LOGINLAURENCE
Je me réveille en sursaut.
La lumière du jour filtre à travers les rideaux. Je ne sais pas où je suis. Je ne sais pas quelle heure il est. Je ne sais pas quel jour on est.
Puis je sens une présence derrière moi. Une chaleur. Un bras autour de ma taille.
Damon.
Les souvenirs remontent d'un coup. La nuit. Mathieu. La femme dans le lit. Mes p
RaphaëlLe lendemain matin, je suis dans l'atelier. Je peins. Je peins Chloé. Encore. Toujours. Comme depuis treize ans.Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, je la peins entre nous deux. Matthias et moi.La toile est immense. Deux mètres sur trois. Elle occupe tout un mur. Je l'ai commencée il y a trois jours, sans réfléchir, poussé par une urgence que je ne m'explique pas.Trois visages. Les siens, le mien, celui de Matthias. Trois corps enlacés. Une seule histoire. La nôtre.Les couleurs sont chaudes, vibrantes, presque violentes. Des rouges, des oranges, des ors. La couleur de la passion. La couleur de l'amour. La couleur du danger.Je peins depuis des heures. Je ne vois pas le temps passer. Je ne vois qu'eux. Qu'elle. Que nous.Mon téléphone vibre. Je sursaute. Je regarde l'écran. Ce n'est pas le mien. C'est
ChloéRentrés au loft, nous n'allumons pas la lumière. Nous restons dans le noir, debout dans le salon, à nous regarder sans nous voir. Les lumières de Paris entrent par les grandes fenêtres, dessinent des ombres sur nos visages, sur nos corps, sur nos âmes.La robe rouge est encore sur moi. Elle pèse des tonnes. Elle brûle ma peau.--- Tu as envie de lui, dit Raphaël.Ce n'est pas une question. C'est un constat. Une évidence.--- Oui.--- Tu l'as toujours eu ?--- Je ne sais pas. Peut-être. Depuis toujours. Depuis cette photo dans le grenier. Depuis cette danse il y a dix ans. Depuis ce premier regard que je n'ai pas vu à l'époque mais que je vois maintenant, que je ressens dans tout mon corps.--- Et moi ?--- Toi aussi. Depuis toujours. Depuis le premier jour où papa m'a ramenée. Depuis
Le gala a lieu dans un palace. Salle des fêtes, lustres en cristal, champagne à flots. Les hommes sont en smoking, les femmes en robes longues. Les bijoux scintillent, les rires fusent, les regards se croisent.Les photographes sont alignés sur le tapis rouge comme une armée. Leurs flashes crépitent sans arrêt. Quand nous arrivons, l'armée se déchaîne.Matthias pose sa main sur mon dos nu. Pour les photos, officiellement. Mais sa paume est brûlante. Elle imprime sa chaleur sur ma peau. Ses doigts bougent à peine, mais je sens chaque micromouvement. La promesse de ce qui pourrait être. La menace de ce qui va arriver.Raphaël me tient la main. Ses doigts caressent ma paume, l'intérieur de mon poignet, exactement là où bat mon pouls. Il doit le sentir s'accélérer. Il doit savoir ce qu'il me fait. Il doit savoir que je suis en train de
Il me regarde. Longtemps. Intensément. Ses yeux parcourent mon visage, cherchent la vérité, trouvent l'évidence. Puis il sourit. Un sourire fragile, incertain, mais vrai.--- Alors on est deux fous.--- On est deux amoureux.Je l'embrasse. Longuement. Profondément. Un baiser qui dit tout ce que je ne sais pas dire avec des mots. Un baiser qui promet, qui espère, qui construit. Un baiser qui scelle un pacte.Quand on s'écarte, on est essoufflés, tremblants, vivants. Plus vivants que jamais.--- Il faut qu'on lui parle, dis-je. Tous les trois.--- Oui.--- Mais pas tout de suite. Il faut qu'on soit prêts. Il faut qu'il soit prêt. Il faut qu'on apprivoise l'idée, qu'on la laisse grandir, qu'on l'arrose comme une plante fragile.--- On va le préparer. Doucement. Par petites touches. On va lui montrer que c'est possible. Qu'on peut ê
MChloéLa porte a claqué. Le bruit résonne encore dans le loft, rebondit contre les murs, contre les toiles, contre mon cœur. Matthias est parti. Emportant avec lui sa douleur, sa jalousie, et ce regard. Ce regard qui m'a traversée comme une lame, qui a ouvert des brèches là où je croyais tout avoir refermé.Je suis restée au lit, paralysée. Mes membres refusent de bouger. Mon cœur refuse de se calmer. Raphaël est assis à côté de moi, immobile, les mains posées sur ses cuisses nues, le regard perdu dans le vide. Le silence est si épais qu'on pourrait le couper, le toucher, le respirer. Il pèse des tonnes.Dehors, Paris s'éveille lentement. Les bruits de la rue montent jusqu'à nous, étouffés, lointains. Des rires d'enfants, un moteur qui tousse, une musique qui passe. La vie continue. Indifférente à notre naufrage.--- Qu'est-ce qu'il y a ? demande Raphaël.Sa voix est douce, trop douce. Fragile. Comme s'il avait peur de me briser, comme si j'étais de verre.--- Rien.--- Ne mens pas.
ChloéLa lumière du matin entre par les grandes fenêtres, dorée, douce, pleine de promesses. Je me réveille contre lui. Il dort encore, un bras passé sous ma nuque, l'autre posé sur mon ventre, possessif même dans le sommeil.Son visage est apaisé, détendu, plus jeune quand il dort. Ses longs cils reposent sur ses joues, ses lèvres sont entrouvertes, un souffle léger s'en échappe.Je le regarde longtemps. Je mémorise chaque détail. La petite cicatrice sur son sourcil, souvenir d'une chute à vélo enfant. Les taches de rousseur sur son nez, discrètes, adorables. La façon dont ses cheveux tombent sur son front, en désordre parfait.Je me penche. Je l'embrasse doucement sur les lèvres.Il remue. Un sourire naît sur ses lèvres sans qu'il ouvre les yeux.--- Encore
DamonJe ne prends pas le temps de la contempler. Le besoin est trop pressant, trop animal. Je détache ma ceinture, la fais glisser. Elle regarde, hypnotisée, les yeux pleins d’une terreur exaltée. Je la retourne brutalement, face au mur de verre. Elle pose ses paumes à plat contre la surface froid
DamonLa journée du lendemain s’ouvre sur un ciel bas, plombé. Mon bureau, d’une propreté stérile, semble absorber toute la lumière, ne laissant qu’une lueur grise et mate sur les surfaces lisses.L’annulation de mes rendez-vous du matin a laissé un vide dans mon agenda. Un blanc. Ce blanc, au lieu
LaurenceLe couloir est un tunnel blanc et froid qui semble s’étirer à l’infini. Mes pieds nus sur le marbre résonnent comme des battements de cœur précipités. Mes talons , mes armes , sont restés dans son bureau, près de la baie vitrée où le monde entier aurait pu nous voir. L’étoffe déchirée de m
DamonAprès une nuit paisible , le lendemain, je suis déjà d'attaque .La salle d’attente du quarante-sixième étage est un espace de silence tendu, presque chirurgical. L’air y est immobile, filtré, d’une température parfaite qui ne parvient pas à masquer la transpiration froide de l’homme assis en







