MasukLuck
Je ne dors pas.
La maison est silencieuse, plongée dans l'obscurité la plus totale. Minuit est passé depuis longtemps. Les heures s'écoulent, liquides, insaisissables. Alessandra dort dans notre chambre, de l'autre côté du couloir. Je l'ai laissée s'endormir, j'ai attendu que sa respiration devienne réguli&egrav
LuckJe ne dors pas.La maison est silencieuse, plongée dans l'obscurité la plus totale. Minuit est passé depuis longtemps. Les heures s'écoulent, liquides, insaisissables. Alessandra dort dans notre chambre, de l'autre côté du couloir. Je l'ai laissée s'endormir, j'ai attendu que sa respiration devienne régulière, profonde, paisible. Elle est confiante. Elle est sereine. Elle ne se doute pas que je suis là, dans mon bureau, à fixer une feuille blanche comme si elle contenait la réponse à toutes les questions de l'univers.Mes vœux. J'écris mes vœux pour demain.La feuille est toujours vierge.Les mots viennent difficilement. Pas parce que je ne sais pas quoi dir
Je ris, mais la question est sérieuse. Clara ne me lâche pas du regard, ses yeux bruns intenses, inquisiteurs. Elle a le droit de poser cette question. Elle a le droit de douter pour moi. Elle était là, il y a des années, quand j'ai découvert la vérité. Elle a vu l'étendue des dégâts. Elle m'a vue brisée, anéantie, incapable de manger, de dormir, de vivre. Elle a vu ce que Luck m'a fait. Et elle a vu, aussi, ce que je suis devenue.Je réfléchis un instant. Je regarde le fond de ma tasse de thé, comme si les réponses pouvaient se cacher dans les feuilles infusées. Je pense à Luck. À tout ce que nous avons traversé. À ce chemin immense, cette traversée du désert. À la haine, cette haine viscérale qui nous a consumés tous les deux. À
Le whiskey coule, mais modérément. Pas de bouteilles vides, pas de défis stupides. Juste des verres qu'on sirote lentement, en parlant, en riant, en se souvenant. Gallagher a choisi un single malt de quinze ans d'âge, un liquide ambré qui réchauffe la gorge et libère les langues. Les rires éclatent, francs, sincères, de ces rires qui viennent du ventre. Les souvenirs s'égrènent comme des perles. Gallagher raconte nos débuts, quand nous étions deux jeunes loups affamés prêts à dévorer le monde, fraîchement débarqués de notre province avec nos costumes mal taillés et nos ambitions démesurées. Il imite ma voix, mes colères légendaires, mes coups de gueule qui faisaient trembler les murs du bureau. Il raconte cette fois où j'ai viré un stagiaire parce qu'il avait
Son sourire est malicieux, presque enfantin. C'est rare chez lui, cette expression. Pendant des années, je ne l'ai vu que sombre, dur, fermé. Aujourd'hui, il sourit. Il rit. Il est heureux. Et c'est grâce à nous, grâce à notre amour, grâce à tout ce que nous avons traversé ensemble. Je soupire, faussement exaspérée, mais je suis heureuse. Heureuse de le voir si impliqué, si présent, si différent de l'homme qu'il était.La vendeuse s'approche pour prendre les mesures, son mètre ruban jaune autour du cou, des épingles plein les doigts. Elle est efficace, discrète, professionnelle. Luck retourne s'asseoir, ramasse son dossier tombé, fait semblant de s'y replonger. Mais ses yeux reviennent sans cesse vers moi, attirés comme par un aimant. Et dans ces yeux, je vois tout l'amour du monde. Tout le chemin parcouru. Toutes
AlessandraLa robe est là, devant moi, suspendue dans la lumière douce de la boutique.Je ne l'ai pas encore essayée. Pas vraiment. Je l'ai vue en vitrine il y a trois semaines, un samedi matin où je passais par hasard dans cette rue que je ne prends jamais. Le hasard, tu parles. Rien n'arrive par hasard. Pas dans ma vie. Pas après tout ce que j'ai traversé. Je me suis arrêtée net sur le trottoir, le souffle coupé, et je suis restée là, immobile, à la regarder pendant de longues minutes. Les passants me contournaient, certains me jetaient des regards intrigués. Je m'en fichais. Cette robe, c'était la mienne. Je le savais. Immédiatement. Comme une évidence. Simple, fluide, élégante. Rien de trop chargé, rien de trop brillant. Juste ce qu'il faut
LuckUn an.Un an exactement depuis le jour où tout a basculé. Depuis cet enlèvement qui aurait pu tout détruire, et qui a finalement tout reconstruit. Un an depuis que Leo a commencé à guérir, vraiment guérir. Un an depuis que nous avons décidé, Alessandra et moi, de nous battre ensemble.Un an. Le temps qu'il fallait.J'ai tout préparé dans le plus grand secret. L'endroit, le moment, les mots. Leo est mon complice. Il est caché derrière un rocher avec son appareil photo, prêt à immortaliser l'instant. Il a tenu à être là, malgré sa fatigue. Il a dit que c'était le moment le plus important de notre histoire, et qu'il ne le manquerait pour rien au monde.La plage est la
Luck Je l’entends. Pas vraiment, pas clairement. Mais je sais. Je sais qu’elle ne dort pas. Je perçois le silence trop actif de la salle de bain, ce silence qui vibre de colère rentrée et de veille forcée. Elle se terre. Elle se recompose. Contre moi.L’image de son visage sous la douche, l’eau ru
Luck AdlerLa voiture est un tombeau roulant. Le silence, plus dense que la fumée de mes cigares les plus noirs, étouffe tout. Le message de Meir brûle dans ma poche comme un charbon ardent. À bientôt, Alessandra. Les mots dansent devant mes yeux, s’inscrivent en lettres de feu sur la vitre teintée
Luck AdlerMon bureau sent le vieux cuir, le whisky et le bois ciré. Je n’ai pas allumé la lumière. La pénombre est une compagne miséricordieuse, la seule qui puisse supporter mon regard en ce moment.Je tourne le verre de crystal lourd entre mes doigts. Je ne bois pas. Je regarde la lueur ambrée d
AlessandraJe reste allongée. Le plafond est flou, noyé. Mon corps n’est plus à moi. C’est un champ de bataille meurtri, un territoire conquis qui palpite d’une douleur sourde et d’une trahison bien plus vive.Je me déteste.Pire que sa force, pire que le poids de son corps, pire que la terreur gla







