登入“Marcus”
Debout près de la mezzanine surplombant la réception, un verre de whisky intact entre les doigts, je regardais mes invités avec cette froideur élégante qui faisait de moi un homme impossible à lire. Des politiciens influents, des grands investisseurs, des héritiers des plus anciennes familles sont tous présents à la soirée. Chacun parfaitement à sa place.
Mon regard glissa alors sur cette fille. J’observe ses moindres faits et gestes. Elle se tenait près d’une immense colonne de marbre, légèrement en retrait du reste des invités, comme quelqu’un essayant d’occuper le moins d’espace possible dans un monde qui n’était pas fait pour elle.
Elle essaie clairement de paraître à l’aise, mais ça se voyait qu’elle ne l’était pas du tout: la façon dont elle lissait discrètement sa robe quand quelqu’un passait près d’elle, son hésitation avant de croiser certains regards, la manière dont elle semblait constamment chercher une sortie invisible. Elle n'appartient pas ici. Toute la salle le savait. Et elle aussi.
Un homme plus âgé s’approcha d’elle pour lui adresser quelques mots polis. Elle répondit avec un sourire maladroit, baissant légèrement les yeux comme si l’attention la mettait mal à l’aise.
Je détourne le regard avec agacement.
« Pathétique » me dis-je intérieurement en prenant une gorgée de mon verre. Une future Vance ne devait pas paraître aussi fragile. Et quand je repense au plan de Rossi j’ai des frissons. Elle n’en sortira que brisée mais tant pis. Tant que ça l’éloigne de Liam je suis tout à fait d’accord. Les conversations diminuèrent naturellement et progressivement au fur et à mesure que j’atteins le centre de la salle. J’ajuste légèrement ma veste avant de prendre la parole.
— Mesdames et messieurs…
Ma voix traversa immédiatement le ballroom. Le silence se fit presque instantanément.
— Merci d’être présents ce soir pour célébrer une nouvelle année de réussite pour le groupe Vance.
Des applaudissements polis éclatèrent. J’observe les visages devant moi avec maîtrise.
— Le monde change rapidement. Les alliances deviennent plus fragiles, les ambitions plus grandes… mais certaines choses restent essentielles : la loyauté, la vision et la famille…. Mon regard glisse, pendant une seconde, involontairement sur mon fils. Je continue mon discours..
“Ava”
— Je dois discuter quelques minutes avec certains invités de mon père, ça ne sera pas long et surtout attends moi ici, me prévient Liam.
Quelques instants après il m’embrasse sur le front et disparaît dans la foule,
Je tiens ma coupe de champagne pleine depuis vingt minutes. J’évite de boire parce que je ne tiens pas l’alcool, mais tenir ce verre m’empêche de me demander quoi faire de mes mains.
Je sens les regards glisser sur moi. Certains sont curieux, d’autres sont indifférents et puis il y a ceux qui jugent. Ces femmes aux sourires parfaits qui me détaillent de la tête aux pieds avant de se pencher vers leur voisine pour murmurer. Les hommes qui froncent légèrement les sourcils en apprenant mon nom. Je fais semblant de ne rien remarquer. Je souris juste, comme toujours.
Un serveur passe près de moi. Au moment où je tends le bras pour poser mon verre sur son plateau, quelqu’un me bouscule violemment. La coupe m’échappe des doigts et explose sur le marbre dans un bruit assourdissant. Le silence qui suit est glacial. Des dizaines de regards se braquent sur moi. Mon visage s’enflamme instantanément. Je m’accroupis aussitôt, les mains tremblantes, pour ramasser les morceaux de verre.
— Laissez, mademoiselle, je m’en occupe, insiste le serveur, gêné. Je ne l’écoute pas, je veux juste disparaître.
Je continue de ramasser ces verres juste pour rendre ce moment inexistant. Autour de moi, les murmures fusent, de plus en plus forts :
— Mon Dieu, quelle maladresse…
— C’est la fameuse Ava ? Celle de Liam Vance ?
— Regardez-la, à quatre pattes comme une bonne… Elle n’a vraiment aucune éducation.
— Marcus avait raison, elle n’est pas du tout à sa place ici.
Un rire étouffé, puis plusieurs autres. Quelqu’un prend une photo. Je sens les flashs. Mes larmes montent, brûlantes. Je les retiens de toutes mes forces.
— Certaines personnes ne sont décidément pas faites pour ce genre de réception…
— Il faut apprendre les codes avant d’entrer dans certains cercles, renchérit sa voisine.
Je ravale ma salive avec difficulté. Ne pleure pas. Surtout, ne pleure pas.
