MasukLeïla Je le regarde. Agenouillé là, devant moi, dans ce salon baigné de soleil qui fut le théâtre de nos pires mensonges et qui devient soudain l'écrin de notre vérité. Cet homme. Cet homme incroyable, insupportable, magnifique. Cet homme qui m'a fait vivre l'enfer et le paradis dans la même journée, parfois dans la même heure. Cet homme complexe, orgueilleux, brisé et tellement tendre. Cet homme que j'ai haï et adoré, fui et cherché, maudit et béni. Je le regarde, et je vois tout. Je vois le jeune ambitieux qui a construit un empire à la force du poignet, cachant ses fêlures sous des costumes de prix. Je vois le mari infidèle qui trompait sa femme sans même y penser, comme on respire, comme on boit, par habitude, par vide. Je vois le manipulateur qui a monté ce stratagème odieux pour m'acheter, avec l'argent, avec la villa, avec le poste. Et puis je vois l'homme qui a pleuré dans mes bras. L'homme qui a affronté son ami, ses associés, s
Je m'agenouille. Le geste est fluide, naturel, comme si mes genoux savaient depuis toujours qu'ils étaient destinés à plier devant elle. Elle porte ses mains à sa bouche, ses yeux s'agrandissent, et déjà des perles de cristal scintillent au bord de ses cils. Elle ne s'y attendait pas. Elle ne s'y attendait vraiment pas, malgré la cérémonie des fiançailles, malgré mes mots, malgré tout. Je sors le petit écrin de velours de ma poche. Mes doigts tremblent un peu. Je suis Hicham Al-Mansouri. J'ai négocié des contrats de plusieurs millions, affronté des conseils d'administration hostiles, bâti un empire. Rien de tout cela ne m'a jamais fait trembler. Mais ouvrir cet écrin devant cette femme, c'est offrir mon âme à nu, sans armure, sans défense. L'anneau est simple. Un cercle de platine, un diamant pur, sans fioritures, sans artifices. Je l'ai choisi ainsi parce qu'il lui ressemble. Parce que notre amour, désormais, n'a plus besoin de
Sa voix s'étrangle à son tour, et je devine qu'il pleure, lui aussi. Nous pleurons ensemble, séparés par des kilomètres de câbles et de ville, unis par des années de souvenirs et de douleurs partagées. — Alors vis, Leïla. Vis pleinement, sans te retourner, sans culpabilité, sans remords. Tu es libérée de moi. Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu es libérée de nous. De ce que nous étions, de ce que nous sommes devenus, de ce fardeau que nous portions à deux sans jamais réussir à le poser. Je pose le fardeau aujourd'hui. Je te rends ta liberté, non pas comme un maître affranchit un esclave, mais comme un ami rend un cadeau emprunté. Sois heureuse. — Tu ne m'as jamais enchaînée, Youssef, dis-je en reniflant. Je suis restée par amour. Un amour qui s'est transformé, déformé, mais qui était de l'amour quand même. Un amour qui a changé de visage, qui est passé de la passion au soin, du désir à la compassion. Mais de l'amour. — Alor
Hicham me regarde, et son visage dans la clarté matinale est celui d'un homme que je n'ai encore jamais vu. Apaisé. Déterminé. Amoureux. Nous ne sommes plus deux survivants traumatisés, accrochés l'un à l'autre par désespoir. Nous sommes un homme et une femme qui, après avoir traversé l'enfer, ont décidé de vivre. De vivre ensemble. De vivre vraiment. Et dans cette lumière rose et or, je nous imagine, dix ans, vingt ans plus tard, assis sur une terrasse, main dans la main, regardant un coucher de soleil. Cette image n'est plus un rêve impossible. C'est une promesse. Une certitude. Un avenir. Leïla Le téléphone vibre sur la table basse en bois brut. Un bourdonnement discret qui troue le silence matinal. Je pose ma tasse de café fumant, mon regard tombe sur l'écran. Le nom qui s'affiche me percute. Youssef. Mon cœur fait un bond étrange dans ma poitrine, pas un sursaut de peur ou d'angoisse, plutôt une onde de nostalgie profonde, comme on retrouve une vieille lettre au fond d'un t
Je rouvre les yeux. Ma voix est plus ferme que je ne l'aurais cru. — Je veux la paix, Hicham. Le mot résonne, presque étranger dans cette pièce où nous avons tant crié, tant pleuré. — Je ne veux plus me cacher. Je ne veux plus sursauter quand le téléphone sonne, le cœur battant, en me demandant quelle catastrophe, quelle accusation, quel chantage va s'abattre sur nous. Je ne veux plus vérifier derrière moi si quelqu'un me suit dans la rue. Je ne veux plus baisser les yeux sous le poids des regards, des murmures, des jugements. La paix. Un matin où je me réveille, et où ma première pensée n'est pas la peur. Un matin où mon bonheur n'est pas un crime. Je respire. Les mots montent, se bousculent. — Je veux un amour qui ne soit pas une bataille. Nous avons fait la guerre, Hicham. Contre les autres, l'un contre l'autre, contre nous-mêmes. Chaque instant de joie était une tranchée conquise sous les balles. Je suis épuisée de me battre pour t'aimer. Je veux un amour qui soit un refu
LeïlaLa nuit a tout enveloppé dehors, un manteau de velours sombre piqué de lumières lointaines, mais dans l'appartement, chaque lampe est allumée comme si nous refusions la moindre zone d'ombre. Nous sommes assis sur le canapé, face à face. Nos genoux se frôlent, et ce contact infime, ce point de chaleur à travers le tissu de nos vêtements, me rappelle que nous sommes vivants, que nous avons survécu. L'orage est passé. Je le sens à la qualité du silence, qui n'est plus lourd de non-dits mais ouvert, respirant, comme la terre après la pluie.Hicham me regarde. Ses yeux, ces yeux sombres qui ont su être si durs, si calculateurs, sont ce soir d'une transparence qui me bouleverse. Je n'y vois plus le chef d'entreprise impitoyable, ni l'amant tourmenté, ni le manipulateur. Je vois un homme. Un homme qui a tout risqué, tout perdu, et qui est encore là, les mains tendues vers moi, attendant je ne sais quel verdict.Il prend mes mains. Ses doigts sont légèrement rugueux, et leur pression es
Elle me regarde, incrédule.— Tu lui as dit ça ?— Oui. Et il a compris. Il m'a dit que... que si tu étais heureuse avec moi, il accepterait.— Il t'a dit ça ?— Oui.Elle secoue la tête.— J
LeïlaIl ajoute une pression, un deuxième doigt se joignant au premier, et mes hanches se soulèvent malgré moi, cherchant son contact, m’offrant à lui.– Pour toi, soufflé-je, le visage brûlant. Pour toi, Hicham.Le sourire qu’il m’adresse est triomphant, sombre, magnétique. C’est le sourire du vai
Hicham Al-MansouriLa nuit s'étire comme une plaie ouverte. Je reste figé à la fenêtre, les doigts crispés sur le verre froid, mais l'eau que Nadia m'a tendu est déjà tiède, oubliée. Les mots de ma femme résonnent encore dans le vide du salon : *Tu ne le mérites pas*. Ils me lacèrent, mais au lieu
Hicham Al-MansouriLa pièce est trop vaste, ce soir. Les hauts plafonds semblent absorber la lumière des lampes, laissant des pans d'ombre où dansent les reflets de la piscine intérieure. Je tourne les pages d'un rapport, mais les chiffres ne forment plus que des lignes abstraites, dépourvues de se







