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Chapitre 6

Auteur: Iris Spark
last update Date de publication: 2026-07-09 06:50:09

“Liam”

J’ouvre les yeux avec la sensation d’avoir la tête prise dans un étau. La lumière du matin, pourtant filtrée par les rideaux, me vrille les tempes. Je reste un moment immobile, fixant le plafond, essayant de rassembler les morceaux de la soirée précédente. Mais je ne me rappelle d’absolument rien. Un gros trou noir.

Et Ava??? Où est-elle ?? Peut-être est-elle déjà réveillée. Je me redresse trop vite et une vague de nausée me saisit. Je me laisse lourdement retomber sur l’oreiller le cœur battant. 

Qu’est-ce qui s'est passé hier soir ??  Je n’ai pourtant bu que deux coupes de champagne — j’en suis certain, je compte toujours, j’ai toujours été prudent dans ce genre de soirées où mon père reçoit du beau monde. Deux coupes ne peuvent pas expliquer ça. Ce vide. Cette sensation d’avoir été absent de mon propre corps pendant des heures.

Je me souviens d’être arrivé au gala avec elle, de l’avoir laissé pour rejoindre les invités afin de les saluer. Au milieu de deux discussions j’ai commencé à me sentir lourd,  puis… plus rien. Des bribes, des flashs — des lumières, de la musique, la voix d’Isabella tout près de mon oreille — mais rien de net, rien qui tienne debout. La voix d’Isabella ??? 

Je me redresse trop vite et cette fois malgré la douleur au crâne. J’attrape mon téléphone sur la table de nuit. Aucun message d’Ava. Aucun appel manqué. Juste un silence qui, d’un coup, me paraît hurlant. 

Je me lève, malgré le cri de mon corps, je vais à la salle de bain, m’asperge le visage d’eau froide. Dans le miroir, mes yeux sont cernés, injectés de sang, comme si je n’avais pas dormi — alors que je me souviens vaguement d’avoir été raccompagné jusqu’à ma chambre, presque porté.

Porté par qui ?

Une phrase me revient alors, floue, comme un écho lointain — la voix d’Isabella, tout près de moi : « Détends-toi, tout va bien se passer. » Je me fige, la brosse à dents suspendue dans les airs.

Tout va bien se passer… Pourquoi ?

Je repose la brosse à dents, le regard toujours fixé sur mon reflet. Cette phrase tourne en boucle dans ma tête, sans que je parvienne à comprendre pourquoi elle me trouble autant.

Je retourne dans la chambre et saisis mon téléphone d’une main encore tremblante. Je compose le numéro d’Ava. Ça sonne. Ça sonne encore.. puis la Messagerie vocale.

Je raccroche avec une pointe d’inquiétude dans ma poitrine, et lui écris aussitôt un message : « Ava, je me réveille et j’ai un trou noir total sur hier soir. Tout va bien ? Appelle-moi dès que tu peux. »

Je reste là, assis au bord du lit, les yeux rivés sur l’écran, attendant les trois petits points qui indiqueraient qu’elle est en train de répondre.

Rien. Cinq minutes passent. Puis dix. Toujours rien !!! Qu’est-ce qui se passe ou qu’est-ce qui s’est passé ??On frappe à la porte. Trois coups secs, familiers.

— Entrez, dis-je d’une voix encore rauque.

Mon père entre, impeccable comme toujours, une tasse de café à la main qu’il pose sur la commode sans un mot. Il porte cette expression que je connais bien — celle de la contrariété maîtrisée, le genre de visage qu’il réserve aux mauvaises nouvelles qu’il s’apprête à présenter comme des évidences.

— Tu devrais boire ça, dit-il. Tu as une mine épouvantable.

— Papa, qu’est-ce qui s’est passé hier soir ? Je ne me souviens de rien après le début de la soirée.

Il soupire, comme si la question elle-même le fatiguait, et s’assoit sur le bord du fauteuil, en face de moi.

— Liam… Je ne voulais pas être celui qui te l’apprenne, mais puisque tu me le demandes directement.

Il marque une pause, calculée, avant de continuer.

— Ava est partie hier soir. Avec un autre homme.

Je sens mon estomac se retourner.

— Quoi ? C’est impossible, elle…

— Je l’ai vue de mes propres yeux, Liam. Elle riait avec lui, très proche de lui, pendant que tu étais avec les invités ils se sont rapprochés et ils sont partis ensemble avant la fin du gala. Je suis désolé.

