เข้าสู่ระบบLa respiration bloquée dans la gorge, je les regarde. Debout sous la pluie, nus, insensibles au froid. Deux hommes qui ne sont pas des hommes. Deux loups. Et ils ne se battent plus. Ils se parlent, les yeux dans les yeux, et même à cette distance je devine que le sujet de leur conversation, c'est moi. Le trophée. Le butin. La chose à se partager.
Mon Dieu, leurs corps. Même dans la terreur qui me consume, je ne peux pas m'empêcher de les voir. Cole est une montagne de muscles, large d'épaules, les cuisses épaisses comme des troncs d'arbre, chaque centimètre de sa peau tendu sur une puissance brute et masculine. La pluie dessine des sillons sur son torse, sur ses abdominaux saillants, et plus bas... mon regard dérape malgré moi, se pose sur son sexe lourd qui pend entre ses cuisses, et une chaleur fulgurante traverse mon ventre. Maddox est plus svelte, plus élancé, mais sa nudité est tout aussi impressionnante. Ses muscles sont plus secs, plus définis, comme ciselés dans le marbre, et son membre circoncis se dresse déjà à moitié, pointant vers son ventre plat. Ils me désirent. Tous les deux. Et mon corps, mon traître de corps, répond à ce désir d'une façon qui me terrifie plus que leurs crocs.
Il faut fuir. Maintenant. Pendant qu'ils sont occupés.
Je me relève, les jambes tremblantes, les genoux qui menacent de se dérober à chaque pas. La boue aspire mes pieds, la pluie brouille ma vision, mais je cours quand même. Je cours comme jamais je n'ai couru, poussée par une terreur qui dépasse tout ce que j'ai connu. Les chasseurs étaient effrayants. Les scientifiques étaient cruels. Mais ces deux-là... ces deux-là sont autre chose. Ils me regardent comme si j'étais déjà leur propriété, comme si chaque pas que je faisais ne faisait que repousser l'inévitable. Et ce qui me glace le sang, c'est que dans un recoin obscur de mon esprit, je ne suis pas sûre de vouloir leur échapper vraiment.
Derrière moi, un hurlement perce la nuit. Un son qui n'a rien d'humain, qui résonne dans la forêt comme une promesse de mort... ou de possession. Il est suivi d'un deuxième, plus aigu, plus proche. Ils se coordonnent. Ils me traquent comme une meute. Mon cœur s'affole, mon sang pulse dans mes tempes, et entre mes cuisses, cette humidité qui n'a rien à voir avec la pluie.
Je fonce droit devant, sans réfléchir. L'instinct de survie prend le dessus sur la fatigue et la douleur. La forêt défile, hostile, indifférente, et je cherche désespérément une cachette, un terrier, n'importe quoi. Un tronc creux. Une grotte. Une rivière pour brouiller mon odeur. Ma grand-mère disait que l'eau pouvait tromper les loups. Mais est-ce que ça fonctionne avec des loups-garous ? Est-ce que ça fonctionne avec des créatures qui ne sont pas censées exister ?
La rivière. Je l'entends avant de la voir, un grondement sourd qui couvre presque le bruit de ma course. Si je peux l'atteindre, si je peux traverser, j'ai une chance. Une infime chance. Je change de direction, dévale une pente glissante, m'écorche les bras sur des ronces, ne m'arrête pas. Mon sang coule, chaud contre ma peau froide.
Je la vois enfin. Une rivière gonflée par la pluie, furieuse, écumante. Large de plusieurs mètres, un torrent de boue et d'écume qui charrie des branches mortes. Impossible de traverser à la nage, même si je savais nager. Je longe la berge en haletant, cherchant un passage plus étroit, un tronc renversé, un gué. Le désespoir monte dans ma gorge comme de la bile.
