LOGINElara
La nuit est tombée depuis trois heures quand on frappe à la porte.
C'est un bruit sec. Pas hésitant. Pas timide. Quelqu'un qui sait ce qu'il veut. Quelqu'un qui n'a pas peur de se faire entendre. Dans ce quartier, à cette heure, personne ne frappe à une porte. On défonce. On cambriole. On menace. On ne frappe pas.
Célian se lève immédiatement. Son corps se tend comme un ressort qu'on compri
ElaraLa nuit est tombée depuis trois heures quand on frappe à la porte.C'est un bruit sec. Pas hésitant. Pas timide. Quelqu'un qui sait ce qu'il veut. Quelqu'un qui n'a pas peur de se faire entendre. Dans ce quartier, à cette heure, personne ne frappe à une porte. On défonce. On cambriole. On menace. On ne frappe pas.Célian se lève immédiatement. Son corps se tend comme un ressort qu'on comprime depuis trop longtemps. Ses poings se serrent. Sa mâchoire se crispe. Je le vois basculer en mode combat. C'est instinctif chez lui. La menace appelle la réponse. Pas de réflexion. Pas de temps mort. Juste la survie.Marc, assis dans le coin, ne réagit pas. Il est parti loin, dans sa tête, à essayer de se souvenir de choses que le vide a effacées. Ses lèvres bougent. Il murmure des mots que je n'arrive pas à distinguer. Peut-&
Elle a retiré ses mains de mes tempes. Doucement. Précautionneusement. Comme si elle retirait des aiguilles. Ses doigts étaient rouges. Pas de sang. De chaleur. La douleur qu'elle avait prise était encore là, brûlante sous sa peau. Brûlante dans son sang. Brûlante dans son âme.Elle a expiré. Longuement. Profondément. Comme si elle libérait quelque chose qu'elle avait gardé trop longtemps. Comme si elle avait retenu son souffle pendant des années et qu'elle venait seulement de se rappeler qu'elle pouvait expirer.— Ça va ? a demandé Elara.— Je crois, a répondu Léna. Je suis fatiguée. Mais ça va.Sa voix était faible. Épuisée. Cassée. Mais il y avait une note de fierté dedans. Une petite victoire. Un petit « je suis encore là » à tous c
Sa voix était calme. Pas de vantardise. Pas d'hésitation. Pas d'enfance non plus. Juste une certitude. Une enfant qui sait ce qu'elle peut faire parce qu'elle l'a déjà fait. Parce qu'elle l'a fait dans le noir. Parce qu'elle l'a fait seule. Parce qu'elle l'a fait quand personne ne la regardait. Parce qu'elle l'a fait pour survivre.— Tu ne contrôles pas ton pouvoir. Tu vas tout aspirer. Toi comprise.— Alors aide-moi. Reste avec moi. Comme la dernière fois.Elara a hésité. Une seconde. Peut-être deux. Dans sa tête, des calculs. Des risques. Des probabilités. Des vies. Des morts. Comme Hélène. Comme tous ceux qui ont appris à compter les cadavres.Puis elle a hoché la tête.— Fais-le.Léna s'est agenouillée devant moi. Ses genoux ont touché le sol froid. Ses yeux gris se sont plant&ea
Ils étaient nombreux. Je n'ai pas compté. Leurs bottes claquaient sur le sol en béton. Leurs respirations étaient courtes, rapides. Ils avaient couru. Ils savaient qu'on était là. Ils nous attendaient peut-être.— Posez l'enfant, a dit le plus grand.Sa voix était grave. Autoritaire. Le genre de voix qui n'a jamais entendu de refus. Le genre de voix qui fait obéir sans réfléchir.— Non, a répondu Elara.Sa voix était plate. Neutre. Pas de défi. Pas de peur. Juste un fait. Une constatation. Comme si elle disait « le ciel est bleu » ou « l'eau est mouillée ».— Alors on va vous y forcer.Ils ont avancé. Leurs ombres grandissaient sur les murs blancs. Leurs matraques brillaient sous les néons. Cinq. Six. Peut-être sept. Peut-être huit. Je n'ai pas compté.
CélianL'attaque du laboratoire était censée être simple.C'est ce qu'Hélène avait dit. Ce qu'elle avait calculé. Ses chiffres, ses probabilités, ses marges d'erreur. Elle nous avait montré les plans, les chemins d'entrée, les chemins de sortie. Elle avait dit : « Trente-sept minutes, pas plus. » Comme si on livrait un colis. Comme si sauver une enfant n'était qu'une question de timing. Comme si la douleur avait un emploi du temps.Mais rien n'est jamais simple. Rien ne l'a jamais été. Rien ne le sera jamais.On est entrés par le toit. La nuit était froide, le vent coupait la peau. Les tuiles glissaient sous nos pieds, certaines étaient branlantes, certaines menaçaient de céder. En bas, la ville s'étendait, indifférente, avec ses lumières jaunes et ses ombres noires. Des gens dormaient.
Sa question me prend par surprise. Elle ne demande pas « et si je n'y arrive pas ». Elle demande « et si ça ne passe jamais ». Elle demande « et si je reste toujours celle qui souffre à cause de la lumière ».— Alors on restera dans le noir. Mais on restera ensemble.Je ne sais pas pourquoi je dis ça. Ce n'est pas une promesse que je peux tenir. Rien ne garantit qu'on restera ensemble. Rien ne garantit qu'on restera en vie. Mais elle a besoin de l'entendre. Et j'ai besoin de le dire.Elle baisse sa main. Ses yeux gris plissés par le soleil. Elle me regarde. Vraiment. Pas comme on regarde un étranger. Comme on regarde quelqu'un qu'on a choisi.— Tu es gentil, dit-elle.Personne ne m'a jamais dit ça. Jamais. Pas ma mère. Pas les rares amis que j'ai eus. Pas les anomalies que j'ai sauvées. Personne.— Non, dis-je. J