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Chapitre 2 : La Brûlure

Author: Déesse
last update Last Updated: 2025-12-02 21:17:59

Reine

Le jour se lève, gris et lourd. Je suis épuisée. Mes nuits sont peuplées de lui. Pas de ses mots acérés, non. Mais de son corps. Cette image est gravée au fer rouge derrière mes paupières closes : la silhouette sculptée de Gabriel se découpant contre la lumière du couloir, les muscles de son dos tendus sous son simple t-shirt, cette façon animale qu’il a d’occuper l’espace.

Je me retourne dans le lit, le regard posé sur Richard qui dort paisiblement à mes côtés. Son souffle est régulier, rassurant. Mon mari. Un homme bon. Et moi, allongée près de lui, je brûle pour son fils. Une chaleur coupable et humide me parcourt l’aine rien qu’en repensant à la façon dont Gabriel m’a regardée hier soir dans la cuisine. Comme une proie. Comme une femme.

Je me lève, le sol froid sous mes pieds nus. Dans la salle de bains, je m’asperge le visage d’eau glacée. Ça ne suffit pas. La sensation de son souffle sur mon cou est toujours là, tenace. Je vois ses mains, ces mains larges aux veines saillantes, et je me demande comment elles se poseraient sur ma peau. Brutales ? Ou d’une douceur surprenante ?

— Non.

Le mot s’échappe de mes lèvres dans un murmure rauque. Je me regarde dans le miroir. Mes joues sont rouges, mes yeux brillent d’un éclat que je ne leur connais pas. Je me dégoûte.

— C’est ton fils. Le fils de ton mari. Ce n’est pas normal.

Je me gifle intérieurement. La honte me cingle le visage, plus violente qu’une vraie gifle. C’est une trahison. Une perversion. Richard mérite mieux que ça. Il mérite une épouse, pas une… pas ça. Je ferme les yeux, serrant le bord du lavabo si fort que mes jointures blanchissent. Mais l’image revient, plus forte. Son torse, deviné sous le coton de son t-shirt. L’ombre de ses abdominaux. La courbe sensuelle de sa bouche lorsqu’il sourit de ce sourire cynique qui me met en rage… et autre chose.

La journée est un supplice. Chaque bruit qu’il fait est une torture délicieuse. Le son de ses pas dans l’escalier. Le claquement de la porte du frigo. Sa voix dans le salon lorsqu’il parle au téléphone, cette voix grave qui semble caresser l’air.

Nous déjeunons. Richard est là, heureux, bavard. Moi, je me tais. Je sens le regard de Gabriel sur moi, pesant. Je fixe mon assiette, je compte les motifs de la nappe. Tout sauf lui.

— Reine ? Tu es sûre que ça va ? Tu es toute pâle, s’inquiète Richard.

— Oui, oui. Juste un peu fatiguée.

— Elle a peut-être passé une mauvaise nuit, lance Gabriel, le ton faussement concerné. À rêver de choses qui la tourmentent, sans doute.

Mes yeux se lèvent malgré moi et rencontrent les siens. Il sait. Je vois dans son regard une lueur de défi, de complicité malsaine. Il sait que j’ai pensé à lui. Il joue avec moi. Et la partie la plus terrifiante, c’est que je veux jouer aussi.

Je me lève si brusquement que ma chaise grince sur le carrelage.

— Excusez-moi. J’ai… j’ai oublié de passer un coup de fil important.

Je fuis. Je fuis vers le jardin, vers l’air libre, mais son parfum imaginaire me poursuit. Je m’arrête au milieu des rosiers, le cœur battant la chamade, les mains tremblantes. Je respire à fond, essayant de chasser son image, la sensation de lui.

Mais c’est pire. Les yeux fermés, je le vois plus distinctement. Je l’imagine s’approchant de moi, ici, parmi les roses. Je l’imagine poussant mes cheveux pour dégager mon cou. Je l’imagine penchant sa tête, ses lèvres effleurant ma peau…

Mon estomac se serre, un mélange nauséeux de désir et de honte. Je me hais. Je hais mon corps qui me trahit, mon esprit qui m’embrasse. C’est mal. C’est immoral. C’est dangereux.

Mais alors pourquoi, au plus profond de moi, cette attirance maladive brûle-t-elle avec l’intensité d’un soleil noir ? Pourquoi chaque fibre de mon être crie-t-elle son nom dans le silence de mon âme ?

Je rentre dans la maison, déterminée à l’éviter, à éteindre ce feu. Je monte l’escalier, et au moment où je passe devant la porte de sa chambre, entrouverte, je l’aperçois. Il est debout, torse nu, en train de se passer une serviette sur la nuque. Son dos est une carte de muscles saillants, de peau dorée tendue sur des épaules larges. La serviette glisse le long de sa colonne vertébrale…

Je détourne les yeux aussitôt, mon sang battant à mes tempes, et je me précipite dans ma chambre, verrouillant la porte derrière moi comme si le Diable en personne était à mes trousses.

Et peut-être qu’il l’est. Peut-être que le Diable a les yeux noisette et qu’il habite sous le toit de mon mari.

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