تسجيل الدخولCole
Ça me déplaît. Je veux qu'elle sente bon, comme avant, comme quand elle courait dans la forêt. Je veux effacer cette terreur de son visage, la remplacer par du plaisir, par des gémissements, par mon nom crié dans la nuit.
Maddox sort quelque chose de sa poche. Un bandeau de tissu noir, souple. Il le passe devant les yeux de la fille, et elle se débat faiblement, tourne la tête de droite à gauche. Mais elle n'a plus de forces. Ses mouvements sont désordonnés, inefficaces. Ses mains viennent griffer l'air, et je les vois se tendre vers moi avant de retomber. Même dans sa terreur, elle me cherche.
— Chut, fait Maddox en nouant le bandeau derrière sa tête. Chut, petite fugitive. Calme-toi.
Sa voix est douce, trop douce. Une caresse empoisonnée. Je le déteste pour ça, pour cette facilité qu'il a à parler aux femmes, à les rassurer tout en les piégeant. Moi, je ne sais que prendre. Lui, il sait convaincre. C'est ce qui fait de lui un adversaire dangereux. Ses doigts s'attardent sur sa nuque, et je le vois frissonner imperceptiblement en touchant sa peau.
La fille est aveugle maintenant. Le bandeau couvre ses yeux, lui vole la vue. Ses autres sens vont s'aiguiser, et je sais que bientôt elle sera plus sensible à nos voix, à nos odeurs, à nos touchers. Une vague de désir me traverse à cette pensée. Elle respire par à-coups, la poitrine soulevée de sanglots silencieux. Ses mains griffent la boue, cherchent un appui qui n'existe pas. Je pose ma main libre sur son ventre pour la maintenir, et elle gèle instantanément. Sous ma paume, je sens ses muscles se contracter, ses hanches bouger imperceptiblement comme si son corps cherchait le mien.
— Voilà, dit Maddox en se penchant vers son oreille. Écoute-moi bien, maintenant. Je vais t'expliquer les règles de ta nouvelle vie.
Elle tremble de plus belle. Moi-même, j'ai un frisson qui parcourt mon échine. Sa voix, quand il veut, peut être plus tranchante qu'une lame, et en même temps plus enveloppante qu'une promesse.
— Tu es notre captive, murmure-t-il contre son oreille, et je vois ses lèvres effleurer presque le lobe délicat. Tu ne vas pas t'enfuir. Tu ne vas pas crier. Tu ne vas pas te débattre. Si tu fais tout ce qu'on te dit, il ne t'arrivera rien de mal. Si tu désobéis...
Il laisse la phrase en suspens. Son regard gris se lève vers moi, et j'y lis une invitation. Je complète d'un grondement sourd qui fait sursauter la fille. Mais je vois aussi ses cuisses se serrer l'une contre l'autre. Elle comprend. Elle est intelligente, je le sens. Elle a survécu seule pendant des années, elle saura survivre à ça aussi. Et peut-être qu'elle saura aussi y trouver du plaisir.
— Quel est ton nom ? demande Maddox, et je l'entends déglutir péniblement.
Silence. La fille serre les lèvres, tremblante. Une lueur de défi brille encore sous le bandeau, et ça me plaît. Elle n'est pas complètement brisée. Pas encore. Sa résistance est un défi que j'ai hâte de relever.
— Très bien, soupire Maddox. Tu nous le diras plus tard. Pour l'instant, tu vas te relever et marcher. Cole va te guider. Moi, je fermerai la marche. Ne t'inquiète pas, tu ne risques rien tant que tu obéis. Puis, plus bas, presque un murmure qu'elle seule peut entendre : Et peut-être même que tu risques tout si tu n'obéis pas.
Je la remets debout sans douceur. Elle chancelle, manque de tomber, et je la rattrape contre moi. Son corps tout entier tremble contre le mien, si menu, si fragile. Ses seins s'écrasent contre mon torse nu, ses hanches s'ajustent contre mes cuisses, et mon sexe se presse contre son ventre sans que je puisse le contrôler. Elle doit le sentir. Elle doit sentir à quel point je la désire. Sa chaleur traverse ma peau nue et allume un brasier dans mes veines. Je dois faire un effort surhumain pour ne pas la plaquer contre un arbre et la prendre ici, maintenant, dans la boue, sous la pluie, avec Maddox en témoin. La sentir m'envelopper, la sentir m'accepter, la sentir se briser et se recomposer autour de moi.
— Avance, je grogne en la poussant devant moi, et ma voix est plus rauque que je ne le voudrais.
Elle obéit. Pas à pas, les pieds dans la boue, les bras tendus devant elle pour ne pas heurter les branches. Aveugle, tremblante, silencieuse. Maddox nous suit à quelques mètres, et je sens son regard dans mon dos comme une cible. Je sens aussi son désir, presque aussi fort que le mien, qui imprègne l'air de son odeur musquée. Nous la voulons tous les deux. Et tôt ou tard, il faudra bien que l'un de nous cède.
