LOGINJe ne sens rien. La douleur, les larmes, l'émotion. Tout est trop fort. Je ne sens rien.
Elle recule, essuie ses larmes, sourit.
— Merci, Sasha. Merci d'être aussi bonne.
— C'est fini, Natacha. Plus de mensonges.
— Plus de mensonges, promet-elle.
Elle sort. Je reste seule dans le vestiaire, à regarder sa silhouette disparaître dans le couloir.
J'ai fait ce qu'il fallait. J'ai été la plus forte.
Elle baisse les yeux, fait la modeste, l'innocente. Mais je vois ses doigts trembler un peu sur ses genoux. De l'excitation, pas de la peur.— Fouillez tous les casiers, je dis. Toutes les filles. Tous les vestiaires. Je veux ce collier.— Andreï, c'est une bonne idée ? dit Natacha doucement. Les filles vont mal le prendre. Elles vont se sentir humiliées.— Je m'en fous de ce que les filles ressentent. Je veux mon collier.Elle sourit. Un petit sourire, à peine visible, qui disparaît aussitôt.— Bien sûr, Andreï. Tu as raison.---L'ordre est donné. Tous les casiers sont ouverts. Les filles sont rassemblées dans les vestiaires, certaines en robe de chambre, d'autres à moitié habillées. L'humiliation est générale.Je regarde chacune d'elles. Leurs visages fermés, leurs yeux baissés, leurs mains
Je ne sens rien. La douleur, les larmes, l'émotion. Tout est trop fort. Je ne sens rien.Elle recule, essuie ses larmes, sourit.— Merci, Sasha. Merci d'être aussi bonne.— C'est fini, Natacha. Plus de mensonges.— Plus de mensonges, promet-elle.Elle sort. Je reste seule dans le vestiaire, à regarder sa silhouette disparaître dans le couloir.J'ai fait ce qu'il fallait. J'ai été la plus forte. J'ai pardonné. J'ai tendu la main.Je ne sais pas encore que je viens de perdre bien plus que je n'ai gagné.SashaLe lendemain, je cherche mon collier.Il n'est pas sur la table de nuit. Pas dans la salle de bain. Pas dans mon sac. Pas dans mes poches.Je fouille l'appartement. Je retourne les coussins, je soulève les tapis, je vide les tiroirs. Rien. Le collier a disparu.Je reste assise sur le lit, les mains vides,
Je devrais dire oui. Je devrais lui dire que l'amour d'Andreï est plus fort que tout. Je devrais la rassurer, lui donner de l'espoir, la convaincre que tout ira bien.Mais je ne peux pas. Parce que je connais Andreï. Parce que je l'ai vu détruire des hommes pour moins que ça. Parce que je l'ai vu tuer des filles pour moins que ça.— Il te croira, je dis. Parce qu'il t'aime.Même en le disant, je sais que ce n'est pas assez. L'amour d'Andreï est une arme. Une arme qui peut protéger ou tuer. Et Sasha est au bord du gouffre.Je la regarde remonter sur scène. Ses mouvements sont secs, presque violents. Elle danse sa rage, sa peur, son désespoir. Les lumières la transforment en feu, en glace, en quelque chose de beau et de terrible.Kirill est au fond de la salle. Il la regarde. Il ne voit qu'elle.— Tu as bien fait de lui dire, dit une voix derrière moi.
SashaQuelque chose a changé.Je ne sais pas quoi, je ne sais pas quand, je ne sais pas pourquoi. Mais quelque chose a changé. L'air est plus lourd. Les regards sont plus froids. Les murmures se taisent quand j'approche.Je suis dans les vestiaires, je range mes affaires, je me prépare pour la nuit. Autour de moi, les filles parlent, rient, se maquillent. Mais quand je lève les yeux, je les vois. Leurs regards qui s'écartent. Leurs sourires qui s'éteignent. Leurs chuchotements qui reprennent dès que je baisse la tête.— Qu'est-ce qu'il y a ? je demande à Olga.— Rien. Pourquoi ?— Vous me regardez toutes d'une façon étrange.— Pas du tout. Tu es parano.Elle sourit. Un sourire trop large, trop blanc, trop parfait. Un sourire qui ne monte pas jusqu'à ses yeux.Je ne la crois pas. Mais je ne peux pas ins
NatachaJe les ai vus.Je les ai vus parler, ce soir encore. Kirill qui s'approche de sa table dès que Volkov a le dos tourné. Sasha qui ne le repousse pas. Pas vraiment. Elle lui parle. Elle le regarde. Elle l'écoute.Elle l'écoute.Je suis restée au bar, ma vodka à la main, mes yeux fixés sur eux comme un animal guette sa proie. J'ai vu la façon dont elle a relevé la tête quand il est arrivé. J'ai vu la façon dont ses doigts ont cessé de toucher le collier. J'ai vu la façon dont ses lèvres se sont entrouvertes.Elle ne le repousse pas. Elle fait semblant, peut-être. Pour la forme, pour se donner bonne conscience. Mais elle ne le repousse pas. Et ça, c'est tout ce qu'il me faut.— Tu as vu ça ? je dis à Olga.Nous sommes dans les vestiaires. Les autres filles sont là, à se maquiller, à s'habiller, à se préparer pour la nuit. La lumière est blanche, crue, elle éclaire chaque imperfection, chaque ride, chaque cernes.— Quoi ? de
Elle bouge dans son sommeil, se tourne vers moi, se blottit contre ma main. Ses lèvres s'ouvrent, elle murmure mon nom.— Andreï...Je ne sais pas si elle rêve ou si elle sent ma présence. Je ne sais pas si elle m'appelle ou si elle me parle dans son sommeil. Mais ce nom, sur ses lèvres, c'est tout ce que j'ai besoin d'entendre.— Tu es à moi, je murmure. Personne ne te prendra.Je m'allonge à côté d'elle. Mes bras l'entourent, la serrent contre moi. Son dos est contre ma poitrine, sa nuque contre mon menton, ses fesses contre mon ventre. Elle est petite contre moi, fragile, légère. Je pourrais la briser d'une main. Je pourrais la protéger du monde.Elle se blottit contre moi, sans se réveiller, comme si son corps savait que c'était sa place. Son souffle se calme, ses épaules se détendent, ses doigts trouvent ma main, s'y accroche
AndreïSes seins. Doux, ronds, parfaits dans ma bouche. Je les prends l'un après l'autre, je les lèche, je les suce, je les embrasse. Elle gémit, elle se tord sous moi, et chaque son qu'elle fait est une victoire, chaque frémissement une rédemption.Mes mains descendent plus bas. Je trouve l'élasti
AndreïJe referme la porte derrière moi.Un bruit sec. Un clic. Et je sens le masque qui remonte, qui se replace sur mon visage comme une seconde peau. Mes épaules se redressent, ma mâchoire se serre, mes yeux deviennent froids. Le mécanisme est rodé, automatique. Vingt ans d'entraînement. Vingt an
SashaJe bois. Le champagne est frais, pétillant, absurde. On mange en silence, assises par terre, adossées au lit, comme des gamines lors d'une soirée pyjama qui aurait mal tourné.— Il t'a parlé, finit par dire Lena, la bouche pleine. Vraiment parlé. Personne ne fait ça, ici. Les mecs comme lui,
AndreïJe sors le couteau de ma ceinture. Lentement. Pour qu'ils voient bien la lame, pour qu'ils mesurent l'acier, vingt centimètres de mort silencieuse.— Je ne bluffe jamais.Je fais un pas. Puis un autre. Le chef recule. Ses hommes aussi. On forme un cercle qui se déplace, une danse macabre où