Je me relève en lissant inutilement ma robe quand Isabella Rossi apparaît à mes côtés, un sourire doux et parfaitement maîtrisé aux lèvres.
— Quel dommage… murmure-t-elle d’un ton presque compatissant. Ces soirées peuvent être intimidantes quand on n’y est pas habituée.
Elle s’approche un peu plus et ajoute, presque dans un chuchotement :
— Ne le prenez pas mal. Personne ne vous en veut vraiment. Ils se demandent simplement combien de temps vous tiendrez avant de repartir là d’où vous venez me lança t-elle sur un ton ironique. Ses mots me transpercent. Je reste figée, incapable de répondre. Elle s’éloigne déjà, gracieuse, le dos bien droit et les épaules bien redressés, saluant d’autres invités comme si rien ne s’était passé, comme si je n’existais pas ou que je n’ai jamais existé. Je me relève, les yeux baissés et la gorge serrée.
Couverte de honte, je me relève maladroitement, la robe tachée de champagne, une coupure au doigt qui saigne, les joues inondées de larmes. Je baisse la tête et me faufile entre les invités, presque en courant, poursuivie par les murmures et les regards. Les rires discrets se transforment en petits sourires moqueurs. Personne ne me défend. Personne ne détourne le regard.
J’atteins enfin l’ascenseur et lorsque les portes se referment derrière moi, je m’effondre contre la paroi, secouée de sanglots. Je pleure un grand coup. Après plusieurs minutes assise dans la même position, à pleurer, je tape le code de la suite présidentielle, les mains tremblantes. Je veux juste retrouver Liam. La porte de la suite s’ouvre sans un bruit.
Dans la lumière tamisée de la chambre, je le vois : Liam est allongé sur le lit, torse nu, les draps froissés autour de lui. Isabella — la même Isabella qui vient de m’humilier — est à califourchon sur lui, ses lèvres dans son cou, ses longs cheveux blonds étalés sur sa peau. Il a une main posée sur sa taille nue.
Une de ses mains est glissée sous sa chemise ouverte, l’autre posée sur sa joue dans une caresse possessive. Les doigts de Liam reposent sur ses hanches, comme s’il la tenait contre lui. Leurs corps sont étroitement pressés l’un contre l’autre dans une étreinte terriblement intime, presque fusionnelle.
Je reste paralysée sur le seuil, la main crispée sur la poignée. Un froid glacial m’envahit la poitrine, suivi d’une douleur fulgurante, comme si on m’arrachait le cœur. Mes yeux s’emplissent de larmes brûlantes. Un sanglot déchirant m’échappe.
— Liam… murmuré-je d’une voix brisée.
Je recule d’un pas chancelant, puis d’un autre. La porte se referme doucement derrière moi. Aveuglée par les larmes, je descends l’escalier en courant, manquant plusieurs fois de tomber. Je traverse le hall comme une ombre, ignorant les regards curieux, et me précipite dehors dans la nuit humide. Le froid mordant sur ma peau n’est rien comparé à la douleur qui me dévore vivante. Mes larmes coulent toutes seules.
“Edward”Liam m’ouvre la porte avant même que j’aie fini de sonner. C'est comme s’il guettait ma voiture depuis la fenêtre depuis des heures. Son visage me dit tout ce que je dois savoir sur ses trois derniers jours : les cernes creusés, la barbe naissante qu’il ne prend visiblement plus la peine de raser, ce regard vide de quelqu’un qui n’a pas dormi correctement depuis le gala.— Alors ? demande-t-il, sans même me laisser entrer complètement.— Laisse-moi au moins passer la porte, Liam.Il s’écarte, referme derrière moi avec une brusquerie qui trahit sa nervosité. Le salon est dans un désordre inhabituel pour lui — verres vides, dossiers étalés, on sent directement quelqu'un qui a passé ses journées à tourner en rond plutôt qu’à vivre normalement.Je sors la clé USB de ma poche, la pose sur la table basse entre nous. Elle paraît presque dérisoire, ce petit objet, pour tout le poids qu’elle transporte.— J’ai obtenu les images de sécurité de l’hôtel. La nuit du gala.Liam se fige, le
“Edward Whitman”L’hôtel Méridien n’est pas du genre à livrer facilement ses secrets. Il m’aura fallu deux jours, trois appels bien placés et une carte de visite qui ouvre encore quelques portes dans ce milieu pour obtenir un rendez-vous avec le responsable de la sécurité.Ma première demande, je la fais dans les règles.Un appel officiel à la direction de l’hôtel Meridian, carte professionnelle à l’appui, motif détaillé : vérification dans le cadre d’une enquête privée mandatée par un client. Rien d’illégal, rien de menaçant. Juste une demande simple, presque banale dans mon métier.La réponse tombe deux heures plus tard, sèche et sans appel :— Je suis désolée, monsieur Whitman, mais nous ne communiquons aucune vidéo de vidéosurveillance sans réquisition judiciaire, m’informe une voix polie mais inflexible au téléphone. C’est notre politique de confidentialité, pour la protection de nos clients.Je m’y attendais, sans vraiment m’y attendre. Les grands hôtels comme le Meridian protèg
