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Chapitre 5 : Le contrat

مؤلف: Ife
last update تاريخ النشر: 2026-10-15 16:36:37

La voiture arriva à sept heures précises.

Elena attendait près du portail de l'orphelinat depuis six heures, sa seule valise posée à ses pieds, le cœur battant contre ses côtes comme quelque chose qui cherchait à s'échapper. Elle avait dit la vérité à Mme Calloway, ou du moins une version de celle-ci. Un poste avec logement. Un employeur privé. Un excellent salaire. Elle viendrait leur rendre visite aussi souvent que possible.

Elle n'avait pas mentionné le contrat. Elle ne le pouvait pas. Les mots « un an, un enfant » ne parvenaient pas à franchir ses lèvres.

« Écris-nous », avait dit Mme Calloway en lui serrant les mains. « Chaque semaine. Promets-le-moi. »

« Je le promets. »

Lily avait pleuré. Elena s'était agenouillée dans la terre et l'avait serrée contre elle jusqu'à ce que les sanglots de la petite fille s'apaisent, lui murmurant des promesses qu'elle n'était pas certaine de pouvoir tenir. Le toit serait réparé. Elles auraient chaud cet hiver. Elle le promettait.

Puis la berline noire l'avait engloutie, et Havenwood avait disparu derrière les vitres teintées.

Les grilles du domaine Ashworth s'ouvrirent sans un bruit.

Elena appuya son front contre la vitre tandis que la voiture remontait une allée bordée d'arbres anciens, leurs branches nues se découpant sur un ciel gris. Puis la demeure apparut.

Maison était un mot inapproprié.

C'était un manoir de pierre pâle et de verre sombre, s'étendant sur le flanc de la colline comme s'il y avait poussé délibérément, froid et immuable. Des fontaines figées se dressaient dans la cour. Des statues observaient le jardin. Toutes les fenêtres brillaient d'une lumière chaleureuse, mais aucune ne semblait accueillante.

On aurait dit un musée. Ou un tombeau.

La voiture s'arrêta. Le chauffeur lui ouvrit la portière, prit sa valise et la conduisit jusqu'aux marches de marbre qui menaient à des portes assez hautes pour laisser passer un géant.

Le hall d'entrée lui coupa le souffle, mais pas pour les bonnes raisons. Un lustre de la taille d'une petite voiture était suspendu au-dessus d'un sol en marbre noir. Un escalier se divisait en deux directions, s'enroulant vers les étages supérieurs dans l'ombre. Et partout régnait le silence. Un silence profond, délibéré, coûteux.

Une femme d'une soixantaine d'années attendait au pied des escaliers, les cheveux gris et le dos aussi droit qu'une règle.

« Mademoiselle Marchetti. Je suis Mme Hale, la gouvernante en chef du personnel de maison. M. Ashworth a été retardé. Il m'a laissé des instructions pour que vous soyez installée dans l'aile est. »

Son regard balaya la vieille valise d'Elena comme un douanier examinant un bagage suspect.

« Le dîner est servi à vingt heures. Vous le prendrez dans vos appartements ce soir. »

« Où est M. Ashworth ? »

« Au travail. »

Mme Hale se retourna sans attendre de voir si Elena la suivait.

« Il m'a demandé de vous informer que le médecin viendra demain matin. »

Le médecin. Bien sûr. Elena était désormais un projet. Un contrat avec un pouls. Elle serait examinée, mesurée, testée, comme une jument dont on évaluait l'aptitude à la reproduction.

Cette pensée lui retourna l'estomac, et elle la ravala.

Ses appartements étaient magnifiques et glacials. Un salon, une chambre, une salle de bains avec une baignoire assez profonde pour s'y noyer. Tout était dans les tons crème et gris, parfaitement agencé, comme une suite d'hôtel conçue par quelqu'un qui n'avait jamais connu la chaleur humaine.

Sur le lit reposait un unique dossier. En cuir noir. Lourd.

Elena n'y toucha pas. Pas encore.

Elle commença par défaire sa valise. Les quelques vêtements qu'elle possédait ressemblaient à des haillons face au luxe qui l'entourait. Elle prit une douche. Puis elle enfila sa plus belle tenue, son chemisier blanc, parce qu'elle refusait de se présenter devant ce contrat en pyjama.

Puis, à vingt heures, quelqu'un frappa à la porte. Le dîner fut apporté sur un plateau. Pas de Mme Hale. Pas de compagnie.

Elle mangea seule à une table conçue pour douze personnes, dans un manoir qui comptait plus de pièces que l'orphelinat n'avait de fenêtres, en pensant aux enfants blottis les uns contre les autres dans la salle commune, partageant leurs couvertures.

Cette pensée l'aida. Elle durcit quelque chose dans sa poitrine.

À vingt et une heures, elle s'assit au bord de l'immense lit et ouvrit le dossier.

Le contrat comptait trente-quatre pages.

La première page à elle seule lui coupa le souffle.

Elle la lut deux fois. Puis une troisième, obligeant ses yeux à avancer lentement sur chaque mot, car son esprit butait sans cesse sur les mêmes lignes, comme un tissu qui s'accroche à un clou.

La personne soussignée accepte de résider au domicile de Preston Ashworth pendant une période n'excédant pas douze mois, ou jusqu'à la naissance réussie d'un enfant en bonne santé, selon la première éventualité.

