เข้าสู่ระบบElle sourit, reprend son blini, le finit en silence. Je la regarde. Je pourrais la regarder toute ma vie, cent ans, mille ans, une éternité, sans me lasser. La courbe de sa joue, la ligne de son cou, la pulsation minuscule qui bat sous sa tempe. Elle a repris du poids. Ses joues se sont arrondies, ses poignets sont moins fins, ses yeux sont moins cernés. Elle rit, maintenant. Elle chante sous la douche. Elle danse parfois dans le salon, quand elle croit que je ne la vois pas, des chorégraphies improvisées sur des musiques qu'elle fredonne.— À quoi tu penses ? demande-t-elle en reposant le plateau vide sur la table de nuit.— À toi. Toujours à toi. Uniquement à toi.— C'est niais.— C'est vrai. C'est la vérité la plus vraie que j'aie jamais dite.Elle repose le plateau vide, se glisse hors du lit, s'approche de moi. S
AndreïLe soleil entre par la fenêtre de la cuisine. Un soleil pâle, timide, un soleil de printemps qui n'ose pas encore briller trop fort mais qui essaie, qui s'accroche, qui perce les nuages un à un. Les oiseaux chantent dans le cerisier du jardin. Il fleurira peut-être cette année, finalement. Je le croyais mort. Je le croyais fini. Mais ce matin, j'ai vu des bourgeons minuscules, vert tendre, qui pointaient sur les branches noircies par l'hiver. La vie revient. Toujours. Même quand on ne l'attend plus.Je prépare le petit déjeuner. Des blinis, encore. Je suis devenu bon à ça. Vraiment bon. La pâte est légère, aérienne, parfaitement ronde. Le saumon est coupé en tranches fines comme du papier. La crème fraîche est onctueuse, l'aneth est frais, cueilli ce matin sur le rebord de la fenêtre où j'ai installé des po
Kirill pose son sac par terre. Le bruit sourd qu'il fait en touchant le sol est le bruit de mon cœur qui se fêle. Il prend mes mains dans les siennes. Ses doigts sont chauds, solides, rassurants comme tout ce qu'il a toujours été pour moi. Comme la première fois qu'il a pris ma main, il y a des mois, dans le couloir du Diamond, quand tout s'écroulait autour de moi.— Sasha, écoute-moi bien. Écoute-moi comme tu n'as jamais écouté personne.Ses yeux plongent dans les miens. Ils sont clairs, limpides, sans aucune trace de colère, de rancune, d'amertume. Juste de l'amour. Un amour immense, infini, qui me coupe le souffle.— Je ne regrette rien. Pas une seconde passée avec toi. Pas une rose déposée devant ta porte, sous la pluie, dans le froid, au petit matin. Pas une nuit à t'attendre, à espérer, à rêver que
SashaLa gare de Saint-Pétersbourg est un monstre d'acier et de verre. Un monstre gris, froid, impersonnel, qui avale et recrache des milliers de voyageurs sans jamais s'arrêter, sans jamais s'émouvoir, sans jamais se souvenir d'aucun visage. Aujourd'hui, elle m'avale moi. Elle avale mon chagrin, mes larmes, mon cœur qui se brise en silence.Le train pour Moscou attend sur le quai numéro trois, ses wagons bleu nuit luisent sous la pluie fine qui ne cesse de tomber depuis ce matin, depuis le parc, depuis l'adieu. Les gouttes glissent sur la carrosserie, dessinent des chemins sinueux, tombent sur le bitume où elles forment des flaques qui reflètent les néons blafards de la gare. Les haut-parleurs crachotent des annonces incompréhensibles, des horaires qui changent, des destinations lointaines, des numéros de voies qui s'entrechoquent dans l'air saturé d'humidité. Des voy
Sa main quitte ma joue. Le froid revient, mordant, brutal, définitif. L'absence de sa main est une blessure. L'absence de sa chaleur est un deuil.— Sois heureuse, Sasha. Avec lui. Il ne te mérite pas. Il ne te méritera jamais. Mais si c'est lui que tu choisis, si c'est lui que ton cœur réclame, alors il faut que tu sois heureuse. C'est un ordre. C'est ma dernière volonté. C'est la seule chose que je te demande en échange de mon départ.— Et toi ? Tu seras heureux ?— Un jour. Peut-être. Quand je t'aurai assez oubliée pour aimer quelqu'un d'autre. Mais ne t'inquiète pas pour moi. J'ai l'habitude d'attendre. J'ai l'habitude de souffrir. J'ai l'habitude d'espérer contre toute espérance. C'est ma spécialité. C'est ma malédiction. C'est ma vocation.Il sourit encore. Le même sourire tr
SashaLe parc est vide à cette heure. Les allées sont désertes, les bancs sont mouillés par la pluie du matin, les arbres gouttent encore. Le ciel est bas, gris, lourd de nuages qui ne crèvent pas mais qui pèsent, qui écrasent, qui étouffent. Une lumière blanche, crue, sans ombre, tombe sur le monde comme un linceul. L'air sent la terre mouillée, les feuilles mortes oubliées par l'hiver, le printemps qui n'arrive pas à naître.Kirill marche à côté de moi. Il ne parle pas. Il ne me prend pas la main. Il ne me demande rien. Il sait. Il sait depuis le début. Il savait avant moi. Il savait avant même que je sache que j'aurais un choix à faire.Ses pas sont réguliers, mesurés, calmes. Les miens sont lents, hésitants, lourds. J'ai du mal à marcher. Pas à cause de mes jambes, de mes
SashaJe bois. Le champagne est frais, pétillant, absurde. On mange en silence, assises par terre, adossées au lit, comme des gamines lors d'une soirée pyjama qui aurait mal tourné.— Il t'a parlé, finit par dire Lena, la bouche pleine. Vraiment parlé. Personne ne fait ça, ici. Les mecs comme lui,
SashaIl m'attire contre lui, m'embrasse sur le front. Un geste tendre, presque paternel, qui me fait fondre.— Sasha, dit-il doucement. Je ne sais pas dire les mots. Je ne sais pas ce que c'est, l'amour. Mais ce qu
LénaJe danse. Je danse comme toutes les nuits, le corps qui bouge au rythme de la musique, l'esprit ailleurs. Mais ce soir, je danse différemment. Parce que tout à l'heure, je l'ai vue. Sasha. En robe rouge
SashaLa voiture glisse dans les rues de Saint-Pétersbourg. La Maybach est silencieuse, confortable, climatisée. Viktor conduit sans un mot, comme toujours. Andreï tient ma main dans la sienne, ses doigts caressant machinalement la bague qu'il m'a offerte.