Un mouvement sur ma droite. Une ombre massive qui bondit entre les arbres. Cole. Il est là, à quelques mètres, son pelage sombre luisant de pluie. Ses yeux d'ambre me fixent avec une intensité qui me donne envie de hurler. Il n'attaque pas. Il attend. Comme s'il savait que je n'ai nulle part où aller. Comme s'il prenait plaisir à me regarder paniquer. Sa queue fouette l'air lentement, et je jurerais voir ses babines se retrousser sur ce qui ressemble à un sourire prédateur.
Je pivote, repars en courant dans l'autre sens. Mes poumons brûlent, mes jambes sont en feu, mais je continue. La rivière gronde à ma gauche, menaçante. Et puis une silhouette apparaît devant moi, humaine cette fois, appuyée contre un arbre comme s'il attendait le bus. Maddox. Ses yeux gris me détaillent sans passion apparente, mais quelque chose dans son regard me glace plus sûrement que la colère de l'autre. Il n'est pas pressé. Il prend son temps. Il me regarde comme si j'étais déjà à sa merci.
— C'est inutile de courir, dit-il d'une voix calme, presque douce.
Son ton est presque raisonnable. Je ne m'arrête pas, tente de le contourner, mais il se déplace avec une rapidité qui n'a rien d'humain. En une fraction de seconde il est devant moi, me barrant le passage sans même avoir l'air d'avoir bougé. Je peux sentir sa chaleur irradier vers moi, son odeur de pin et de cuir qui se mêle à celle de la pluie.
— La rivière est infranchissable. Cole est derrière toi. Tu es épuisée, tu n'as pas mangé depuis des jours, tu tiens à peine debout. Pourquoi t'obstiner ?
Son regard descend le long de mon corps, s'attarde sur ma poitrine que mes haillons ne cachent presque plus, sur mes cuisses nues constellées d'égratignures. Je devrais me sentir salie par ce regard. Au lieu de cela, mes tétons durcissent et une vague de chaleur me submerge.
Je ne réponds pas. Je cherche une issue, une faille dans son blocage, n'importe quoi. Mon pouvoir pulse sous ma peau, supplie pour être libéré. Mais si je cède maintenant, si je montre ce que je suis vraiment, ils ne me laisseront jamais partir. Les loups sont attirés par les Sources comme les papillons par la flamme. Ma grand-mère me l'a assez répété. Ne jamais révéler ta nature. Ne jamais laisser personne savoir. Pourtant, l'énergie crépite sous mes doigts, prête à jaillir.
— Laissez-moi partir, je murmure d'une voix brisée. Je ne vous ai rien fait.
— Ce n'est pas une question de ce que tu as fait. C'est une question de ce que tu es.
Il sait. Un frisson glacé parcourt mon échine. Il sait pour la Source. Bien sûr qu'il sait, il est comme eux, il peut sentir ces choses-là. Mon secret, celui que j'ai protégé toute ma vie, il l'a deviné en une seule bouffée de mon odeur. Et au lieu d'être horrifié, il est... intéressé. Fasciné. Affamé.
Un bruit de branches derrière moi. Cole. Je sens sa présence avant même de le voir, une chaleur animale qui m'enveloppe, une menace palpable qui fait se dresser les poils sur ma nuque. Il s'est rapproché silencieusement, et maintenant il est là, juste derrière moi, si près que je pourrais sentir son souffle sur ma peau si je tendais l'oreille. Je suis encerclée. Le loup et le stratège, la force brute et l'intelligence froide, réunis contre moi.
Mes jambes flanchent enfin. Pas de soumission, non. D'épuisement pur et simple. Je tombe à genoux dans la boue pour la deuxième fois de la nuit, les bras serrés autour de mon ventre comme pour protéger ce pouvoir qui me condamne. La pluie continue de tomber, froide et indifférente. Ma gorge se serre. Les larmes se mêlent à la pluie sur mes joues.
— S'il vous plaît, je chuchote sans vraiment savoir ce que je demande. Pitié ou liberté, je ne sais plus. Juste... pitié.