Chaque mot tombe comme une pierre. Je veux protester, dire que ça ne ressemble pas à Ava, que quelque chose ne colle pas — mais le trou noir dans ma mémoire me donne l’impression amère de ne plus rien savoir, de ne plus pouvoir me fier à rien, pas même à mes propres certitudes.

— Je sais que ce n’est pas ce que tu voulais entendre, ajoute-t-il, la voix posée, presque douce — trop douce. Mais il vaut peut-être mieux que tu l’apprennes maintenant, plutôt que de continuer à t’accrocher à quelqu’un qui ne te mérite pas.

— Cette fille n’est qu’une arriviste. Elle n’est intéressée que par ta fortune m. La belle preuve, pour une fois qu'elle se retrouve à côtoyer les personnes de notre monde, la première chose qu'elle fait c’est de s’enticher d'un autre homme qui lui a promis je ne sais pas quoi… cette fille ne te mérite pas Liam.

Je ne réponds rien. Je sais à quel point mon père ne supporte pas Ava donc j’ai du mal à croire ce qu’il me dit. Je fixe mon téléphone, toujours sans réponse, et je sens, sans pouvoir me l’expliquer, qu’il me manque une pièce essentielle à ce puzzle.

Mon père reparti, je reste un long moment assis sur le bord du lit, le téléphone entre les mains, incapable de bouger. Ses mots tournent en boucle dans ma tête — elle riait avec lui, très proche de lui — mais quelque chose résiste, quelque part au fond de moi, refuse d’accepter ça comme une vérité simple.

Et si c’était l’homme de la photo??? Nais non… Ava n’est pas comme ça me dis-je en refoulant cette idée. 

Je le sais, ou du moins je croyais le savoir. Mais comment être sûr de quoi que ce soit quand ma propre mémoire me trahit ? Ce trou noir, cette sensation d’avoir été absent de moi-même pendant des heures — tout ça me paraît soudain aussi suspect que l’histoire de mon père. 

Je décide d’appeler Edward.

Il décroche à la deuxième sonnerie, la voix encore ensommeillée.

— Liam ? Il est à peine neuf heures, qu’est-ce qui se passe ?

— J’ai besoin de te parler. C’est important.

Quelque chose dans ma voix a dû l’alerter, parce qu’il ne plaisante pas comme il le ferait d’habitude.

— Je t’écoute.

Je lui raconte tout, dans le désordre — le trou noir, la phrase d’Isabella qui me revient par fragments, la version de mon père, le silence d’Ava. Plus je parle, plus les mots sonnent creux, comme un récit qu’on m’aurait soufflé plutôt que quelque chose que j’aurais vécu.

Il y a un silence, à l’autre bout du fil. Un silence de quelqu’un qui réfléchit, pas de quelqu’un qui doute.

— Liam, dit-il enfin, d’une voix posée. Réfléchis deux secondes. Tu me dis que tu as bu deux verres, que tu as un trou noir total, que tu te souviens vaguement d’avoir été porté jusqu’à ta chambre — et le lendemain matin, ton père débarque avec une histoire toute prête sur Ava qui serait partie avec un autre homme ? Tu ne trouves pas que ça fait beaucoup de coïncidences pour une seule soirée ?

— Je… je ne sais pas, Edward. Je ne sais plus quoi penser.

— Moi si, répond-il sans hésiter. Ça ne tient pas debout. Deux coupes de champagne ne provoquent pas ce genre de trou noir, encore moins ce genre de nausées et de vertiges le lendemain. Ça, Liam, ce sont des symptômes. Pas une gueule de bois.

Ses mots s’enfoncent en moi comme une lame froide. Une partie de moi voulait presque croire à la version de mon père — c’était plus simple, plus facile à digérer qu’une trahison venant de lui.

— Tu veux dire que quelqu’un m’aurait… drogué ?

— Je ne veux rien dire du tout pour l’instant, dit-il. Je veux des faits. Et je vais les trouver.

— Edward, je…

— Laisse-moi faire, Liam, me coupe-t-il, avec cette fermeté tranquille qui m’a toujours rassuré, depuis qu’on se connaît. Je vais éplucher tout ce qui s’est passé hier soir — les caméras de l’hôtel, le personnel, les invités, tout. Je vais mettre cette histoire au clair, je te le promets. Toi, en attendant, essaie de retrouver Ava. Peu importe ce qui s’est réellement passé cette nuit, elle a besoin de savoir qu’on la cherche.

Je raccroche, la gorge serrée. Pour la première fois depuis mon réveil, un sentiment nouveau s’immisce à travers la confusion et la douleur : quelque chose ressemblant à de l’espoir. Et, juste derrière, une peur sourde de ce qu’Edward pourrait découvrir.

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