Mag-log inLéna
On roule depuis quatre heures. L'aube est encore loin. Le van est un tombeau roulant. Personne ne parle. Suzie s'est endormie contre Marc. Lui, il regarde droit devant, le visage vide, sa main bandée posée sur la tête de la petite fille comme pour la protéger. Ironique. Le monstre qui console sa victime.
Célian encaisse. Il ne se défend pas. Il attend.Lucien s'avance.— Moi, je reste. J'ai lu dans l'esprit de cet homme avant qu'il meure. Marc me l'a montré. Ce type aimait sa femme. Pas sa fille. Il la voyait comme une erreur, un défaut de fabrication. Il espérait que le Programme la "répare". C'était un monstre ordinaire. Je ne pleurerai pas sa mort.— Moi non plus, dit Noé. Il dessinait des cages pour sa fille dans sa tête. Je l'ai vu.— Je reste, dit Marc. Évidemment.&m
LénaOn roule depuis quatre heures. L'aube est encore loin. Le van est un tombeau roulant. Personne ne parle. Suzie s'est endormie contre Marc. Lui, il regarde droit devant, le visage vide, sa main bandée posée sur la tête de la petite fille comme pour la protéger. Ironique. Le monstre qui console sa victime.Célian conduit. Les jointures de ses doigts sont blanches sur le volant. Il n'a pas dit un mot depuis qu'on a quitté la maison. Elara regarde par la fenêtre, mais je sais qu'elle surveille son reflet. Quelque chose s'est passé dans ces toilettes. Elle est plus là. Moins floue.Moi, je suis assise à l'arrière, les genoux repliés. La douleur de C&eacut
Je fais un pas vers elle. La douleur de Suzie est une boule de feu dans ma poitrine. Je l'ajoute à la mienne. À celle de Léna. À celle de Marc. À celle des quinze autres que je n'ai pas encore sauvés. Je laisse cette souffrance brute, non filtrée, irradier de mon corps.Le tablier à fleurs se froisse. La femme recule contre l'évier. Son visage se décompose. La peur arrive enfin. Trop tard.— Qu'est-ce que vous faites ? murmure-t-elle.— Je vous montre ce que votre fille ressent. Tous les jours. Depuis qu'elle est née.Elle ouvre la bouche pour crier.
CélianL'adresse mène à une maison de banlieue. La pelouse est tondue. Le portail est blanc. Il y a un vélo d'enfant couché sur le flanc dans l'allée, une roue qui tourne encore lentement. C'est trop calme. C'est trop propre. C'est le décor parfait pour un cauchemar qui ne dit pas son nom.On est garés deux rues plus loin. Le van sent la sueur, la peur et le sang séché de Marc. Il n'a pas gémi une seule fois. Il a juste donné l'information d'une voix blanche. La fille s'appelle Suzie. Huit ans. Elle fait fondre le verre. Les agents viennent la chercher la nuit du mardi. Toutes les deux semaines. Pour les tests. Ce soir, c'est mardi.Elara est à cô
Et cette peur, elle est en train de me remplir.Je croyais que le vide ne pouvait pas être comblé. C'est ce que Kane disait. Tu es un puits sans fond, Elara. Tu absorberas tout et tu ne seras jamais rassasiée. Mais il avait tort. La peur pour les autres, ça remplit. Ça pèse. Ça donne une consistance.Je ne suis plus un vide pur. Je suis un vide avec un but. Protéger.Est-ce que c'est mieux ?Le reflet dans le miroir a l'air triste. C'est étrange. Moi, je ne sens pas la tristesse. Je ne sens que le froid et l'urgence. Mais lui, il a les coins des lèvres qui tombent.
Je m'approche de Marc. Je m'accroupis devant lui. Il lève les yeux vers moi. Ils sont pleins de larmes et de honte.— Tu vas m'aider à retrouver les autres, dis-je. Les seize. Tu connais les adresses. Tu connais les gardes. Tu vas tout nous dire. Et après, tu partiras. Pas avant.— Pourquoi tu ne me tues pas ?— Parce que tuer un homme qui déteste ce qu'il a fait, c'est tuer la mauvaise personne. Les vrais coupables sont encore dans leurs laboratoires. Toi, tu es une victime qui a survécu en devenant bourreau. On connaît ça, ici.Je me relève. Elara est à côté de moi. Son vide s'est referm&eacu
CélianJe suis devenu un astre noir. Une étoile effondrée de souffrance. Chaque pas que je fais dans les rues assombries est une secousse sismique intérieure. Je ne suis plus un homme, je suis un phénomène. Les gens s’écartent inconsciemment sur mon passage, leurs nerfs vaguement avertis d’une prés
ElaraLa lumière à l’intérieur de l’entrepôt est clinique. Elle ne caresse pas, elle révèle. Elle tombe des hauteurs sur les capsules de verre, chacune un sarcophage vertical. Je marche entre elles, lente, hypnotisée.Les dormeurs c’est le mot qui vient, bien qu’ils ne dorment pas sont d’une séréni
CélianLe froid du trottoir traverse mon jean, remonte le long de ma colonne vertébrale. Je respire des cendres, des gaz d’échappement, l’effluve acide de la peur qui monte des gratte-ciels. Je suis un tuyau d’égout brisé. Tout coule en moi, rien ne sort. L’angoisse d’une mère dont l’enfant est à l
CélianJe recule comme si elle m’avait frappé. Le lien entre nous ondule, parcouru de spasmes de douleur qui sont uniquement les miens, maintenant. Elle ne les partage plus. Elle les observe, de loin, avec cette curiosité nouvelle.— Il veut quelque chose, Elara. Personne n’est comme ça. Personne.







