MasukAlba
Le silence après son avertissement est lourd, palpable. Je fixe les motifs du tapis, mais je ne vois que lui. L'ombre du père de Samantha qui plane sur cette chambre, sur notre amitié, sur moi. Ce désir qui couve en moi est un feu dévorant, et j'ai désespérément besoin de comprendre ce qui m'arrive. De mettre des mots sur ce chaos intérieur.
Je relève la tête, mon regard cherchant le sien dans la pénombre.
— Parle-moi de toi, alors. Vraiment. Pas juste des béguins. De... de ce qui compte vraiment.
Samantha hausse un sourcil, un sourire énigmatique aux lèvres.
— De quoi veux-tu que je te parle, Alba ?
Je prends une inspiration profonde, sentant mon cœur battre à tout rompre.
— Tes aventures. Les vraies. Le... le sexe. Raconte-moi. Comment c'est, la première fois ?
Son sourire s'accentue, intrigué. Elle se lève du tapis et vient s'asseoir à côté de moi sur le lit. Sa présence est soudain plus intense, plus focussée.
— Pour cette question ? D'accord. Ma première fois, c'était avec Thomas. On avait seize ans. C'était dans une grange, près des bois. Ce n'était pas du tout comme dans les films. C'était... sauvage. Il était pressé, un peu brusque. Il m'a poussée contre le foin, ses mains étaient partout. J'avais un peu peur, mais c'était excitant aussi. C'était réel, tu sais ? Aucun filtre.
Un frisson me parcourt l'échine. Sauvage. Réel. Les mots résonnent en moi. C'est exactement l'intensité que je ressens, cette impression de vivre quelque chose de brut et de vrai.
— Et... et ça fait mal ?
— Un peu, oui. Au début. Comme une déchirure. Mais après... après, c'est comme une vague. Une chaleur qui envahit tout. Tu oublies tout, tu n'es plus qu'un corps. Tu ne penses plus, tu sens.
Je ferme les yeux une seconde, et dans l'obscurité, je le voux. Je sens ses mains d'homme, larges et affirmées. Je l'imagine me poussant contre un mur, son souffle sur ma peau...
— Et les garçons... ils sont comment ?
Samantha émet un petit rire.
— Ils sont souvent maladroits. Pressés. Ils pensent savoir, mais ils apprennent sur le tas. Le truc, c'est que quand un garçon te désire vraiment, tu le sens. Tout son corps le crie. Ses mains tremblent un peu, son regard change. Et toi, ton corps répond. Tu deviens toute mouillée, toute chaude. Tu te cambres vers lui sans même réfléchir. C'est instinctif.
Je sens une chaleur intense m'envahir, un témoignage physique de la vérité de ses mots. Mon corps sait. Mon corps répond à une présence absente.
— Comment on sait... quoi faire ? Je n'ai jamais... je ne connais rien.
Samantha se rapproche, son souffle chaud sur ma joue. Sa voix n'est plus qu'un murmure.
— Tu ne sais pas. Tu suis ton instinct. Ton corps guide le sien. L'important, c'est de ne pas avoir honte de ce que tu ressens. Si tu as envie de le mordre, mords-le. Si tu as envie de griffer, griffe. C'est ta peau, ton plaisir. La passion, la vraie, elle n'est pas polie.
Si tu as envie de le mordre. La phrase résonne en moi comme un écho lointain, puissant. Une image fugace me traverse l'esprit : mes dents s'enfonçant dans son épaule, un grognement étouffé... Je secoue la tête, confuse.
— Et si on a peur ?
— La peur fait partie du jeu, Alba. C'est ce qui rend tout plus intense. C'est quand tu as ce pincement au ventre, que tu sais que tu franchis une ligne, que tu te sens le plus vivante.
Elle me dévisage, et son expression change. La taquinerie fait place à une curiosité plus profonde.
— Pourquoi ces questions, tout d'un coup ? Il y a... quelqu'un ?
Son regard est trop perspicace. Je me sens mise à nu. Je détourne les yeux, me relevant brusquement.
— Non. C'est juste... la curiosité. Tu sais. On grandit.
Je marche jusqu'à la fenêtre, posant mon front contre la vitre froide. La forêt est une étendue sombre et mystérieuse. Quelque part, là-bas, il est. Et les mots de Samantha ont allumé une nouvelle série d'images dans mon esprit, plus audacieuses, plus charnelles.
Je sens son regard dans mon dos. Elle ne dit rien, mais je devine qu'elle sent mon trouble, mon agitation. Elle me laisse avec ces nouveaux frissons, avec cette conscience aiguë de mon propre corps et de ses désirs interdits.
La peur, comme elle l'a dit, n'était pas un avertissement. C'était une invitation. Une promesse d'intensité. Et je n'avais jamais autant brûlé d'impatience et d'appréhension mêlées.
