LOGINSa main descend sur mon ventre, caresse mes hanches, s'aventure sur mes cuisses. Sa bouche se pose sur mon cou, déposant un baiser brûlant.
— Deuxième question. Avait-elle un accent ? Une façon particulière de parler ?— Non. Elle parlait comme toutes les servantes du palais. Un arabe correct, sans accent.— Bien.Ses doigts trouvent mon centre, et je retiens un gémissement. La caresse est légère, experte, et elle éveille immédiatement des sensations que jeNerina Le contact est brutal, presque violent. Ses lèvres sont dures contre les miennes, et quand il ouvre la bouche, ce n'est pas pour un baiser — c'est pour me donner son air. L'oxygène passe de ses poumons aux miens en une bouffée chaude et vitale, et je sens mon corps tout entier se ranimer, comme une flamme qu'on rallume dans une chambre froide. Ma poitrine se gonfle, mes doigts s'agrippent à ses épaules, mes ongles s'enfoncent dans sa peau sans qu'il bronche. Sous l'eau, tout est suspendu. Le temps, le bruit, la peur. Il n'y a plus que ses yeux gris qui me regardent de tout près, ses mains qui me tiennent fermement par les épaules, sa bouche qui continue de me donner de l'air comme on donne la vie. Ses lèvres ont un goût que je n'oublierai jamais — rhum, sel, et quelque chose de plus profond, quelque chose d'amer et de doux à la fois, comme le bois brûlé ou les algues séchées. C'est le goût de l'oc
Nerina Le bastingage est froid sous mes paumes, et le vide, en contrebas, est encore plus noir que dans mon souvenir. Je suis nue, comme hier, comme tous les matins de ce qui reste de ma vie. L'étoffe de chanvre est tombée à mes pieds il y a une minute, et le vent du large s'engouffre dans le moindre recoin de mon corps, fait se dresser mes seins, hérisse les poils de mes bras, plaque des mèches humides sur mes joues. L'équipage est derrière moi, silencieux pour une fois, comme si même les plus endurcis d'entre eux sentaient que ce matin n'est pas un matin comme les autres. Je ne sais pas pourquoi j'hésite. Hier, j'ai sauté sans réfléchir, portée par l'adrénaline du défi, par la nécessité de prouver que je n'étais pas une chose qu'on livre et qu'on oublie. Hier, j'ai plongé, j'ai remonté une perle, j'ai gagné ma première nuit. Hier, j'ai joué aux échecs avec le Roi Noir jusqu'à l'aube, enveloppée dans un
Je me lève, je vais chercher le coffret de nacre sur l'étagère. Celui où je conserve les perles qu'elle a remontées depuis trois semaines. Il y en a dix-neuf, alignées sur un coussin de velours noir comme des étoiles minuscules. Dix-neuf plongées réussies. Dix-neuf nuits où elle a frappé à ma cloison. Je pose le coffret sur la table, entre nous, et je l'ouvre. Les perles luisent sous la lumière de la lanterne, chacune unique, chacune parfaite à sa manière. — Voici le marché, Nerina. Écoute bien, car je ne le répéterai pas. Elle hoche la tête, ses yeux noirs fixés sur les miens. — Chaque perle que tu remontes est une monnaie. Elle t'achète ma protection pour une nuit. Mais elle t'achète aussi autre chose. Des privilèges. Des récompenses. Des degrés de liberté que tu n'as pas aujourd'hui. Je prends une première perle dans le coffret, la plus petite, une perle presque grise qu'elle a remontée le deuxième j
