เข้าสู่ระบบSes bras se resserrent. Ce n’est plus une étreinte de circonstance, un geste médical pour calmer une famille hystérique. C’est une étreinte qui se referme comme un étau. Je sens la tension de ses muscles contre ma joue, contre mon torse. Il me retient une seconde de trop. Une, deux, trois secondes. Le temps s’étire jusqu’à l’absurde. Son torse contre le mien est un mur de chaleur dure. Son menton s&rs
Raphaël La convalescence est longue, mais elle est douce. Léandre me soigne avec une dévotion qui me touche plus que je ne saurais le dire. Il me prépare mes repas, m'aide à me lever, à marcher, à reprendre des forces. Il me lit des poèmes, me raconte des histoires de notre passé, me fait rire avec ses imitations de Manon. Et le soir, il s'allonge à côté de moi, me prend dans ses bras, et je m'endors paisiblement, bercé par le battement régulier de son cœur. — Tu es un infirmier exceptionnel, dis-je un matin, alors qu'il me tend mon bol de soupe. — J'ai appris auprès du meilleur, répond-il en souriant. Un certain chirurgien de marbre, qui croyait que la tendresse n'avait pas sa place dans les soins. — Il avait tort. — Oui. Il avait tort. Et tu lui as prouvé le contraire. — C'est toi qui me l'as prouvé. Tu m'as appris que soigner, ce n'est pas seulement réparer des organes. C'est
Léandre La réanimation est un lieu étrange, suspendu hors du temps. Les machines ronronnent, les lampes diffusent une lumière blanche, les infirmières vont et viennent avec des gestes précis et silencieux. Et au centre de ce ballet mécanique, il y a Raphaël. Mon Raphaël. Étendu sur son lit, les bras percés de cathéters, le visage pâle, les yeux fermés. Je suis assis à son chevet depuis des heures, ma main dans la sienne. Je ne dors pas, je ne mange pas, je ne parle presque pas. Je veille. Je prie. J'espère. — Léandre, murmure-t-il soudain, les yeux toujours fermés. — Je suis là, mon amour. Je suis là. — J'ai fait un rêve. Un rêve étrange. — Raconte-moi. — J'étais dans la piscine, la piscine des Cèdres. L'eau était chaude, la lumière était douce. Et toi, tu étais là, au bord, avec ton short propre et ton t-shirt blanc. Tu me regardais avec tes yeux noirs, et tu sou
Léandre Tout a commencé par une fatigue inhabituelle. Raphaël se levait plus tard que d'habitude, se plaignait de maux de tête, perdait l'appétit. J'ai d'abord mis cela sur le compte de l'âge, de la vieillesse qui avance, de la chaleur de l'été. Mais quand il s'est évanoui dans le jardin, un matin, j'ai compris que c'était grave. Le médecin de l'île est venu immédiatement. Un jeune homme compétent, qui a examiné Raphaël avec soin, puis qui m'a pris à part, le visage grave. — Il faut l'emmener à l'hôpital, a-t-il dit. Je suspecte une endocardite. Une infection de la paroi interne du cœur. C'est sérieux, très sérieux. Le mot a claqué dans l'air comme un coup de tonnerre. Endocardite. Le cœur. Son cœur. Le cœur de Raphaël, ce cœur qu'il a passé sa vie à réparer chez les autres, ce cœur qui bat pour moi depuis trente ans, ce cœur est malade. Nous avons pris le premier ferry pour le continent, puis une ambulance j
Léandre La série s'appelle Les Toiles du Temps. J'ai commencé à la peindre dans mon petit réduit, face à la mer, avec mes pinceaux usés et mes couleurs qui s'épuisent. Mais la passion, elle, ne s'épuise pas. Elle est toujours là, brûlante, vivace, impérieuse. Et c'est elle qui me pousse à continuer, malgré les douleurs dans mes doigts, malgré la fatigue de mes yeux. La première toile représente notre rencontre. Un amphithéâtre, une estrade, un homme en costume gris. Moi, caché au fond, avec mon carnet de croquis. La scène est figée, comme suspendue dans le temps. On dirait une photo, pas une peinture. C'est exactement ce que je voulais. Capturer l'instant, le moment précis où nos vies ont basculé. La deuxième toile représente la rupture. Une chambre d'hôtel, un lit défait, des vêtements éparpillés. Sur le seuil de la porte, une silhouette de femme, de dos. Sophie. Et au premier plan, moi, assis sur le lit, la tête dans les
Je le regarde, intrigué. L'atelier n'a pas changé depuis des années. Les mêmes chevalets, les mêmes pinceaux, les mêmes bocaux d'anatomie que Papa Raphaël a installés il y a une éternité. Les mêmes odeurs de térébenthine et de désinfectant, mêlées à celle du sel marin qui entre par la fenêtre. — Qu'est-ce que tu veux faire de l'atelier ? je demande prudemment. — Je veux te le donner. Le sol se dérobe sous mes pieds. Donner l'atelier. Son atelier. Le lieu où il a peint des centaines de toiles, où il a fusionné son art avec la médecine de Papa Raphaël, où il a créé les cœurs en flammes qui sont devenus l'emblème de notre famille. — Papa, je ne peux pas accepter. C'est ton atelier. Ton sanctuaire. — Justement. C'est pour ça que je veux te le transmettre. Un sanctuaire ne doit pas mourir avec son créateur. Il doit être transmis, comme un flambeau, comme un trésor. Tu es peintre, Théo. Tu es médecin, certes, mais
Léandre La petite fille s'appelle Manon. Manon Vasseur-Delcourt-Bernard. Elle a trois ans, des boucles brunes, des yeux gris, et un rire qui ressemble à un carillon. Elle est arrivée dans la vie de Théo et Gabriel il y a six mois, après des années de démarches, d'attente, d'espoir. Et aujourd'hui, elle est dans mes bras, sur la terrasse de la villa, en train de regarder l'océan avec des yeux émerveillés. — Papy, dit-elle de sa petite voix claire, c'est quoi, l'océan ? — C'est une grande étendue d'eau, mon trésor. Une eau salée qui s'étend à perte de vue, et qui abrite des milliers de créatures merveilleuses. — Et les vagues, elles viennent d'où ? — Elles viennent du vent. Le vent souffle sur l'eau, et l'eau se soulève, et ça fait des vagues. Elle réfléchit un instant, le front plissé par une concentration intense. Trois ans, et déjà ce sérieux qui me rappelle Théo au même âge, e