Nous marchons longtemps. La forêt s'épaissit, devient plus sauvage encore. Le repaire n'est qu'à une heure de marche, une vieille cabane que j'utilise quand je chasse dans le coin. Maddox la connaît, évidemment. Il connaît tout de moi, le traître.
La fille trébuche sur une racine. Je la rattrape avant qu'elle ne tombe, mon bras autour de sa taille. Ma main s'étale sur son ventre, juste sous ses seins, et je la presse contre moi plus longtemps que nécessaire. Ses doigts agrippent mon poignet, un contact minuscule qui déclenche une tempête en moi. Ma peau brûle partout où elle me touche. Je sens son pouls qui s'affole sous mes doigts, je sens sa respiration qui s'accélère, je sens cette foutue odeur d'excitation qui émane d'elle et me rend fou.
— Merci, murmure-t-elle d'une voix à peine audible.
Ce mot, dans sa bouche, est plus érotique que tous les gémissements que j'ai entendus dans ma vie. Merci. Elle me remercie de la guider vers sa propre captivité. Elle me remercie alors que je suis en train de la séquestrer. Quelque chose dans cette faiblesse, dans cette vulnérabilité, éveille en moi un instinct protecteur que je ne connaissais pas.
Je ne réponds pas. Que dire ? Qu'elle n'a pas à me remercier, que je suis son geôlier, que je vais la séquestrer et me battre pour le droit de la posséder ? Que malgré tout ça, j'ai envie de la protéger du monde entier, y compris de moi-même ? Que si elle savait les images qui défilent dans ma tête, elle ne me remercierait pas ?
— Continue, dis-je simplement, et ma main s'attarde sur sa hanche avant que je ne la lâche à regret.
Nous repartons. La cabane apparaît enfin entre les arbres, silhouette trapue sous la pluie. Le havre où tout va se jouer. La prison qui va devenir son monde, et peut-être aussi le nôtre. Mon repaire, mon territoire, où bientôt je me battrai pour le droit de la faire mienne. Et cette fois, Maddox ne gagnera pas.
Si l'élue accepte librement l'immortalité, le Lien se scellera pour l'éternité. Leurs sangs mêlés ouvriront les portes de la vie, et l'espèce vampirique, stérile depuis l'origine, pourra enfin se perpétuer. Le vampire retrouvera sa capacité de procréer. L'humaine deviendra immortelle. Et leurs enfants seront les héritiers du trône des ténèbres, les sauveurs de la lignée condamnée.Mais si l'élue refuse, le Lien se consumera. Les deux âmes seront anéanties dans les ténèbres. Le vampire mourra avec son amour, et l'espèce vampirique, privée d'avenir, s'éteindra lentement.Je relis le texte trois fois, le cœur au bord des lèvres.Le vampire retrouvera sa capacité de procréer. L'espèce vampirique, stérile depuis l'origine,
Draven est toujours debout devant moi, de l'autre côté de l'autel. Son poignet ne saigne plus , la soie blanche a absorbé les dernières gouttes, et la plaie s'est déjà refermée, ne laissant qu'une fine ligne rose qui disparaît à vue d'œil. Il me regarde avec une expression que je ne lui ai jamais vue : de la peur. Lui, le Prince des Ténèbres, le Maître de Val-Sang, le Monstre Millénaire, a peur de ma réaction.— Tu as vu, dit-il d'une voix sourde, si basse que je l'entends à peine. Tu as tout vu. Ce que j'étais. Ce que j'ai fait. Les vies que j'ai prises. Les horreurs que j'ai commises. Le sang sur mes mains.Je repose la coupe sur l'autel, mes doigts tremblants manquant de la faire tomber. Je contourne le bloc d'obsidienne, mes pieds nus silencieux sur la pierre, et je m'arrête devant lui. Nos regards se croisent , me
Le silence retombe sur la chambre, confortable et chaud malgré la froideur de sa peau. Dehors, le soleil s'est levé tout à fait, et la lumière grise qui filtre à travers les vitraux noirs caresse nos corps enlacés, nos marques croisées, nos souffles mêlés.— Draven ? dis-je au bout d'un long moment.— Oui ?— La nuit dernière... ce que nous avons fait... est-ce que c'était... normal ? Pour des vampires, je veux dire ?Il émet un son qui ressemble à un rire étouffé , un bruit si rare, si inattendu, que j'en sursaute presque.— Non, Maëlys. Ce que nous avons fait n'était pas normal. Ce que nous avons fait était exceptionnel. Unique. Sacré. La consommation du Lien de Sang ne se produit qu'une fois par millénaire. Ce que nous avons partagé cette nuit, aucun autre vampire ne le connaîtra jamais.— Alors je suis spéciale ?— Tu es tout.Il se penche et m'embrasse, longuement, profondément, comme s'il voulait sceller ses mots sur mes lèvres. Et dans ce baiser, je goûte la vérité de ce qu'il