Personne ne répond. Et dans ce silence, je comprends que ma vie d'avant est terminée. Mais ce qui me terrifie le plus, ce n'est pas d'être captive. C'est cette part de moi, sombre et secrète, qui se réjouit d'être enfin trouvée.
Maëlys Des siècles ont passé. Tant de siècles que j'en ai perdu le compte, que les chiffres n'ont plus de sens, que les années se sont fondues en décennies puis en centenaires comme les ruisseaux se fondent en rivières. Le temps, pour les immortels, n'a pas la même signification que pour les humains. Il ne nous presse pas, ne nous menace pas, ne nous rappelle pas à chaque instant notre propre mortalité. Les années deviennent des décennies, les décennies des siècles, et les siècles s'écoulent comme des rivières paisibles, sans hâte, sans heurt, sans fin. Un jour, j'ai cessé de compter les printemps ou ce qui en tient lieu, dans ce royaume où le soleil ne brille jamais. Et cela n'a plus d'importance. Val-Sang est devenue une cité prospère et pacifique, la plus grande du monde connu, la fierté de notre royaume, le joyau de notre couronne. Ses tours de marbre blanc s'élèvent vers le ciel étoilé comme des prières figées dans la pierre. Ses jardins suspendus, irrigués par cet aqueduc
Maëlys Un an. Un an déjà depuis le rituel de transformation, depuis cette nuit où je suis morte en humaine et renaissante en vampire, où mon sang humain a été remplacé par le sang immortel de Draven, où mon cœur s'est arrêté de battre pour ne plus jamais connaître le repos. Un an depuis que Draven et moi sommes unis par le Lien de Sang, par l'amour, par le destin. Un an de bonheur , d'un bonheur que je n'aurais jamais cru possible quand j'étais une orpheline misérable dans un village qui me haïssait , de défis car gouverner n'est pas une sinécure, et construire une cité est une tâche titanesque , de construction, de passion, d'apprentissage. Et ce soir, nous allons célébrer cet anniversaire comme il se doit, devant la cour assemblée, devant nos alliés, devant le monde entier. La cérémonie du Sang est une tradition ancienne, presque oubliée, que Draven a ressuscitée pour l'occasion après des semaines de recherches dans les archives poussiéreuses du château. Une cérémonie où les épou
Les négociations durent trois jours. Trois jours de discussions âpres, de compromis difficiles, de concessions mutuelles, de nuits blanches passées à peser chaque mot, chaque clause, chaque virgule des traités. Les humains demandent des garanties , des lois écrites, des juges impartiaux, des territoires réservés où ils pourront vivre sans crainte d'être chassés. Les vampires exigent le respect de leurs traditions, le droit de chasser sur les terres communes (uniquement les animaux, pas les humains , c'est la première concession que j'obtiens d'eux), l'interdiction des armes anti-vampires sur le territoire de Val-Sang. Et moi, je suis au milieu, le pont entre les deux mondes, l'ancienne humaine devenue vampire, la Princesse qui comprend les deux cultures, qui a souffert des deux côtés, qui a aimé des deux côtés. Je parle avec éloquence, avec passion, avec empathie. Je raconte mon histoire , comment j'ai été sacrifiée par les miens, jetée en pâture aux ténèbres, comment j'ai trouvé l'