ÉLISEJe suis dans la nursery, seule avec mes petits-enfants.Trois merveilles. Trois bébés parfaits, issus de ma fille, de mon sang, de mon amour.Luna dort paisiblement, ses petits poings fermés, ses cheveux argentés brillant sous la lumière douce. Lyam, le sérieux, nous observe de ses yeux dorés, comme s'il cherchait déjà à comprendre le monde. Aurore, la petite dernière, a les yeux ouverts , un doré, un bleu , et me regarde fixement.— Bonjour, ma puce, je murmure.Elle agite ses petites mains, comme pour me répondre.Je pense à ma vie. À ce qu'elle était avant. Une femme ordinaire, dans un monde ordinaire, avec un mari ordinaire et une fille ordinaire. Et puis tout a basculé. La maladie d'Alba. Sa transformation. Ce monde. Ces loups. Cet amour.Et maintenant, ces trois petits être
ALBANeuf mois.Neuf mois depuis notre retour de l'île paradisiaque.Neuf mois de vie commune, de responsabilités partagées, d'amour qui grandit chaque jour un peu plus.Neuf mois depuis que j'ai commencé à soupçonner que notre lune de miel avait laissé plus que des souvenirs.Je me souviens du moment précis où j'ai su.C'était un matin, trois semaines après notre retour. Je m'étais réveillée avec une nausée si violente que j'avais dû courir à la salle de bain. Adriel, paniqué, me suivait partout, me demandant si j'allais bien, si je voulais qu'il appelle un guérisseur, si c'était grave.— C'est rien, j'avais dit en riant faiblement. Juste un malaise.Mais le lendemain, ça a recommencé. Et le surlendemain aussi.C'est Samantha qui a fini par poser la q
Il me regarde, ses yeux brillants d'émotion.— Comment tu fais pour être aussi parfaite ?Je ris.— Je suis pas parfaite. Loin de là. Je suis têtue, parfois insupportable, j'oublie toujours où je mets mes affaires, je ronfle quand je suis fatiguée, je…— T'es parfaite pour moi. C'est tout ce qui compte.— Alba…— Je t'aime, Adriel. Pour toujours. Et même si la vie nous sépare un jour, même si la mort nous sépare, notre amour, lui, continuera. Parce qu'il est plus fort que tout. Parce qu'il est éternel.Il me serre dans ses bras, si fort que j'ai du mal à respirer. Mais je m'en fiche. Je suis bien. Je suis chez moi. Dans ses bras, c'est chez moi.— Promets-moi une chose, murmure-t-il contre mes cheveux.— Tout.— Promets-moi que quoi qu'il arrive, on se souviendra de ce momen
ALBAC'est notre dernier jour sur l'île.Je le sens dès que j'ouvre les yeux. Une mélancolie douce-amère mêlée à la gratitude pour chaque seconde vécue ici.Demain, on rentre. Demain, la vie reprend. La meute, les responsabilités, la mission. Le monde.Mais aujourd'hui, aujourd'hui est à nous. Tout entier.Je me réveille dans ses bras, comme tous les matins depuis une semaine. Sa chaleur contre moi, son souffle dans mes cheveux, la douceur de sa peau contre la mienne. Sa jambe passée entre les miennes, son sexe au repos contre ma cuisse, sa main posée sur mon sein.Je ne bouge pas. Je veux graver cette sensation en moi pour toujours. La façon dont ses bras m'enlacent, dont son cœur bat contre mon dos, dont sa respiration soulève régulièrement sa poitrine.— J'ai pas envie de partir, je murmure,
ADRIELLa nuit tombe sur l'île, et on dîne sur la terrasse, éclairés par des lanternes que j'ai suspendues dans les arbres, bercés par la musique des vagues et le chant des grillons.Elle porte une simple robe légère, blanche, presque transparente, que la brise nocturne plaque contre son corps, révélant ses formes. Ses cheveux argentés flottent sur ses épaules, brillant sous la lumière des lanternes. Elle est la plus belle chose que j'aie jamais vue.— À quoi tu penses ? demande-t-elle.— À toi. Toujours à toi.Elle rougit, ce qui est ridicule parce qu'elle est ma femme et qu'on a passé la journée à faire l'amour dans tous les endroits possibles de cette île, mais j'adore ça. J'adore la faire rougir. J'adore tout d'elle.— Arrête, dit-elle.— Jamais.
Il descend encore, embrassant mon ventre, mon nombril, mes hanches. Ses mains écartent mes cuisses, et je les ouvre pour lui, offerte, impatiente.— T'es déjà trempée, constate-t-il, sa voix pleine d'approbation. T'es toujours prête pour moi.— Pour toi, toujours.Il se penche, et sa langue trouve mon clitoris. Je crie, je me cambre, je perds tout contrôle. Il me lèche lentement d'abord, explorant, savourant. Puis plus vite, plus fort, plus précis, ses doigts entrant en moi, me préparant.— Adriel, je… je vais…— Pas encore, ordonne-t-il en s'arrêtant.Je gémis de frustration.— Pourquoi tu t'arrêtes ?Il remonte le long de mon corps, m'embrasse, me fait goûter ma propre saveur sur ses lèvres.— Parce que je veux être en toi quand tu jouiras. Je veux te sentir te serrer auto
AlbaLa nuit qui précède le départ pour le territoire des Solitaires est un monstre de silence.Un silence qui gronde. Il est fait du frottement sec du cuir qu’on ajuste une dernière fois, du souffle rauque des guerriers qui tentent de dormir, du bourdonnement sourd de la peur et de la déterminatio
AlbaLe soleil qui suit le Conseil des Anciens est un menteur. Il brille, pâle mais présent, filtrant à travers les feuilles naissantes d’un printemps hésitant. Il éclaire un camp qui s’efforce de paraître normal. Les enfants jouent près du ruisseau, leurs rires un peu trop aigus. Les femmes tissen
AlbaUn murmure, différent cette fois, fait écho à ses paroles. De l’intérêt. De l’espoir, même.Kieran lève une main ridée pour calmer les esprits.— L’héritière défend sa sauveuse. C’est honorable. Mais la question demeure : cette puissance peut-elle être contrôlée ? Ou est-ce un feu qui finira p
AlbaSa main valide se lève, hésite, puis se pose sur la mienne, qui serre la couverture. Son contact est froid, mais vrai. C’est le premier geste d’affection qu’elle m’adresse depuis des mois.Les larmes que je retenais depuis la gorge débordent enfin, silencieuses et chaudes.— Je suis désolée, j