“Edward”Le coup de feu claque, sec, et je ne bouge pas d’un cil.— Trop lente, dit Sarah en abaissant son arme d’entraînement, un sourire satisfait aux lèvres. Tu réagis à peine plus vite qu’un de tes clients en fuite.— Je t’observais surtout te tromper de posture, dis-je en désignant ses pieds trop rapprochés. Tu perds ton équilibre sur un deuxième tir.Elle lève les yeux au ciel, mais corrige sa position sans discuter car elle sait que j’ai raison, même si elle ne l’admettra jamais à voix haute.Ce genre de dimanche matin résume assez bien ma vie, ces dernières années. Réveil tôt, sans réveil — mon corps ne sait plus faire la grasse matinée, même quand rien ne l’exige. Une heure au sous-sol, entre les cibles et les dossiers que je ne devrais pas ramener à la maison mais que je ramène quand même. Puis le travail, encore, jusqu’à ce que Sarah m’arrache littéralement de mon bureau pour qu’on dîne ensemble, à une heure décente, comme des gens normaux.Mes amis d’université me charrien
“Marcus”Isabella m’avait rejoint peu après sept heures, encore vêtue de la robe de la veille, les talons à la main, un sourire satisfait aux lèvres qu’elle ne cherchait même pas à dissimuler.— Tout s’est déroulé exactement comme prévu, dit-elle en se servant un café à son tour. Le dosage était parfait. Il ne se souviendra de rien de cohérent.— Et la fille ?— Partie en larmes avant même que je n’aie eu à jouer la comédie de la compassion. Elle nous a facilité la tâche.Je ne pus réprimer un sourire. Il y avait quelque chose de presque artistique dans la manière dont tout s’était emboîté — la maladresse orchestrée avec la coupe de champagne, les murmures savamment distillés dans la foule, Isabella se glissant dans la chambre au moment exact où il fallait qu’elle y soit. Chaque pièce à sa place.— Elle ne reviendra pas, dis-je, davantage pour moi-même que pour Isabella. Une fille comme elle n’a pas l’orgueil de revenir après une humiliation pareille.— Et Liam ?C’était la seule vari
“Liam”J’ouvre les yeux avec la sensation d’avoir la tête prise dans un étau. La lumière du matin, pourtant filtrée par les rideaux, me vrille les tempes. Je reste un moment immobile, fixant le plafond, essayant de rassembler les morceaux de la soirée précédente. Mais je ne me rappelle d’absolument rien. Un gros trou noir.Et Ava??? Où est-elle ?? Peut-être est-elle déjà réveillée. Je me redresse trop vite et une vague de nausée me saisit. Je me laisse lourdement retomber sur l’oreiller le cœur battant. Qu’est-ce qui s'est passé hier soir ?? Je n’ai pourtant bu que deux coupes de champagne — j’en suis certain, je compte toujours, j’ai toujours été prudent dans ce genre de soirées où mon père reçoit du beau monde. Deux coupes ne peuvent pas expliquer ça. Ce vide. Cette sensation d’avoir été absent de mon propre corps pendant des heures.Je me souviens d’être arrivé au gala avec elle, de l’avoir laissé pour rejoindre les invités afin de les saluer. Au milieu de deux discussions j’ai c
“Marcus”Debout près de la mezzanine surplombant la réception, un verre de whisky intact entre les doigts, je regardais mes invités avec cette froideur élégante qui faisait de moi un homme impossible à lire. Des politiciens influents, des grands investisseurs, des héritiers des plus anciennes familles sont tous présents à la soirée. Chacun parfaitement à sa place.Mon regard glissa alors sur cette fille. J’observe ses moindres faits et gestes. Elle se tenait près d’une immense colonne de marbre, légèrement en retrait du reste des invités, comme quelqu’un essayant d’occuper le moins d’espace possible dans un monde qui n’était pas fait pour elle.Elle essaie clairement de paraître à l’aise, mais ça se voyait qu’elle ne l’était pas du tout: la façon dont elle lissait discrètement sa robe quand quelqu’un passait près d’elle, son hésitation avant de croiser certains regards, la manière dont elle semblait constamment chercher une sortie invisible. Elle n'appartient pas ici. Toute la salle







