LOGINChloé
Rentrés au loft, nous n'allumons pas la lumière. Nous restons dans le noir, debout dans le salon, à nous regarder sans nous voir. Les lumières de Paris entrent par les grandes fenêtres, dessinent des ombres sur nos visages, sur nos corps, sur nos âmes.
La robe rouge est encore sur moi. Elle pèse des tonnes. Elle brûle ma peau.
--- Tu as envie de lui, dit Raphaël.
Ce n
Il pose sa main sur ma joue. Sa paume est chaude, rugueuse, réconfortante. Il me regarde avec une tendresse que je ne lui ai jamais vue. Matthias Delacroix, l'homme de glace, le roi de la finance, le manipulateur, le stratège, est là, vulnérable, offert, amoureux.--- Dis-moi de m'arrêter.Sa voix casse sur les derniers mots.--- Dis-le, et je m'arrêterai. Je te le promets. Je te laisserai partir, et je ne te reparlerai plus jamais de ce que je ressens. Je retournerai dans ma prison de verre et d'acier, et je t'oublierai. Ou j'essaierai. Ou je ferai semblant.Je ne dis rien.Il se penche. Il m'embrasse.Ce n'est pas comme avec Raphaël. Ce n'est pas doux, pas tendre, pas exploratoire. C'est intense. Profond. Possessif. Désespéré.Sa langue prend possession de ma bouche comme si elle avait toujours été là, comme si elle avait attendu ce
RaphaëlLe lendemain matin, je suis dans l'atelier. Je peins. Je peins Chloé. Encore. Toujours. Comme depuis treize ans.Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, je la peins entre nous deux. Matthias et moi.La toile est immense. Deux mètres sur trois. Elle occupe tout un mur. Je l'ai commencée il y a trois jours, sans réfléchir, poussé par une urgence que je ne m'explique pas.Trois visages. Les siens, le mien, celui de Matthias. Trois corps enlacés. Une seule histoire. La nôtre.Les couleurs sont chaudes, vibrantes, presque violentes. Des rouges, des oranges, des ors. La couleur de la passion. La couleur de l'amour. La couleur du danger.Je peins depuis des heures. Je ne vois pas le temps passer. Je ne vois qu'eux. Qu'elle. Que nous.Mon téléphone vibre. Je sursaute. Je regarde l'écran. Ce n'est pas le mien. C'est
ChloéRentrés au loft, nous n'allumons pas la lumière. Nous restons dans le noir, debout dans le salon, à nous regarder sans nous voir. Les lumières de Paris entrent par les grandes fenêtres, dessinent des ombres sur nos visages, sur nos corps, sur nos âmes.La robe rouge est encore sur moi. Elle pèse des tonnes. Elle brûle ma peau.--- Tu as envie de lui, dit Raphaël.Ce n'est pas une question. C'est un constat. Une évidence.--- Oui.--- Tu l'as toujours eu ?--- Je ne sais pas. Peut-être. Depuis toujours. Depuis cette photo dans le grenier. Depuis cette danse il y a dix ans. Depuis ce premier regard que je n'ai pas vu à l'époque mais que je vois maintenant, que je ressens dans tout mon corps.--- Et moi ?--- Toi aussi. Depuis toujours. Depuis le premier jour où papa m'a ramenée. Depuis
Le gala a lieu dans un palace. Salle des fêtes, lustres en cristal, champagne à flots. Les hommes sont en smoking, les femmes en robes longues. Les bijoux scintillent, les rires fusent, les regards se croisent.Les photographes sont alignés sur le tapis rouge comme une armée. Leurs flashes crépitent sans arrêt. Quand nous arrivons, l'armée se déchaîne.Matthias pose sa main sur mon dos nu. Pour les photos, officiellement. Mais sa paume est brûlante. Elle imprime sa chaleur sur ma peau. Ses doigts bougent à peine, mais je sens chaque micromouvement. La promesse de ce qui pourrait être. La menace de ce qui va arriver.Raphaël me tient la main. Ses doigts caressent ma paume, l'intérieur de mon poignet, exactement là où bat mon pouls. Il doit le sentir s'accélérer. Il doit savoir ce qu'il me fait. Il doit savoir que je suis en train de
Il me regarde. Longtemps. Intensément. Ses yeux parcourent mon visage, cherchent la vérité, trouvent l'évidence. Puis il sourit. Un sourire fragile, incertain, mais vrai.--- Alors on est deux fous.--- On est deux amoureux.Je l'embrasse. Longuement. Profondément. Un baiser qui dit tout ce que je ne sais pas dire avec des mots. Un baiser qui promet, qui espère, qui construit. Un baiser qui scelle un pacte.Quand on s'écarte, on est essoufflés, tremblants, vivants. Plus vivants que jamais.--- Il faut qu'on lui parle, dis-je. Tous les trois.--- Oui.--- Mais pas tout de suite. Il faut qu'on soit prêts. Il faut qu'il soit prêt. Il faut qu'on apprivoise l'idée, qu'on la laisse grandir, qu'on l'arrose comme une plante fragile.--- On va le préparer. Doucement. Par petites touches. On va lui montrer que c'est possible. Qu'on peut ê
MChloéLa porte a claqué. Le bruit résonne encore dans le loft, rebondit contre les murs, contre les toiles, contre mon cœur. Matthias est parti. Emportant avec lui sa douleur, sa jalousie, et ce regard. Ce regard qui m'a traversée comme une lame, qui a ouvert des brèches là où je croyais tout avoir refermé.Je suis restée au lit, paralysée. Mes membres refusent de bouger. Mon cœur refuse de se calmer. Raphaël est assis à côté de moi, immobile, les mains posées sur ses cuisses nues, le regard perdu dans le vide. Le silence est si épais qu'on pourrait le couper, le toucher, le respirer. Il pèse des tonnes.Dehors, Paris s'éveille lentement. Les bruits de la rue montent jusqu'à nous, étouffés, lointains. Des rires d'enfants, un moteur qui tousse, une musique qui passe. La vie continue. Indifférente à notre naufrage.--- Qu'est-ce qu'il y a ? demande Raphaël.Sa voix est douce, trop douce. Fragile. Comme s'il avait peur de me briser, comme si j'étais de verre.--- Rien.--- Ne mens pas.
DamonElle a tort. Et elle a raison, d’une certaine manière tordue. J’étais là, oui, mais pas comme elle le croit, pas dans une connexion romantique ou spirituelle. J’étais là dans la furie brute, dans la volonté farouche d’oubli total, de noyer mon vide dans la tempête physique. Pas dans l’amour,
DamonLa tête de Camille est renversée en arrière, ses cheveux noirs en cascade collant à la sueur de son cou pâle, ses ongles écorchant la peau sensible à la base de mon crâne comme si elle cherchait à m’arracher l’âme ou à l’y ancrer pour toujours. Son gémissement est un son rauque, possessif, pr
DamonElle se lève. Le mouvement est hésitant, comme si ses membres ne lui obéissaient plus tout à fait. Elle est épuisée, vidée, mais ses yeux brillent d’une lueur nouvelle, fiévreuse.— Et… et ensuite ? demande-t-elle, sa voix un peu plus forte.— Ensuite, tu vas vivre. Tu vas continuer. Mais tu
DamonMon corps se souvient d'elle avant même que mon cerveau n'ait pris la décision.C'est cette sensation étrange, presque électrique, qui parcourt ma nuque quand je franchis le seuil de la galerie. Les doigts moites dans les poches de mon manteau, la mâchoire serrée à en crisper les dents. Je ne