Nous faisons l'amour contre le mur, sur le sol, sur la table, dans le fauteuil, sur le tapis, et finalement sur le lit, où nous nous effondrons, épuisés, haletants, couverts de sueur et de sang, de griffures et de morsures. Nos corps portent les marques de notre passion , des bleus, des écorchures, des traces de crocs et ces marques sont les plus beaux des bijoux. Et quand nous atteignons le sommet ensemble, dans un cri qui résonne contre les murs de pierre du château, un cri qui doit s'entendre jusqu'aux cuisines, jusqu'aux écuries, jusqu'aux cachots, Draven murmure contre mon oreille, la voix brisée par l'extase : — Tu es mienne. Pour toujours. Et personne , ni Lysandra, ni aucun ennemi, ni aucune force en ce monde , ne pourra jamais nous séparer. — Pour toujours, je réponds en mordant sa gorge une dernière fois, goûtant son sang sur ma langue, scellant notre pacte dans la chair et le sang. Et cette nuit-là, dans notre chambre ravagée par notre passion, nous nous endormons enla
Lysandra se redresse, et un filet de sang , noir, épais, presque brillant , coule de sa lèvre fendue. Elle passe sa langue dessus, goûte son propre sang, et elle me regarde avec un mélange de peur et de défi. Elle est ancienne, puissante, elle a survécu à des siècles d'intrigues et de combats. Mais elle n'a jamais affronté une vampire liée par le Lien de Sang à un Prince Noctaris. Elle ne sait pas de quoi je suis capable. Elle ne sait pas que le Lien décuple mes forces, qu'il me relie à Draven d'une manière qui défie toutes les lois de la magie, qu'il me rend aussi puissante que lui , peut-être plus, quand ma colère s'enflamme. — Tu crois me faire peur, petite humaine ? crache-t-elle en retrouvant son arrogance, sa voix sifflante comme celle d'un serpent. Tu n'es qu'une parvenue, une usurpatrice, une moins que rien. Une humaine qui a eu la chance de se faire transformer, et qui joue à la princesse dans son château de pacotille. Draven aurait dû m'épouser, moi, il y a des siècles. J'
Maëlys Les travaux de Val-Sang occupent la plupart de mon temps, mais je n'en néglige pas pour autant mes devoirs de Princesse. La cour est un écosystème complexe, un marécage d'intrigues et de conspirations, peuplé de vampires séculaires aux ambitions obscures, et il faut une vigilance de chaque instant pour maintenir l'équilibre des pouvoirs. Un faux pas, un mot de travers, une faveur accordée à la mauvaise personne, et c'est tout l'édifice qui s'effondre. Draven m'a appris à lire les intrigues comme on lit un livre ouvert, à déchiffrer les alliances secrètes dans un regard échangé, à anticiper les trahisons avant même qu'elles ne se concrétisent. Et j'apprends vite. Très vite. L'ancienne humaine naïve que j'étais a laissé place à une stratège avisée, une politicienne redoutable, une Princesse qui sait que le pouvoir ne se donne pas , il se gagne, il se défend, il se conserve. Mais il est une chose pour laquelle je n'étais pas préparée. Une chose que Draven, dans sa naïveté mascu
ColeL'odeur...cette putain d'odeur qui me rend fou depuis des kilomètres. Je ne sais pas ce que c'est, je ne sais pas pourquoi, mais chaque molécule de mon être hurle pour s'en approcher. Du miel et de la cannelle, avec quelque chose en dessous. Quelque chose de plus sombre, de plus puissant, qui
AvaLa pluie est un linceul glacé qui s'abat sur mes épaules depuis des heures. Chaque pas dans cette forêt hostile est une torture, mes pieds nus lacérés par les racines et les pierres que je ne prends plus la peine d'éviter. Je cours depuis si longtemps que le temps n'a plus de sens. Depuis la vi
AvaLa cabane apparaît entre les arbres comme une promesse ambiguë. Sauvetage ou prison, je ne sais plus faire la différence. Mes pieds saignent. Mes jambes tremblent. Le bandeau sur mes yeux m'a plongée dans une obscurité qui aiguise chaque sensation, chaque bruit, chaque odeur. Celle de Cole just
Cole Ça me déplaît. Je veux qu'elle sente bon, comme avant, comme quand elle courait dans la forêt. Je veux effacer cette terreur de son visage, la remplacer par du plaisir, par des gémissements, par mon nom crié dans la nuit.Maddox sort quelque chose de sa poche. Un bandeau de tissu noir, souple