À la naissance, la personne soussignée renonce irrévocablement et à perpétuité à tous ses droits, revendications et privilèges parentaux concernant l'enfant.

L'enfant ne devra en aucun cas être informé de l'identité, du rôle ou de l'existence de la personne soussignée.

La personne soussignée accepte de garder une confidentialité absolue concernant l'existence et les conditions du présent accord, sous peine de ruine financière et de poursuites pénales.

Elle tourna les pages avec des doigts tremblants. Des clauses médicales. Des clauses relatives à son comportement. Elle serait logée, habillée et prise en charge. Elle assisterait aux événements mondains lorsque cela serait nécessaire, se présenterait d'une certaine manière et ne parlerait à personne de la véritable raison de sa présence ici. Une voiture et un chauffeur seraient à sa disposition, ainsi qu'une allocation, une garde-robe et un coffret à bijoux qu'elle pourrait conserver.

Le paiement serait effectué à la naissance. La moitié lui serait versée dès la confirmation de sa grossesse.

Tout ce dont une personne avait besoin pour se sentir comme une prisonnière très bien payée.

Puis son regard accrocha une ligne vers la fin du document, et la pièce sembla soudain s'immobiliser.

L'enfant sera élevé au sein de la famille Ashworth par M. Ashworth et sa future épouse, dans un foyer stable et permanent.

Future épouse.

Elena se redressa lentement. Il y avait donc une femme. Une femme qui attendait quelque part dans le monde, peut-être en train d'observer ce même manoir de loin, peut-être déjà occupée à choisir le papier peint de la chambre d'enfant, une femme qui prendrait le bébé d'Elena pour l'élever comme le sien.

Une femme que l'enfant appellerait maman.

Son enfant appellerait une autre femme maman.

Cette pensée lui transperça les côtes comme une lame, alors même qu'elle n'avait pas encore conçu.

Son téléphone vibra sur la table de chevet. Elle se précipita dessus, par habitude, avide de la moindre présence humaine, et son sang se transforma en glace.

Le numéro inconnu. Le même que la veille.

Cette fois, le message était plus long.

Tu n'es pas la première. Demande-lui ce qui est arrivé à la précédente.

Elena fixa l'écran jusqu'à ce que les mots deviennent flous.

Tu n'es pas la première.

Quelque part dans ce manoir silencieux, plusieurs étages plus bas, une porte s'ouvrit puis se referma. Des pas traversèrent le marbre. Lents. Lourds. Puis ils s'arrêtèrent.

Juste en dessous de ses appartements.

Il était rentré.

Elena regarda le contrat non signé étalé sur le lit comme une aile noire. Puis son téléphone, dont l'écran lumineux affichait l'avertissement d'un fantôme. Enfin, la porte de sa chambre, dont elle remarqua soudain qu'elle ne possédait aucune serrure de son côté.

Elle enfila alors son pull, glissa son téléphone dans sa poche et sortit dans le couloir.

Elle se répétait qu'elle voulait simplement un verre d'eau.

Elle se racontait bien des choses.

Le manoir dormait dans l'obscurité, seulement éclairé par la pâle lueur des lumières du jardin qui traversait les hautes fenêtres. Elle trouva l'escalier, descendit et suivit instinctivement les couloirs, guidée par la faible odeur du cèdre et de l'air froid. Les pas avaient pris cette direction. Vers la partie la plus profonde et la plus silencieuse de la maison.

Une porte était entrouverte au bout d'un couloir. Une fine ligne de lumière dorée s'en échappait.

Son bureau.

Elena aurait dû faire demi-tour. Chaque partie raisonnable de son être, celle qui avait survécu pendant vingt-trois ans en restant prudente, pragmatique et invisible, lui hurlait de rebrousser chemin.

Pourtant, elle s'approcha.

La porte était suffisamment ouverte pour lui permettre de voir l'intérieur. Un bureau en bois sombre. Des murs couverts de livres. Une cheminée brûlait doucement, peignant toute la pièce de nuances ambrées et d'ombres. Et derrière le bureau, sur une étagère qu'elle distinguait à peine depuis sa position, se trouvait une photographie dans un cadre en argent.

Preston se tenait au centre de la photo, quelques années plus jeune. Son bras entourait une femme.

Le cœur d'Elena s'arrêta.

La femme riait de quelque chose qui se trouvait hors du cadre, la tête légèrement renversée en arrière, ses cheveux sombres retombant sur son épaule. Elle était magnifique. Naturelle. Rayonnante de joie.

Et son visage, ses yeux, ses pommettes, la forme exacte de son sourire...

C'était le visage d'Elena.

Pas simplement ressemblant. Pas proche. Identique. Comme si elle se regardait dans un miroir volé des années auparavant, un miroir dans lequel une autre version d'elle-même avait vécu une vie complètement différente.

La main d'Elena trouva le montant de la porte pour l'aider à garder l'équilibre. Le bois était froid sous ses doigts.

Tu n'es pas la première.

Au bas du cadre en argent, de petites lettres captèrent la lumière du feu. Une gravure.

Un seul mot.

Derrière elle, dans l'obscurité du couloir, une voix froide, calme et terriblement proche prononça son nom.

« Mademoiselle Marchetti. »

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