INICIAR SESIÓNJ'ai hoché la tête, buvant ses paroles.
— J'aime quand tu me regardes, a-t-elle continué. Vraiment. Pas à travers toi, pas à travers tes propres désirs. Moi. Quand tu me vois, moi, Sofia, avec mes peurs et mes forces.
— Je te vois, ai-je dit.
— Je sais. C'est pour ça que je t'aime.
Elle s'est rapprochée. Elle m'a embrassé.
— Maintenant, a-t-elle dit, on exp&ea
Elle le sent. Son sourire s'élargit imperceptiblement.— Votre corps comprend déjà ce que votre esprit refuse encore d'admettre. Regardez-vous, Enzo. À genoux devant moi. Le cœur qui bat comme un tambour. La peau qui brûle. Les pupilles dilatées. Votre corps, lui, a déjà accepté. Il s'est déjà soumis. Il ne reste plus qu'à votre esprit à suivre.Ses doigts descendent encore. Ils suivent la ligne de mon sternum à travers le tissu de mon t-shirt. Je sens leur chaleur à travers l'étoffe. Mes muscles se contractent sous la caresse. Mon ventre se creuse.— Vous êtes fait pour cela, Enzo. Vous l'avez toujours su, au fond de vous. Vous attendiez juste quelqu'un pour vous le révéler. Quelqu'un qui voie à travers votre carapace de provocations. Quelqu'un qui reconnaisse cette faim que vous ne saviez pas nommer.Ses doigts s'arrêtent juste au-dessus de ma ceinture. Ils restent là, suspendus, à quelques millimètre
Lundi. Dix-sept heures.La porte de la salle 204 est entrouverte. Le même rai de lumière dorée filtre par l'interstice. La même odeur de bois ciré, de papier ancien et de son parfum boisé s'en échappe, m'enveloppe avant même que j'aie poussé le battant.J'entre. Je ferme la porte à clé. Le déclic résonne dans le silence comme une signature, comme un verdict, comme une promesse.Je suis à genoux sur le parquet de la salle 204. Mes yeux sont baissés vers le sol. L'enveloppe est posée devant moi, sur le bois ciré. Elle est fermée mais pas scellée. Elle pourrait l'ouvrir sans même déchirer le papier. J'attends.Madame Valois est assise derrière son bureau. Elle porte une jupe crayon grise aujourd'hui, un chemisier blanc en soie dont les premiers boutons sont défaits, laissant deviner la naissance de sa gorge et le collier de perles qui repose sur sa peau, juste au-dessus de la courbe de ses seins. Ses
EnzoLa semaine qui a suivi le premier cours a été une lente combustion.Chaque soir, dans ma chambre, je m'enfermais avec le poème de Baudelaire. La feuille était posée sur mon bureau, sous la lampe. L'écriture de Madame Valois dansait devant mes yeux. Ronde, élégante, parfaitement formée. L'encre noire semblait encore fraîche, comme si elle venait de la tracer. Je passais mes doigts au-dessus du papier sans oser le toucher, de peur d'effacer quelque chose d'essentiel.Je la lisais et la relisais jusqu'à ce que les mots se brouillent, jusqu'à ce qu'ils perdent leur sens pour mieux le retrouver ailleurs, dans ma chair, dans mon ventre.La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse...Le poème parlait d'une femme morte, une servante humble et dévouée. Le poète évoquait son souvenir avec une tendresse mêlée de culpabilité. Il regrettait de ne pas l'avoir assez aimée, de ne pas avoir reco
Enzo — Votre devoir. Les deux mots ont flotté dans l'air du bureau comme une menace douce, comme une promesse. J'étais assis en tailleur sur le parquet froid, les yeux baissés vers mes genoux, attendant. Mes paumes posées sur mes cuisses. Mon souffle court mais régulier. — À chaque leçon, Enzo, je vous donnerai un texte à lire. Un texte que vous étudierez seul, chez vous, dans le silence de votre chambre. Et vous me rendrez une rédaction. Elle a ouvert un tiroir de son bureau. Le bois a glissé contre le bois avec un chuchotement. J'ai entendu le froissement de papiers qu'on déplace. Puis elle a posé quelque chose sur le bois ciré. Une feuille, d'après le bruit léger. — Vous pouvez regarder. J'ai levé les yeux. Sur le bureau, face à moi, une feuille de papier épais, presque cassant. Dessus, un poème manuscrit. Son écriture à elle. Ronde, élégant
Ses doigts ont glissé dans mes cheveux. Une caresse légère, presque distraite. Ils ont descendu le long de ma nuque, traçant un sillon de feu sur ma peau. — C'est cela que je veux vous enseigner, Enzo. La présence. L'attention totale à l'instant. À moi. À ce qui se passe entre nous. À cette alchimie silencieuse qui opère quand une volonté se soumet librement à une autre. Ses doigts se sont retirés. La perte du contact a été presque douloureuse. Elle a repris sa marche lente autour de moi. Ses talons claquaient en rythme sur le parquet. Un métronome qui réglait ma respiration. — La plupart des gens traversent la vie sans jamais être vraiment présents. Ils sont toujours ailleurs. Dans leurs pensées. Leurs souvenirs. Leurs projets. Leurs peurs. Leurs regrets. Ils ne sont jamais là. Jamais pleinement. Ils passent à côté de leur vie sans la vivre. Elle est revenue se placer face à moi. Je voyais ses pied
Je me suis figé. Mon regard fixait le sol. Je voyais la pointe de ses escarpins noirs dans mon champ de vision périphérique. Deux triangles de cuir brillant plantés sur le parquet comme des lames, comme des serres. — Savez-vous pourquoi je vous fais faire cela, Enzo ? — Non, Madame. — Le regard est une arme. Peut-être la plus puissante que nous possédions. Un regard peut défier. Séduire. Menacer. Supplier. Dominer. Se soumettre. Un regard peut tout dire sans un mot. Ses talons ont claqué sur le parquet. Elle s'est déplacée lentement, a contourné mon corps agenouillé. Je sentais son regard sur ma nuque comme une brûlure, comme une caresse, comme un fer rouge. — Dans la vie ordinaire, vous utilisez votre regard sans même y penser. C'est un réflexe. Une habitude. Vous défiez vos professeurs en les fixant avec insolence. Vous toisez vos camarades pour affirmer votre supériorité. Vous