LOGINZorah
La femme frêle esquisse une ombre de révérence. Ses yeux noirs sont immenses dans son visage pâle, des yeux de biche effarouchée qui semblent toujours au bord des larmes. Elle est belle, d'une beauté fragile et mélancolique qui inspire plus la pitié que l'envie.
— Et voici Amina, la troisième épouse. Une danseuse qu'il a ramenée d'un voyage dans les royaumes du Sud. Elle parle trop, mais elle a d'autres talents qui la rendent supportable.
La femme ronde éclate d'un rire cristallin qui détonne dans le silence solennel du hammam. Ses yeux noisette pétillent de malice, et ses formes généreuses ondulent quand elle s'approche de moi.
— Ne fais pas attention à Laila, dit-elle en prenant ma main. Elle est comme le vent du désert : brûlante et desséchante. Moi, je suis comme l'eau de l'oasis : rafraîchissante et accueillante. Viens, il faut te préparer. Le maître veut te voir présentée avant le coucher du soleil.
Ses doigts sont chauds et doux autour des miens. Elle m'entraîne vers le bassin central tandis que Laila nous suit du regard, les bras croisés, le visage fermé. Yasmin reste en retrait, silencieuse comme une ombre.
— Déshabille-toi, ordonne Laila d'une voix coupante.
Je reste figée. Me déshabiller devant ces inconnues ? Montrer mon corps à ces femmes qui me regardent comme un ennemi ou une curiosité ?
— Ici, les pudeurs de petite fille n'ont pas cours, reprend Laila. Nous sommes entre femmes. Et bientôt, tu seras entre les mains du maître. Autant t'y habituer.
— Laila, laisse-la respirer, intervient Amina. Tu te souviens de ton arrivée ? Tu as pleuré pendant trois jours.
— Tais-toi, Amina. Ou je te renvoie à la cuisine avec les servantes.
Amina hausse les épaules avec une insouciance feinte, mais je vois ses doigts se crisper sur le tissu de son pagne. La hiérarchie est claire. Laila règne, Amina survit, Yasmin se terre. Et moi, je suis la nouvelle proie.
Je défais lentement ma robe de lin, la seule chose qui me reste de ma vie d'avant. Elle est tachée, déchirée, maculée de sang et de poussière. Mais c'est la mienne. L'enlever, c'est accepter que cette vie est finie.
Le tissu glisse sur mes épaules, sur mes hanches, tombe à mes pieds dans un froissement léger. Je reste nue devant ces trois femmes, la peau hérissée par la fraîcheur de la vapeur et par la honte qui me consume.
Laila s'approche. Elle tourne autour de moi comme un faucon autour de sa proie, ses yeux froids détaillant chaque partie de mon corps. Mes épaules, mes seins, la courbe de ma taille, mes hanches, mes cuisses, mes jambes. Je me sens comme un animal sur un marché, évalué, jaugé, estimé.
— Pas mal, dit-elle enfin. La peau est hâlée, le corps est ferme. Tu as de belles formes, je te l'accorde. Mais tu es trop maigre. Tariq aime les femmes plus en chair.
— Tariq aime ce qu'il n'a pas encore eu, murmure Amina. Et elle est très belle.
Laila lui lance un regard noir.
— Assez parlé. Mettez-la dans l'eau. Il faut la laver, la frotter, l'épiler. Elle doit être parfaite pour la présentation.
Les servantes s'approchent, et je suis entraînée dans le bassin. L'eau est chaude, presque brûlante, et je laisse échapper un soupir malgré moi. Mon corps endolori se détend, mes muscles se relâchent. Les mains des servantes se posent sur moi, me savonnent, me frottent avec des gants de crin qui font rougir ma peau. Je ferme les yeux, essayant de m'évader, de ne plus penser à rien.
Nerina Le retour sur mon île natale est plus douloureux que je ne l'avais imaginé. Les collines vertes, les palmiers, les toits de chaume, tout me rappelle mon enfance, mes peurs, mes espoirs brisés. Mais maintenant, je reviens en reine, avec mon époux et mon fils, et rien ne peut plus m'atteindre. Kaelan tient ma main, Océan dans ses bras. Nous marchons vers la maison de mes parents, et je vois les villageois s'arrêter, chuchoter, se prosterner devant celle qu'ils croyaient morte. — Nerina ! crie une voix. Ma mère apparaît, vieillie, courbée, les cheveux blancs. Elle court vers moi, les bras tendus, et je me laisse étreindre, sans savoir si je dois rire ou pleurer. — Ma fille, ma fille, tu es vivante, répète-t-elle en sanglotant. — Je suis vivante, mère. Et je suis revenue. Mon père sort de la maison, s'arrête sur le seuil, me regarde comme on regarde un fantôme. Puis il tombe à genoux, le visage baigné de larmes. — Pardonne-moi, Nerina. Pardonne-moi pour tout. Je m'avance
NerinaNous rentrons à l'Île Promise avec le sentiment que la page est tournée, que la paix est enfin possible. Cora est restée au village voisin, sur l'île aux Tortues, pour organiser le transfert de l'héritage du Gouverneur. Kaelan et moi retrouvons notre cabane, nos habitudes, notre fils, et la vie reprend son cours paisible.Mais le danger, lui, n'a pas dit son dernier mot.Cela commence par des signes infimes : une branche cassée près du sentier, une trace de botte dans le sable, une odeur de fumée qui n'est pas la nôtre. Kaelan s'arrête soudain, hume l'air, pose une main protectrice sur l'épaule d'Océan.— Quelqu'un est venu, dit-il. Récemment.— Thorne ?— Je ne sais pas. Mais c'est possible.Nous redoublons de vigilance, nous cachons nos biens les plus précieux, nous préparons des caches et des issues de secours. La nuit, Kaelan monte la garde, et je reste près d'Océan, un couteau sous l'oreiller.La confrontation éclate un matin, alors que je cueille des mangues dans la clair
