MasukJe sors de son bureau. Je descends les escaliers. Je traverse les couloirs. Dehors, il pleut. Une pluie fine, froide, persistante. Je ne prends pas mon parapluie. Je marche sous la pluie. Je laisse l'eau couler sur mon visage, sur mes cheveux, sur mes larmes. Je laisse la ville m'engloutir, m'oublier, me perdre.
Je rentre chez moi. Ma mère n'est pas là. Mon père non plus. Ma sœur est à l'école. La maison est vide, silencieuse, pres
Elle ouvre un tiroir, sort une liasse de papiers, les pose sur le bureau devant moi. Des photos. Des photos de moi, entrant chez Édouard, sortant de chez Édouard, marchant dans les couloirs du palais, rencontrant Vasseur, rencontrant Delacroix. Des photos de moi, avec ma caméra cachée, avec mon téléphone enregistreur, avec mes mensonges. Des photos de moi, nu, dans son bureau, à genoux sur son coussin rouge. Des photos de moi, dans son lit, dans ses bras, dans sa vie. — Où... où avez-vous eu ça ? demandé-je, la voix blanche, les larmes aux yeux, le cœur en miettes. — J'ai mes sources, Théo. Des détectives, des informateurs, des indicateurs. Des gens qui travaillent pour moi, pour Vasseur, pour la justice. Des gens qui vous ont suivi, observé, photographié. Vous n'êtes pas aussi discret que vous le croyez. Ni vous, ni Delacroix. Elle se lève, contourne son bureau, vient s'asseoir sur le bord, juste à côté de moi. Elle est trop p
ThéoLe vingt-huitième jour, une nouvelle menace surgit de l'ombre.Je suis dans la salle d'attente du palais de justice, assis sur un banc en bois trop dur, à regarder les gens défiler. Des avocats en robe noire qui marchent vite, des clercs qui portent des dossiers, des justiciables qui attendent leur sort avec des visages fermés, des yeux cernés, des mains tremblantes. La lumière est jaune, fatiguée, celle des après-midi d'automne où l'on voudrait être ailleurs, chez soi, au chaud, à l'abri. Les néons bourdonnent leur musique monotone, les horloges tournent trop lentement, les minutes s'étirent comme des chewing-gums.Je suis venu pour rencontrer Édouard, comme chaque jour, comme chaque soir, comme chaque instant. Il m'attend dans son bureau, avec ses dossiers, son verre de vin, son sourire fatigué. Mais je ne suis pas passé par l'entrée habituelle. J'ai pris les escaliers dérobés, les couloirs secondaires, les portes de service. Par
Il se retire doucement, me retourne, me prend dans ses bras. Nos corps sont moites, collés, brûlants. Nos cœurs battent à l'unisson, rapides, douloureux, apaisés. Nos jambes s'entrelacent, nos bras s'enlacent, nos bouches se cherchent, se trouvent, s'embrassent. — Pardonne-moi, murmure-t-il contre mes lèvres. Pardonne-moi d'avoir été violent, cruel, injuste. Pardonne-moi d'avoir utilisé ton corps pour exprimer ma colère, ma peur, ma douleur. — Il n'y a rien à pardonner, Édouard. J'avais besoin de ça. Besoin de souffrir pour toi, de payer pour mes crimes, de me sentir vivant. J'avais besoin de te sentir en moi, fort, puissant, présent. J'avais besoin de toi, tout simplement. De toi, rien que de toi, toujours de toi. — Je t'aime, Théo. Je t'aime plus que tout, plus que ma vie, plus que ma mort. Je t'aime pour toujours, quoi qu'il arrive, quoi que tu fasses, quoi que tu deviennes. — Je t'aim
Théo Le vingt-septième soir, tout explose. Nous sommes dans son bureau, comme toujours. La caméra est dans ma veste, comme toujours. L'enregistrement tourne dans ma poche, comme toujours. Mais ce soir, rien n'est comme avant. Ce soir, la tension est à son comble, l'air est chargé d'électricité, de peur, de désir. Nous avons travaillé toute la journée, préparé les derniers documents, peaufiné les derniers détails. Vasseur tombera demain. Ou après-demain. Ou la semaine prochaine. Mais il tombera. Et nous, nous serons libres. Ou morts. — C'est fini, dit Édouard en posant sa plume, en reculant sa chaise, en se levant. On a tout préparé. Les preuves, les témoins, les avocats. Demain, je dépose une plainte officielle contre Vasseur. Pour corruption, chantage, abus de pouvoir. Dans une semaine, il est suspendu. Dans un mois, il est jugé. Dans un an, il est en prison. Et toi, Théo, tu es libre. Ton père est l
Les jours suivants, je deviens un autre homme. Je rencontre Vasseur comme convenu, deux fois par semaine. Je lui donne les fausses informations, les faux enregistrements, les fausses photos. Il les prend, les examine, les approuve. Il est content, confiant, presque joyeux. Il croit que sa victoire est proche, que sa vengeance est à portée de main, que sa justice va triompher. — Tu as bien travaillé, Théo, dit-il en rangeant la clé USB dans son tiroir, en verrouillant le tiroir, en me regardant avec un sourire de prédateur, de chasseur, de vainqueur. Ton père sera libre dans deux jours. Je m'en occupe personnellement. — Et Édouard ? — Édouard Delacroix sera convoqué la semaine prochaine. Devant le conseil de discipline. Il perdra sa robe, son titre, sa carrière. Il sera jugé, condamné, humilié. Il finira en prison, probablement. Pour corrupti
Théo Le vingt-sixième jour, nous mettons en place notre contre-attaque. Son bureau est plongé dans une pénombre chaude, éclairée seulement par la lampe sur son bureau et les flammes dans la cheminée. Les ombres dansent sur les murs, sur les livres, sur nos visages. Dehors, la nuit est calme, silencieuse, presque paisible. Dedans, l'air est chargé de tension, de peur, d'espoir. — Alors, voici le plan, dit Édouard en dépliant une grande feuille de papier sur son bureau, en sortant des stylos, des marqueurs, des notes. Il a préparé ça comme un général avant la bataille, comme un stratège avant la guerre, comme un amant avant la mort. Il a changé, ces derniers jours. La méfiance a disparu de son regard, remplacée par une détermination froide, presque féroce. Il ne me regarde plus comme un traître, mais comme un allié, un complice, un compagnon d'armes. Il m'a pardonné, ou il essaie. Il me fait confi
ThéoLe huitième soir, après dix jours de ce rituel qui est devenu ma vie, après ces nuits d'agenouillement et de suppliques, après ces baisers volés et ces confessions enregistrées, après cette main pos&ea
J'ouvre les yeux. Il me regarde, et dans ses yeux gris, il y a une intensité qui me brûle, une attente qui me dévore, une faim qui me consume.— Vous.Le mot tombe dans le silence du bureau, et la petite lumière rouge du magnétop
Ma voix tremble, mais ce tremblement n'est plus celui de la peur. C'est celui de la vérité, de la vérité nue, crue, terrible, qui sort enfin de sa cachette après des années de silence. C'est celui de l'aveu, de la confession, de l'abandon.Il se lève lentement, avec cette grâce féline qui le caract
Je relève la tête vers lui. Il me regarde, buvant son whisky à petites gorgées, les yeux fixés sur moi, sur ma bouche, sur mes lèvres qui tremblent.— Parlez.— Je... je ne sais pas quoi dire.— Dites-moi ce que vous ressentez. Maintenant. Ici. À genoux devant moi.— J'ai peur. Je suis... humilié.







