LOGINJe quittai la salle avec le souffle court et la colère accrochée à ma peau comme une seconde couche.Les gardes s’effacèrent en silence.Je ne savais pas si le Roi m’attendrait à la sortie.Il était là.Adossé à la pierre, les bras croisés, le visage impassible.Son regard glissa sur moi dès que j’apparus.— Alors ?Ce simple mot me donna envie de mordre.— Alors quoi ?— Tu as eu tes réponses ?Je m’arrêtai à quelques pas de lui.— J’en ai eu certaines.— Et tu le crois ?La question tomba trop vite.Trop directement.Je serrai les dents.— Vous attendez quoi, exactement ? Que je vous dise que non, bien sûr, il ment, fin de l’histoire, merci pour l’analyse ?Ses yeux se durcirent légèrement.— J’attends de savoir si tu vois ce qu’il a fait.— Je vois très bien ce qu’il a fait !Ma voix résonna plus fort dans le couloir que je ne l’avais prévu.— C’est justement le problème.Le Roi resta immobile.— Explique.Je laissai échapper un rire amer.— Il m’a donné juste assez de vérité pour
Le lieu choisi par le Roi était une ancienne salle d’audience latérale, plus petite que la grande, mais assez vaste pour garder ses distances.Deux gardes restaient postés à l’extérieur.Le Roi, lui, n’était pas visible.Je savais pourtant qu’il n’était pas loin.Je sentais presque sa présence dans les pierres mêmes du château.Et ça me troublait de le savoir.Je me tenais au centre de la pièce quand la porte s’ouvrit.L’Alpha entra seul.Mon souffle se coinça.Ce n’était pas de l’amour.Pas cette fois.C’était la violence d’un souvenir trop vif.Il s’arrêta à quelques pas de moi. Son regard parcourut mon visage comme s’il cherchait quelque chose.Une blessure.Une preuve.Un reste de ce qu’il avait laissé.— Lily.Je détestai la manière dont mon prénom sonnait dans sa bouche.Comme s’il avait encore le droit de l’utiliser avec douceur.— Tu voulais me voir ? demandai-je.Sa mâchoire se crispa légèrement.— Oui.Silence.Je refusai de l’aider.S’il avait quelque chose à dire, qu’il le
Je gardai la lettre sur moi toute la journée.Comme une brûlure.Comme un secret.Comme une erreur que je n’avais pas encore commise, mais dont je sentais déjà le poids.Pendant l’entraînement, je manquai deux fois de me faire désarmer. Le Roi ne dit rien la première fois. Il ne dit rien non plus la seconde.Ce silence-là était pire que n’importe quelle remarque.À la troisième erreur, il bloqua ma lame d’un geste sec et la fit tomber au sol.— Tu es absente.Je me baissai pour la ramasser.— Je suis fatiguée.— Mauvais mensonge.Je redressai le menton.— Je n’ai pas besoin de mentir.— Non. Mais tu le fais quand même.Sa voix me traversa avec une précision agaçante.Je serrai un peu plus fort la poignée de l’arme.— Vous aimez vraiment entendre votre propre clairvoyance, ou c’est juste un hobby royal ?Il ne répondit pas à la pique.À la place, il tendit la main.— Donne-la-moi.Je fronçai les sourcils.— Quoi ?— La lettre.Mon cœur rata un battement.Je restai figée.Il le savait.
Je quittai la cour plus vite que je ne l’aurais voulu.Pas en courant.Je refusais de lui donner ce plaisir-là.Mais suffisamment vite pour que mes propres pensées aient du mal à suivre mes pas.Une fois seule dans ma chambre, je refermai la porte derrière moi et restai appuyée contre le bois pendant plusieurs secondes.Mon cœur battait trop fort.Ridiculement fort.Je portai une main à ma poitrine, agacée par moi-même.— Reprends-toi, soufflai-je.Comme si ça allait suffire.Je traversai la pièce, attrapai la carafe posée sur une table et bus à même le verre. L’eau était fraîche, mais pas assez pour calmer l’agitation sous ma peau.Je repensais encore à la cour.Au mur derrière moi.À sa main près de ma tête.À ce regard descendu juste une seconde trop bas.Je fermai les yeux.Mauvaise idée.Un autre visage apparut.Celui de mon ancien Alpha.Tout s’effondra d’un coup.La place de la meute. Les murmures. Le rejet. Son regard vide. Ma honte exposée devant tous.Je reposai le verre un p
Le lendemain matin, je découvris que les choses avaient changé.Subtilement.Mais suffisamment pour que je le sente partout.Les gardes me regardaient autrement. Les servantes aussi. Il n’y avait plus seulement de la curiosité dans leurs yeux. Il y avait une prudence nouvelle. Une attention. Comme si, depuis l’annonce du Roi, ma place dans le château était devenue trop dangereuse pour être ignorée.Je ne savais pas si je devais me sentir soulagée ou encore plus piégée.Probablement les deux.L’entraînement commença plus tôt que d’habitude.Le Roi m’attendait déjà dans la cour, une deuxième lame d’entraînement à la main.— Aujourd’hui, dit-il, tu apprends à te battre près.Je fronçai les sourcils.— Près comment ?Il me tendit l’arme.— Suffisamment près pour sentir le souffle de ton adversaire.Je le regardai sans bouger.— C’est vraiment une méthode ou vous inventez ça pour me rendre folle ?— Les deux peuvent être vraies.Je pris la lame.Il se plaça face à moi. Plus proche que d’ha
J’aurais dû savoir que l’incident avec Serina ne s’arrêterait pas là.Le château avait cette manière particulière de faire circuler les rumeurs plus vite que le vent. Avant même la fin de la journée, je sentais les regards sur moi partout où je passais.Plus insistants.Plus tranchants.On chuchotait sur mon passage. On se taisait quand j’approchais. Deux servantes laissèrent tomber une conversation en me voyant entrer dans une pièce, et l’une d’elles eut juste le temps de souffler : “C’est elle.”Comme si j’étais un mauvais présage.Ou une promesse de désastre.Je supportai ça jusqu’au soir.Puis je commençai à fatiguer.Je traversais la grande galerie lorsque Serina réapparut, accompagnée de deux autres femmes que je n’avais encore jamais vues mais qui avaient toutes les trois le même genre de sourire : celui des gens qui pensent que la scène leur appartient déjà.— Décidément, dit-elle, on te trouve partout maintenant.Je continuai de marcher.— C’est le principe d’un château. On c