NerinaTrois jours après l'arrivée de Cora, une autre voile apparaît à l'horizon. Mais cette fois, elle est plus grande, plus lente, et elle bat pavillon parlementaire, ce drapeau blanc que nous n'avons jamais vu sans une pointe de méfiance.— Un parlementaire, dit Kaelan, les yeux plissés. C'est soit une ruse, soit une demande de paix.— Tu penses que c'est un piège ?— Je pense que le vieux Gouverneur est aux abois. S'il envoie un parlementaire, c'est qu'il n'a plus les moyens de nous faire la guerre.Nous regardons le navire jeter l'ancre à distance respectueuse, une chaloupe s'en détacher, approcher lentement de la plage. Kaelan se tient debout, les bras croisés, son sabre à la ceinture. Je suis à ses côtés, Océan dans les bras, Cora légèrement en retrait, prête à réagir.L'homme qui descend de la chaloupe est un officier en uniforme, visiblement nerveux, tenant un rouleau de parchemin scellé de cire rouge. Il avance, s'arrête à dix pas.— J'ai un message pour le capitaine Kaelan,
NerinaLe soleil décline sur l'Île Promise, peignant le ciel de traînées orangées et violettes qui se reflètent sur la mer comme des coulées de miel et de vin. Je suis assise sur le seuil de notre cabane, Océan endormi contre mon épaule, sa respiration régulière et chaude contre mon cou. Kaelan est parti pêcher dans le lagon, et j'entends au loin le clapotis de ses pas dans l'eau peu profonde, le bruit rassurant de sa présence qui veille.C'est alors que je la vois. Une voile, minuscule, à l'horizon, qui grandit lentement comme un oiseau fatigué qui rentre au nid. Mon cœur s'accélère, l'instinct reprend le dessus, cette méfiance que nous n'avons jamais tout à fait perdue. Je me lève sans réveiller Océan, je plisse les yeux, je cherche des détails, des indices.— Kaelan ! appelé-je d'une voix qui porte sur l'eau.Il se redresse, ses mains tenant un poisson argenté, son corps ruisselant dans la lumière dorée. Il suit mon regard, se fige, laisse tomber le poisson.— Un navire, dit-il sim
Nous passons l'heure suivante à initier Océan aux joies de l'eau. Kaelan le tient sous les bras et le fait flotter sur le dos, puis sur le ventre. Il souffle des bulles, il attrape les petits poissons qui passent, il se laisse porter par les vaguelettes. Je nage autour d'eux, je filme mentalement chaque instant, je grave ces souvenirs dans ma mémoire pour les jours sombres, s'il y en a.— À toi, maintenant, dit Kaelan en me tendant le bébé.Je le prends, je le serre contre moi, et je l'emmène un peu plus loin, là où l'eau est assez profonde pour qu'il sente la portance. Il s'agrippe à mon cou, confiant, et je sens sa poitrine contre la mienne, nos cœurs battant en rythme.— Tu vois, mon trésor, murmuré-je. Tu vois comme c'est doux ? La mer nous protège. Elle nous a toujours protégés.Océan me regarde avec ses grands yeux sombres, et je me revois, des années plus tôt, tremblante de peur sur le pont de La Veuve, incapable de plonger. Le ch
Il m'embrasse dans le cou, sur les épaules, entre les seins. Sa bouche descend lentement, éveillant chaque parcelle de ma peau. Je gémis doucement, et ce son, ce premier gémissement depuis trois mois, semble le galvaniser.— J'aime t'entendre, murmure-t-il contre mon ventre. J'aime te sentir réagir à mes caresses.— Continue.Il continue. Ses lèvres explorent mon corps avec une dévotion patiente, s'attardant sur mes points sensibles, contournant mes zones encore fragiles. Le désir monte, timide puis impérieux, et je me surprends à arquer le dos, à chercher son contact, à gémir son nom.— Kaelan...— Oui, mon amour ?— Prends-moi. Maintenant.Il se redresse, s'installe entre mes cuisses, me regarde dans les yeux. Je lis dans son regard toute la tendresse du monde, et aussi une flamme que je n'avais pas vue depuis trop longtemps.— Si ça fait mal, dis-le.— Je te le dirai.Il me pénètre lentement
Zorah Nous franchissons les grandes portes au galop, sans ralentir. Des gardes en turban blanc s'inclinent sur notre passage, leurs lances scintillant dans la lumière déclinante. Nous traversons une première cour, puis une deuxième, puis une troisième, chacune plus somptueuse que la précédente. De
Zorah Je vois le premier de nos gardes tomber. Un jeune homme que je connais depuis l'enfance, qui s'appelait Hakim et qui rêvait de devenir poète. Un cimeterre s'abat sur sa gorge, et un flot de sang jaillit, rouge vif, presque irréel dans la lumière éclatante du soleil. Son corps bascule de sa s
ZorahLe soleil tape sans pitié sur les dunes qui s'étendent à perte de vue, un océan de sable doré que notre caravane traverse depuis maintenant douze jours. La chaleur est si intense qu'elle déforme l'horizon, créant des mirages qui dansent au loin comme des promesses illusoires. Je suis installé
ZorahMon cœur s'arrête.— Il est vivant. Mes hommes l'ont assommé, pas tué. Il est prisonnier dans une forteresse à trois jours d'ici. Ta tante aussi. Et ils le resteront tant que tu te montreras... coopérative.Un flot de soulagement me submerge, aussitôt suivi par une vague de terreur encore plu