Cette pensée me frappe avec la force d'une révélation. Moi, Maëlys l'orpheline, Maëlys la survivante, Maëlys que les anciens ont livrée comme du bétail sur un autel de pierre. C'est moi qui ai épuisé le Prince Immortel au point de le faire dormir pour la première fois depuis mille ans. C'est moi qui ai fait fondre le masque de marbre, qui ai brisé la carapace de glace, qui ai touché l'homme sous le monstre.Mes doigts se tendent vers lui sans que je le commande. Ils effleurent son torse, cette peau d'albâtre striée de cicatrices anciennes. Je les ai vues cent fois, ces cicatrices , pendant les leçons, pendant les bains, pendant les nuits où il s'allongeait près de moi sans me toucher. Mais je ne les ai jamais vraiment regardées. Pas comme aujourd'hui. Pas avec cette liberté que me donne son sommeil.Elles sont nombreuses. Des dizaines. Un palimpseste de souffrance gravé dans sa chair éternelle. Certaines sont fines, à peine visibles, des lignes blanches qui traversent ses côtes comme
Maëlys La lumière du matin filtre à travers les vitraux noirs comme une bénédiction timide, teintée de pourpre et d'argent par les dragons et les lunes qui ornent le verre. Elle caresse mes paupières closes, insistante, et m'arrache lentement à un sommeil si profond qu'il ressemblait à la mort. Mon corps est lourd, ankylosé, comme si j'avais dormi des siècles plutôt que des heures. Chaque muscle proteste quand je tente de bouger, chaque articulation émet une plainte sourde, et pourtant, je ne me suis jamais sentie aussi vivante. J'ouvre les yeux et la chambre m'apparaît dans la clarté pâle de l'aube. Les braises dans l'âtre se sont éteintes depuis longtemps, ne laissant qu'un tas de cendres grises qui fument encore faiblement. Les chandeliers d'argent sont inclinés, leurs bougies noires consumées jusqu'au socle, des coulées de cire figées pendant le long de leurs flancs comme des larmes pétrifiées. Les vêtements que Draven m'a arrachés la nuit dernière gisent encore sur le sol, épa
Maëlys Draven me porte jusqu'à la chambre sans dire un mot. Mes jambes sont trop faibles pour marcher, mon corps trop épuisé pour protester, mon esprit trop embrumé pour penser. La lune de sang continue de briller derrière les vitraux noirs, baignant la pièce d'une lueur pourpre qui transforme le lit en autel sacrificiel. Mais ce soir, je ne suis pas la victime. Je suis l'offrande consentante. Il me dépose sur les draps de satin avec une délicatesse qui contraste avec la sauvagerie qu'il vient de déployer sur les remparts. Mes cheveux s'étalent sur les oreillers comme un éventail de soie noire, et mon corps nu, encore marqué par ses baisers et ses morsures, frissonne dans l'air glacé de la chambre. — Ne bouge pas, murmure-t-il en se redressant. La nuit ne fait que commencer. Il se dirige vers la cheminée éteinte, saisit une poignée de poudre noire dans une urne de pierre, et la jette sur les braises. Des flammes pourpres jaillissent instantanément, crépitant dans l'âtre comm
Je ferme les yeux et j'essaie de visualiser mon corps humain. Mes mains, mes pieds, mon visage d'avant. La sensation du tissu sur ma peau, la texture de mes cheveux entre mes doigts, le goût des aliments sur ma langue humaine. Je me concentre, je rassemble l'énergie qui pulse en moi , cette
Ils acquiescent, et je me concentre à nouveau. Je ferme les yeux, je visualise mon corps humain , mes mains, mes pieds, mon visage, la sensation de ma peau nue, la texture de mes cheveux. Mais cette fois, je ne suis pas seule dans l'effort. Ma louve est là, à l'intérieur de moi, et elle
AvaLe monde est un brasier.Je brûle. De l'intérieur. Chaque cellule de mon corps est une braise, chaque fibre de mes muscles une flamme, chaque goutte de mon sang une lave en fusion qui consume mes veines. La douleur est au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer, au-delà de tous les mots que je
Elle ferme les yeux et obéit. Ses paupières de louve se plissent, sa respiration ralentit, son corps se détend progressivement sur les fourrures. À travers le lien, je la sens qui explore son nouveau corps, ses nouveaux sens. C'est un émerveillement mêlé de confusion, une découverte bouleversan







