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Chapitre 4 : Livio 2

Penulis: Déesse
last update Tanggal publikasi: 2026-06-04 07:06:12

Livio Moretti

Sa voix est grave, profonde, posée. Sans chaleur, mais sans hostilité non plus. Juste un ordre poli. Je franchis le seuil, et il me semble que je franchis bien plus que le seuil d'une suite de luxe. La porte se referme derrière moi avec un claquement sourd qui me fait sursauter. La suite est immense, déployée autour de moi comme un décor de cinéma. Baignée d'une lumière tamisée qui caresse les meubles design, les œuvres d'art abstrait accrochées aux murs, le bar en acajou, le piano à queue dans un coin du salon. Mais je ne vois rien de tout cela. Je ne vois que lui. Il se tient devant moi, les mains dans les poches de son pantalon de costume, la chemise blanche entrouverte sur un torse que je devine puissant, sculpté par des années de sport ou de rage contenue. Il m'observe comme on observe une acquisition, comme on évalue une marchandise, comme on soupèse un tableau avant de l'acheter. Et je déteste ça. Je déteste ce regard qui me réduit à un corps, qui efface tout ce que je suis. Mais je déteste encore plus la façon dont ce regard fait battre mon cœur, la façon dont il fait naître une chaleur au creux de mes reins, la façon dont il me donne envie de lui plaire.

— Vous connaissez les règles, reprend-il en s'éloignant vers le salon, me laissant planté dans l'entrée comme un meuble qu'on n'a pas encore décidé où placer. Pas de questions. Pas de complications. Au matin, l'enveloppe sera sur la console, près de la porte. Vous partirez avant sept heures. Compris ?

Je hoche la tête, incapable de parler. Ma gorge est sèche comme du carton. Mes mots restent coincés quelque part entre ma dignité bafouée et mon désespoir absolu. Il se retourne vers moi, un verre de whisky à la main, et je crois déceler une lueur de curiosité dans ses yeux glacés, une étincelle fugace qui disparaît presque aussitôt.

— Vous êtes plus jeune que sur les photos, dit-il en me dévisageant par-dessus le bord de son verre.

— Vous êtes plus froid, je réponds sans réfléchir, les mots m'échappant avant que j'aie pu les retenir.

Le silence qui suit est terrible, vertigineux, comme si le temps s'était arrêté. Je regrette immédiatement mes paroles, je voudrais les ravaler, les effacer, les enterrer. Je vais me faire renvoyer. Je vais perdre la seule chance de sauver ma mère à cause de ma grande gueule, de mon incapacité chronique à tenir ma langue. Mais il ne me renvoie pas. Il me fixe, simplement, avec une intensité qui me cloue sur place, qui me traverse de part en part comme une décharge électrique. Et puis, pour la première fois, je vois quelque chose bouger dans ses yeux. Un infime craquement dans la glace. Une micro-fissure qui disparaît presque aussitôt, mais que j'ai vue, que j'ai sentie, que j'ai enregistrée dans un coin de mon cerveau.

— Suivez-moi, dit-il en reposant son verre sur le bar.

Il se dirige vers la chambre sans vérifier si je le suis, comme s'il savait que je le suivrais, comme si j'étais déjà à lui. Et je le suis. Mes jambes sont en coton, ma tête en feu, mon ventre noué. Je suis terrifié. Je suis excité. Je ne sais plus qui je suis, ni pourquoi je suis là, ni ce que je vais devenir dans les heures qui viennent. Je sais seulement que cet homme me fait peur et me fascine en proportions égales, et que cette peur et cette fascination sont en train de se mélanger dans mon ventre pour former un désir brut, primal, inattendu. Et je sais, au plus profond de mes entrailles, que cette nuit ne ressemblera à rien de ce que j'avais imaginé.

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