LOGINMathis
Je tourne en rond dans l'appartement depuis une heure.
Carla est en bas, en plein service. J'entends les bruits étouffés qui montent à travers le plancher. Le cliquetis des couverts, le choc sourd des casseroles, la voix de Laura qui annonce les commandes, celle de Malik qui accuse réception. Le restaurant est plein, comme tous les soirs. Complet jusqu'à la fin du mois. Les réservations s'étirent sur des semai
Ma voix tremble. Je déglutis. Je continue.— Je n'ai pas de bague. Je n'ai pas de discours préparé. Je n'ai rien de ce qu'on est censé avoir dans ces moments-là. J'ai juste moi. J'ai juste nous. J'ai juste cette certitude, profonde, absolue, que je veux passer ma vie avec toi. Que je veux me réveiller à tes côtés chaque matin. Que je veux te faire du café pendant que tu allumes les fourneaux. Que je veux t'attendre chaque soir, et te faire du lait chaud quand tu n'arriveras pas à dormir. Que je veux être là, dans les bons jours et dans les mauvais, dans les succès et dans les échecs, dans la lumière éclatante et dans l'ombre profonde. Je veux être ton soutien, ton refuge, ton allié. Je veux t'aimer, non pas comme un personnage de roman, non pas comme une héroïne parfaite et inaccessible, mais comme tu es. Avec tes fo
MathisJe tourne en rond dans l'appartement depuis une heure.Carla est en bas, en plein service. J'entends les bruits étouffés qui montent à travers le plancher. Le cliquetis des couverts, le choc sourd des casseroles, la voix de Laura qui annonce les commandes, celle de Malik qui accuse réception. Le restaurant est plein, comme tous les soirs. Complet jusqu'à la fin du mois. Les réservations s'étirent sur des semaines, et chaque jour apporte son lot de nouveaux appels, de nouvelles demandes, de nouvelles attentes.Mais ce soir, je n'arrive pas à me concentrer sur le bruit du service. Ni sur mes carnets, ouverts devant moi sur la table, noircis de notes éparses que je n'arrive pas à organiser. Ni sur les mails qui s'accumulent dans ma boîte de réception, des interviews, des sollicitations, des propositions de collaborations auxquelles je ne réponds plus. Mon
Je pense à ma grand-mère. La mère de mon père. À ses mains tordues par l'arthrite, ces mains qui avaient tant travaillé, tant aimé, tant donné. À sa voix cassée par la maladie, cette voix qui m'a relevée alors que j'étais à terre, après la faillite, quand je ne croyais plus en rien. À ses mots, prononcés sur un lit d'hôpital, quelques semaines avant de mourir : "Tu vas te relever, ma fille. Pas pour lui. Pas pour moi. Pour toi. Parce que tu es vivante. On se relève toujours."Je pense à Mathis. À ses nuits d'insomnie, ses carnets noirs, ses mots serrés qui cherchent la vérité. À sa mère qui l'a ignoré, qui ne lui a jamais donné l'amour qu'il méritait. À son père qui l'a abandonné avant même sa naissance. À sa décision de rester, m
Dans la salle vide, plongée dans la pénombre de l'après-midi, Mathis pose son ordinateur sur une table, l'ouvre, le connecte à une petite enceinte. Puis il se tourne vers nous.— Ma mère a parlé. Elle a dit ce qu'elle avait à dire. Maintenant, c'est à mon tour. Je vais écrire une réponse. Pas pour me justifier. Pas pour me défendre. Pour dire la vérité. Ma vérité. Et j'ai besoin de vous pour le faire. J'ai besoin de votre présence. De votre silence. De votre force. De votre amour.Il s'assoit. Il ouvre un document vide. Le curseur clignote sur l'écran blanc. Il prend une grande inspiration. Et il commence à écrire.On reste là, debout, silencieux, à le regarder. Ses doigts volent sur le clavier, rapides, précis, comme s'ils étaient animés par une force qui le dépasse. Pa
CarlaJe n'ai jamais vu Mathis comme ça.Depuis que sa mère est partie, quelque chose a changé en lui. Quelque chose de profond, d'essentiel, de presque physique. Il se tient plus droit, comme si un poids avait été enlevé de ses épaules. Son regard est plus clair, plus direct, moins fuyant. Sa voix est plus ferme, plus assurée. Il n'y a plus cette ombre qui passait parfois dans ses yeux, ce voile de tristesse et de doute qui le traversait sans prévenir, au milieu d'une conversation, d'un repas, d'un moment de tendresse. Il est devenu... entier. Présent. Vivant. Lui-même.Mais ce n'est pas fini. La mère de Mathis n'est pas venue seulement pour le voir. Elle est venue pour juger. Pour détruire. Pour répandre son venin. Et elle ne s'est pas contentée de ses mots glacés dans notre appartement.Deux jours après sa visite, Malik arrive dans la c
Elle se dirige vers la fenêtre. Elle regarde le toit du restaurant, la rue déserte, le ciel gris de cette ville que je commence à aimer. Puis elle se retourne vers moi, et son regard est plus dur que jamais.— J'ai entendu dire que cette Carla avait reçu une proposition d'investisseur. Qu'elle hésitait à vendre. Qu'elle était au bord de la faillite, malgré tout ce succès médiatique.— Qui vous a dit ça ? Ma voix est tendue, méfiante.— Peu importe. Ce qui importe, c'est que tu es en train de t'attacher à une femme qui va perdre son restaurant. Une femme qui va échouer, comme son père avant elle. Une femme qui va t'entraîner dans sa chute.— Carla n'échouera pas. Elle est plus forte que vous ne l'imaginez. Plus forte que personne ne l'imagine. Elle s'est déjà relevée une fois. Elle se relèvera encore s'il le faut.— L'amour rend aveugle, Mathis. Tu devrais le savoir. Tu as passé ta vie à écrire sur les illusions des autres. Et te voilà
CARLAMathis me fixe. Son regard est intense, insistant, comme s’il essayait de me transmettre un message que je refuse de recevoir. Comme s’il attendait quelque chose.Je retrouve enfin le contrôle de mes muscles. D’un mouvement raide, je m’efface pour les laisser entrer.— Entrez, dis-je d’une vo
Mathis.— Je le sais ! hurle-t-il soudain, et le son est si fort, si désespéré, qu’il fait reculer Antoine. Je le sais mieux que quiconque ! Je n’ai aucun droit. J’ai tout gâché. J’ai été lâche, cruel, stupide. Je t’ai traitée d’eau plate alors que tu es un océan. Un océan de feu et de sel et de co
CARLASamedi.La journée a été un torrent,une frénésie continue depuis l’ouverture des portes à midi. L’article de Mathis a fait son œuvre : la salle est pleine à craquer, les réservations s’empilent sur trois mois, et l’air lui-même vibre d’une curiosité nouvelle. Les clients me regardent différem
CARLALe jour est complètement levé, froid et gris derrière la vitre. Mon café est tiède et amer au fond de la tasse. Mon téléphone est posé à côté de l’évier comme un objet suspect, muet. Je sais que je devrais vérifier. Voir si l’article est paru. Mais une paralysie étrange me retient.Toute la n







