INICIAR SESIÓNDehors, la nuit est froide. Le vent coupe la peau, entre sous les vêtements, glace les os. Je m'assois dans ma voiture, je laisse le moteur tourner, la chaleur du chauffage qui monte lentement.
Je regarde la façade du club. Les lumières clignotent, rouges, bleues, roses. La musique vibre à travers les murs, une pulsation sourde qui fait trembler la vitre. Des clients entrent, des clients sortent, des ombres qui glissent, qui disparaissent.
Je devrais p
Kirill pose son sac par terre. Le bruit sourd qu'il fait en touchant le sol est le bruit de mon cœur qui se fêle. Il prend mes mains dans les siennes. Ses doigts sont chauds, solides, rassurants comme tout ce qu'il a toujours été pour moi. Comme la première fois qu'il a pris ma main, il y a des mois, dans le couloir du Diamond, quand tout s'écroulait autour de moi.— Sasha, écoute-moi bien. Écoute-moi comme tu n'as jamais écouté personne.Ses yeux plongent dans les miens. Ils sont clairs, limpides, sans aucune trace de colère, de rancune, d'amertume. Juste de l'amour. Un amour immense, infini, qui me coupe le souffle.— Je ne regrette rien. Pas une seconde passée avec toi. Pas une rose déposée devant ta porte, sous la pluie, dans le froid, au petit matin. Pas une nuit à t'attendre, à espérer, à rêver que
SashaLa gare de Saint-Pétersbourg est un monstre d'acier et de verre. Un monstre gris, froid, impersonnel, qui avale et recrache des milliers de voyageurs sans jamais s'arrêter, sans jamais s'émouvoir, sans jamais se souvenir d'aucun visage. Aujourd'hui, elle m'avale moi. Elle avale mon chagrin, mes larmes, mon cœur qui se brise en silence.Le train pour Moscou attend sur le quai numéro trois, ses wagons bleu nuit luisent sous la pluie fine qui ne cesse de tomber depuis ce matin, depuis le parc, depuis l'adieu. Les gouttes glissent sur la carrosserie, dessinent des chemins sinueux, tombent sur le bitume où elles forment des flaques qui reflètent les néons blafards de la gare. Les haut-parleurs crachotent des annonces incompréhensibles, des horaires qui changent, des destinations lointaines, des numéros de voies qui s'entrechoquent dans l'air saturé d'humidité. Des voy
Sa main quitte ma joue. Le froid revient, mordant, brutal, définitif. L'absence de sa main est une blessure. L'absence de sa chaleur est un deuil.— Sois heureuse, Sasha. Avec lui. Il ne te mérite pas. Il ne te méritera jamais. Mais si c'est lui que tu choisis, si c'est lui que ton cœur réclame, alors il faut que tu sois heureuse. C'est un ordre. C'est ma dernière volonté. C'est la seule chose que je te demande en échange de mon départ.— Et toi ? Tu seras heureux ?— Un jour. Peut-être. Quand je t'aurai assez oubliée pour aimer quelqu'un d'autre. Mais ne t'inquiète pas pour moi. J'ai l'habitude d'attendre. J'ai l'habitude de souffrir. J'ai l'habitude d'espérer contre toute espérance. C'est ma spécialité. C'est ma malédiction. C'est ma vocation.Il sourit encore. Le même sourire tr
SashaLe parc est vide à cette heure. Les allées sont désertes, les bancs sont mouillés par la pluie du matin, les arbres gouttent encore. Le ciel est bas, gris, lourd de nuages qui ne crèvent pas mais qui pèsent, qui écrasent, qui étouffent. Une lumière blanche, crue, sans ombre, tombe sur le monde comme un linceul. L'air sent la terre mouillée, les feuilles mortes oubliées par l'hiver, le printemps qui n'arrive pas à naître.Kirill marche à côté de moi. Il ne parle pas. Il ne me prend pas la main. Il ne me demande rien. Il sait. Il sait depuis le début. Il savait avant moi. Il savait avant même que je sache que j'aurais un choix à faire.Ses pas sont réguliers, mesurés, calmes. Les miens sont lents, hésitants, lourds. J'ai du mal à marcher. Pas à cause de mes jambes, de mes
AndreïJe les vois depuis la fenêtre de mon bureau.Kirill est là, dans le petit jardin derrière le club. Il est venu sans prévenir, comme toujours, comme si c'était son droit, comme si cette maison, ce jardin, cette femme lui appartenaient. Sasha est avec lui, assise sur le banc sous le cerisier qui ne fleurira pas cette année. Elle porte une robe légère, bleue comme un ciel d'été, que je ne lui ai jamais vue.Ils parlent. Elle penche la tête vers lui, ses cheveux tombent sur son épaule, cachent une partie de son visage. Lui, il la regarde avec cette intensité qui me rend fou, ces yeux clairs qui ne voient qu'elle, cette dévotion de chien fidèle. Il dit quelque chose. Et elle rit.Elle rit.Le bruit ne traverse pas la vitre, mais je le vois. Je vois ses épaules qui bougent, sa bouche qui s'ouvre, ses ye
SashaLa nuit est revenue. Noire, épaisse, interminable comme toutes les nuits depuis des mois. Je suis couchée sur le côté, les genoux remontés contre ma poitrine, les bras autour de mes jambes. La position du fœtus. La position de la peur. Andreï est à côté de moi, allongé sur le dos, les bras le long du corps. Il ne me touche pas.Nous avons recommencé à dormir dans le même lit. Pas par désir. Pas par amour. Par nécessité. Parce que la nuit est trop grande, trop vide, trop terrifiante quand on la traverse seul. Parce que même un corps haï est un corps. Parce que même une présence redoutée est une présence.Le sommeil vient lentement. Il rampe sur moi comme une ombre, m'engloutit par les pieds, remonte le long de mes jambes, de mon ventre, de ma poitrine. Je lutte un peu, par habitude, pa
SashaIl m'attire contre lui, m'embrasse sur le front. Un geste tendre, presque paternel, qui me fait fondre.— Sasha, dit-il doucement. Je ne sais pas dire les mots. Je ne sais pas ce que c'est, l'amour. Mais ce qu
LénaJe danse. Je danse comme toutes les nuits, le corps qui bouge au rythme de la musique, l'esprit ailleurs. Mais ce soir, je danse différemment. Parce que tout à l'heure, je l'ai vue. Sasha. En robe rouge
SashaLa voiture glisse dans les rues de Saint-Pétersbourg. La Maybach est silencieuse, confortable, climatisée. Viktor conduit sans un mot, comme toujours. Andreï tient ma main dans la sienne, ses doigts caressant machinalement la bague qu'il m'a offerte.
SashaJe bois. Le champagne est frais, pétillant, absurde. On mange en silence, assises par terre, adossées au lit, comme des gamines lors d'une soirée pyjama qui aurait mal tourné.— Il t'a parlé, finit par dire Lena, la bouche pleine. Vraiment parlé. Personne ne fait ça, ici. Les mecs comme lui,







