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Chapitre 2 : L'Attaque de la Caravane 2

作者: Déesse
last update publish date: 2026-06-04 05:18:05

Zorah 

Je vois le premier de nos gardes tomber. Un jeune homme que je connais depuis l'enfance, qui s'appelait Hakim et qui rêvait de devenir poète. Un cimeterre s'abat sur sa gorge, et un flot de sang jaillit, rouge vif, presque irréel dans la lumière éclatante du soleil. Son corps bascule de sa selle et s'effondre sur le sable, qui boit son sang avec une avidité silencieuse. Ses yeux sont restés ouverts, fixés sur le ciel, comme s'il cherchait encore les mots de son dernier poème.

— Non ! Hakim !

Mon cri se perd dans le vacarme. Autour de moi, c'est l'enfer. Les hurlements des hommes, le hennissement des chevaux, le fracas du métal contre le métal. Mon père a tiré son épée et tente de repousser un assaillant. Il est bon bretteur, je le sais, il a été soldat dans sa jeunesse. Mais il n'est plus jeune, et son adversaire est un colosse monté sur un étalon noir. Je vois l'éclat du cimeterre s'abattre, et mon père s'effondre.

— Père !

Je n'ai pas le temps de me précipiter vers lui. Une main gantée de cuir saisit la bride de mon dromadaire, et une force irrésistible me tire en arrière. Je me débats, je frappe, je griffe. Mes ongles rencontrent le cuir d'un gant, la chair d'un visage. Un homme jure dans une langue que je ne comprends pas. Une deuxième main m'attrape par la taille et me soulève de ma selle comme si je ne pesais rien.

Je hurle. Je me débats avec toute l'énergie du désespoir, je donne des coups de pied, je mords le bras qui me retient. Un goût de cuir, de sueur et de sang emplit ma bouche. L'homme grogne de douleur, mais ne me lâche pas. Au contraire, son étreinte se resserre, m'écrase contre son torse.

— Calme-toi, petite tigresse, dit une voix grave derrière moi, tout près de mon oreille. Tu ne veux pas finir comme les autres. Tu es trop belle pour mourir aujourd'hui.

Sa voix est presque douce, teintée d'une ironie qui me glace plus que n'importe quelle menace. Je tourne la tête et je vois le massacre. Les corps de nos gardes jonchent le sable, leurs tuniques blanches maculées de rouge. Certains bougent encore, rampent, tentent de se relever. Un coup de lame les achève sans pitié. Ma tante Samira est jetée en travers d'une selle comme un sac de grain, ses cris étouffés par un bâillon. Son voile a glissé, découvrant son visage livide, ses yeux exorbités de terreur.

Mon père... je ne le vois plus. Son corps a disparu sous les sabots des chevaux. Est-il mort ? Assommé ? Vivant ? Je ne sais pas. Je ne saurai peut-être jamais. Cette incertitude est pire que la certitude de sa mort. Elle ouvre un gouffre sous mes pieds, un abîme de questions sans réponses qui me hantera pour toujours.

Des larmes brûlantes coulent sur mes joues, traçant des sillons dans la poussière qui recouvre mon visage. L'homme qui me tient me bascule sans ménagement sur sa selle, le ventre sur le cuir chaud, les bras ballants. Ma tête pend dans le vide, mes longs cheveux noirs défaits traînent presque dans le sable. Le cheval s'ébroue et part au galop.

— Non ! Laissez-moi ! Père ! Père, répondez-moi !

Le galop est une torture. Chaque foulée du cheval me secoue avec une violence qui me coupe le souffle. Le pommeau de la selle s'enfonce dans mon ventre, dans mes côtes. J'ai l'impression que mes os vont se briser, que ma colonne vertébrale va se rompre. Le paysage défile à toute vitesse, les dunes, les rochers, les buissons d'épineux. Le monde n'est plus qu'une image floue, un tourbillon de sable et de terreur. Le vent hurle à mes oreilles, emportant mes cris, mes larmes, mes prières.

— Où m'emmenez-vous ? dis-je dans un souffle, sachant que personne ne me répondra.

L'homme ne répond pas. Il a posé une main ferme sur mon dos pour m'empêcher de glisser, une main large et lourde comme une pierre tombale. Je sens la chaleur de sa paume à travers le tissu de ma robe, une chaleur animale qui me rappelle que je suis vivante, que je suis captive, que tout ce que j'ai connu, tout ce que j'ai aimé, tout ce que j'étais, vient de basculer dans le néant.

Combien de temps dure la chevauchée ? Une éternité. Le soleil poursuit sa course dans le ciel, impassible, indifférent à ma souffrance. La lumière décline lentement, passant du blanc éclatant de midi à l'or chaud de l'après-midi, puis à l'orange cuivré du crépuscule. Les ombres s'allongent sur le sable, et le vent qui se lève est plus frais.

Je perds la notion du temps. Je perds la notion de tout. Il n'y a plus que le galop, la douleur, et cette main qui me maintient en vie malgré moi.

Enfin, alors que le soleil embrase l'horizon de ses derniers feux, nous arrivons en vue d'une immense oasis. Une tache verte dans l'infini doré, une émeraude sertie dans l'or du désert. Des palmiers dattiers se balancent dans la brise du soir, leurs palmes bruissant comme des murmures. Et au milieu de cette oasis, se dressant vers le ciel comme un défi lancé aux dieux, un palais.

Un palais qui ressemble à un mirage sorti des contes que ma mère me lisait quand j'étais enfant. Des murs de pierre ocre qui se dressent vers le ciel, des tours crénelées qui semblent toucher les nuages, des coupoles revêtues de céramiques bleues et or qui scintillent sous les derniers rayons du soleil. Des jardins suspendus débordent des terrasses, cascades de verdure et de fleurs qui contrastent avec l'aridité du désert environnant. Des fontaines coulent dans les cours intérieures, leur chant cristallin porté par le vent jusqu'à nous. C'est un palais de sultan, un palais de légende, un palais qui écrase par sa splendeur tout ce que j'ai pu imaginer.

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