Quelques rires nerveux. Torv approuve bruyamment. Kaelan ne dit rien. Il me regarde, son verre à la main, ses yeux gris fixés sur moi avec cette intensité de faucon qui ne me lâche jamais. — Elle plonge bien, pourtant, dit Sao Feng d'une voix calme. Mieux que certains hommes que j'ai vus. — Elle plonge nue, réplique Sereia avec un sourire froid. C'est facile de bien plonger quand on n'a rien à perdre. Moi aussi, j'ai plongé nue, autrefois. Avant que le capitaine ne me repêche. Avant que je ne devienne vigie. Avant que je ne mérite ma place à cette table. Elle marque une pause, boit une gorgée de vin, et me regarde enfin directement. — Toi, tu n'as encore rien mérité. Tu es un tribut. Un jouet. Une distraction. Et quand le capitaine en aura assez de toi, tu finiras comme les autres — au fond de l'eau, avec les poissons qui te boufferont les yeux. Le silence qui suit est épais comme de l'étoupe. Je sens l
Nerina La convocation arrive en fin d'après-midi, alors que je viens de remonter de ma dernière plongée. Torv m'attend sur le pont, son éternel rictus aux lèvres, et il me tend un morceau de tissu sans un mot. Je le déplie, et je vois que c'est une robe. Une robe légère, presque transparente, d'un tissu si fin qu'on dirait de la brume tissée. Elle ne cachera rien. Elle est faite pour ça , pour suggérer, pour dévoiler, pour exciter l'imagination sans rien dissimuler. — Le capitaine veut te voir dans le carré des officiers, grogne Torv. Il y a un banquet ce soir. Tu serviras le vin. Je ne demande pas pourquoi. J'ai appris à ne pas poser de questions dont je connais déjà la réponse. Le capitaine veut m'exposer. Le capitaine veut me tester. Le capitaine veut voir jusqu'où je peux aller dans l'humiliation sans me briser. C'est son jeu. C'est notre jeu. Chaque épreuve est une négociation muette, un pas de plus vers que
Nerina Le pont du navire est un théâtre, et chaque matin, les acteurs prennent leur place. Je l'ai compris dès le premier jour, mais ce matin, après trois semaines à bord de La Veuve, je commence à savoir lire les visages qui m'entourent. Trois semaines de plongées quotidiennes, de perles arrachées aux huîtres dans l'eau glacée, de nuits passées dans la cabine du capitaine à parler, à jouer aux échecs, à écouter le silence lourd de tout ce que nous ne disons pas. Trois semaines à observer l'équipage comme ils m'observent, à apprendre leurs noms, leurs habitudes, leurs faiblesses. Le premier visage que je vois chaque matin est celui de Torv. Il est toujours là, appuyé contre le grand mât ou accoudé au bastingage, sa gueule de bouledogue plissée en une expression de mécontentement permanent. Torv ne m'a jamais touchée depuis ce premier jour où sa main s'est attardée sur ma hanche, mais ses yeux, eux, me touchent sa
ZorahLa femme frêle esquisse une ombre de révérence. Ses yeux noirs sont immenses dans son visage pâle, des yeux de biche effarouchée qui semblent toujours au bord des larmes. Elle est belle, d'une beauté fragile et mélancolique qui inspire plus la pitié que l'envie.— Et voici Amina, la troisième
ZorahMon cœur s'arrête.— Il est vivant. Mes hommes l'ont assommé, pas tué. Il est prisonnier dans une forteresse à trois jours d'ici. Ta tante aussi. Et ils le resteront tant que tu te montreras... coopérative.Un flot de soulagement me submerge, aussitôt suivi par une vague de terreur encore plu
Zorah Je vois le premier de nos gardes tomber. Un jeune homme que je connais depuis l'enfance, qui s'appelait Hakim et qui rêvait de devenir poète. Un cimeterre s'abat sur sa gorge, et un flot de sang jaillit, rouge vif, presque irréel dans la lumière éclatante du soleil. Son corps bascule de sa s
ZorahLe soleil tape sans pitié sur les dunes qui s'étendent à perte de vue, un océan de sable doré que notre caravane traverse depuis maintenant douze jours. La chaleur est si intense qu'elle déforme l'horizon, créant des mirages qui dansent au loin comme des promesses illusoires. Je suis installé







