à lui, il n'y a pas de froideur. Pas de distance. Pas de mur. Il n'y a que de l'amour. Que de l'inquiétude. Que de la peur.

— Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous. Je ne sais pas ce qu'il t'a fait. Je ne sais pas ce que tu lui as fait. Je ne veux pas le savoir. Pas maintenant. Pas comme ça. Mais je veux q
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    Je ne veux pas détourner ce manque contre Ombretta, je ne veux pas lui demander de soulager ce que je ressens, ce serait trop facile, ce serait injuste, je reviens à Matteo, à ce que je dois lui dire, et ma gorge se serre moins, les mots trouvent une place, pas encore une voix, mais une place assez nette pour que je sache ne plus pouvoir les retenir longtemps, je reste avec la vérité sur cette grossesse et je sens ma fureur attendre Matteo, cette fureur qui n'est pas seulement de la colère, qui contient aussi de la peur, de l'inquiétude, de l'amour blessé, tout ce mélange que je ne peux pas démêler maintenant, et qui attend, qui attend son heure. Matteo Je fais face à Dario et je ne cherche pas à prendre le premier mot, je sens sa colère avant même de pouvoir décider comment lui répondre, cette chaleur qui émane de lui, cette tension dans ses épaules, dans sa mâchoire, dans ses poings fermés le long de son corps, je la reçois dans sa manière

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    Dario Je découvre enfin la vérité sur la grossesse de ma sœur et je reste quelques instants avec une étrange sensation de retard dans tout le corps, comme si l'information mettait du temps à parcourir mes membres, à atteindre mes extrémités, à devenir réelle, je comprends trop vite pour pouvoir recevoir doucement, cette vitesse de l'esprit qui devance les émotions, qui assemble les pièces avant que je puisse décider si je veux les voir assemblées, ma pensée rejoint aussitôt Ombretta, je me la représente enceinte et je sens mon ventre se contracter, cette tension musculaire involontaire, ce réflexe du corps qui se protège contre quelque chose qui n'est pas physique, je voudrais pouvoir considérer cette réalité une seconde sans que Matteo y prenne déjà toute la place, mais son nom vient, son nom se place entre ce que je découvre et la moindre tentative de garder mon calme, Matteo, ce nom qui était neutre autrefois, qui désignait simplement l'homme que ma sœur

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    Je distingue ce que je vois de ce que je suppose, je recommence à le faire parce que les deux se mêlent dès que mon attention se relâche, ce bâtiment, oui, cette rue, peut-être, cette silhouette, je ne sais pas, ce qui me mène vers elle reste ténu, fragile, presque rien, je ne possède pas une adresse, je ne dispose pas de cette précision qui permet de cesser de penser pour agir sans hésitation, et je dois me répéter cela tandis que mon corps semble déjà se préparer à rejoindre une destination que je ne connais pas, mes jambes veulent bouger, mes pieds cherchent le sol comme s'ils allaient se lever, je sens cette impatience musculaire qui monte dans mes cuisses, cette énergie qui ne trouve pas où se dépenser. Je sens mes jambes vouloir bouger, je reste devant la photo, immobile, les pieds bien plantés, les genoux légèrement fléchis, cette position qui m'ancre au sol quand tout en moi voudrait partir, après tant de recherches sans résultat, la moindre chose réelle

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    Je relève les yeux, je ne trouve pas une réponse entière dans ces mots, je ne peux pas les poser sur les dons de Luna comme un couvercle qui les maintient enfin à leur place, pourtant ma respiration change un peu, je prends plus de souffle sans devoir y penser, cette expansion dans ma poitrine qui se fait sans effort, les vieilles légendes italiennes restent des légendes, je ne les confonds pas avec une certitude, je ne vais pas me mettre à croire aux histoires de famille comme on croit à une vérité scientifique, mais je ne suis plus seule à tenir ces paroles dans ma bouche, je peux les prononcer devant une autre personne sans recevoir en retour un regard qui me renvoie à ma peur, et cette différence, même minuscule, même fragile, je la sens dans mes épaules, dans cette manière qu'elles ont de descendre quand je cesse de me préparer à me défendre. — Merci de ne pas me dire que je me trompe Je laisse mes mains ouvertes sur la table, pa

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    OmbrettaJe parle à Mme Fabbri avec une lenteur qui finit par me gêner, je reprends certains mots, je voudrais pouvoir lui exposer ce qui me trouble sans entendre aussitôt combien cela semble étrange, mais je ne trouve aucune manière simple de décrire les dons de Luna, ma langue accroche contre mes dents, je sens cette résistance osseuse à chaque syllabe que je prononce, comme si mon propre corps cherchait à retenir ce que je m'apprête à confier, je garde les mains serrées pendant que je parle, je le remarque à la pression de mes ongles contre mes paumes, ces petites marques rouges qui se creusent dans la chair, et je desserre un peu les doigts, pas assez pour les détendre, juste assez pour ne plus me faire mal, la cuisine de Mme Fabbri sent le pain grillé et la cannelle, cette odeur qui reste suspendue dans l'air chaud, je fixe un point sur la nappe, une petite tache ancienne qui n'est jamais complètement partie, et je me demande si mes mots vont trouver un endroit où

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    OmbrettaJe regarde Luna grandir et je ne sais pas où placer exactement le passage entre le petit corps que je soutiens entièrement et cette enfant qui se tient peu à peu dans sa propre présence, je reconnais ma fille dans chaque changement, parfois je la reconnais après une seconde de surprise, sa voix gagne une assurance que je ne lui connais pas encore, ses gestes vont plus loin que le mouvement que je prépare pour elle, et je dois retirer mes mains au lieu de les avancer, le temps prend cette forme, je découvre une chose nouvelle chez Luna pendant que je continue à la regarder avec mes habitudes anciennes, je m'ajuste, je laisse ma fille occuper la place qui devient la sienne, je trouve de la douceur jusque dans ce retard de mon regard, puis quelque chose vient se glisser dans ce mouvement et je ne sais plus comment le suivre, Luna sait, au début je ne donne pas ce sens à ce que je remarque, je reçois ses paroles comme je reçois les paroles de mon enfant, avec une

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