Se connecterLyraLe lendemain soir, un garde vient me chercher de la part de Lord Valen. Il m'attend dans ses appartements privés, dit-il, pour une conversation urgente. Je n'ai pas le choix. Refuser éveillerait les soupçons, alerterait Aldric, précipiterait le désastre. Alors je le suis, le cœur lourd, la peur au ventre, sachant que je vais au-devant du danger mais n'ayant aucun moyen de l'éviter.Les appartements de Valen sont somptueux, bien plus que ceux d'Aldric, chargés de tapisseries précieuses, de meubles incrustés d'ivoire, de bibelots rares accumulés pendant des années de pouvoir et de privilèges. Le conseiller m'attend dans son bureau, assis derrière une table massive couverte de parchemins, et il me fait signe de m'asseoir en face de lui. Il n'y a pas de gardes. Pas de témoins. Nous sommes seuls.— Vous savez pourquoi je vous ai fait venir, dit-il sans préambule.— Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.— Vraiment ? Alors laissez
LyraLord Valen revient de sa mission diplomatique trois jours après le banquet, et son arrivée au palais est saluée par une agitation fébrile, un déploiement de gardes, une succession de courbettes et de révérences qui en disent long sur le pouvoir dont il dispose. Il est le conseiller royal, l'homme de confiance d'Aldric, celui qui gère les affaires du royaume depuis onze ans, celui que tout le monde craint et respecte, celui dont personne n'ose contester l'autorité. Et il est aussi, je le sais maintenant, l'assassin de mon père, le meurtrier d'Elara, le serpent qui se cache dans l'ombre du trône depuis trop longtemps.Je le vois pour la première fois dans la salle du trône, où Aldric m'a demandé de l'accompagner pour l'accueillir. La salle est pleine de courtisans, de gardes, de serviteurs, et Valen s'avance lentement le long de l'allée centrale, escorté par deux hommes en armure, sa cape de velours pourpre balayant le sol derrière lui. C'est un homme d'une
LyraLe banquet est donné en l'honneur des seigneurs de l'Ouest, venus renouveler leur allégeance après la victoire contre les rebelles, et la grande salle du palais brille de mille feux, illuminée par des centaines de chandelles qui se reflètent dans les coupes en argent, dans les bijoux des dames, dans les armures des gardes postés le long des murs. Les tables croulent sous les plats raffinés, les vins coulent à flots, et les musiciens jouent une mélodie entraînante qui fait tournoyer les danseurs au centre de la pièce. Tout le monde rit, boit, s'amuse, et moi, je suis assise à la droite du roi, vêtue d'une robe de velours bleu nuit qui met en valeur la pâleur de ma peau et l'éclat de mes yeux gris, les cheveux relevés en un chignon savant, le bracelet d'or brillant à mon poignet comme un sceau de propriété.Je ne suis plus une servante. Je suis la favorite officielle du roi. Et ce titre, ce rôle, cette place que j'occupe à la table royale, tout cela es
Lyra La chandelle s'est éteinte depuis longtemps, consumée jusqu'au socle de fer qui fume encore faiblement dans l'obscurité de la pièce secrète, et la seule lumière qui nous parvient est celle de la lune filtrant par les interstices de la pierre, une lueur argentée et froide qui découpe les contours des meubles poussiéreux, des étagères croulantes, du bureau chargé de secrets. Aldric s'est endormi. L'aveu qu'il m'a fait, cette confession arrachée au plus profond de son âme, l'a vidé de toutes ses forces, et il s'est effondré dans le vieux fauteuil de cuir qui trône dans un coin de la pièce, la tête inclinée sur l'épaule, les mains abandonnées sur les accoudoirs, la respiration lente et régulière de ceux qui ont enfin déposé leur fardeau. Il dort, et moi, je le regarde dormir, incapable de détacher mes yeux de son visage, de ce visage qui n'est plus celui du roi, de l'usurpateur, du conquérant, mais celui d'un homme brisé, d'un enfant perdu, d'une âme
LyraLe silence qui suit est étrange, chargé de tout ce que nous avons dit et de tout ce que nous n'avons pas dit. Aldric s'est reculé, adossé au mur de la pièce secrète, et il me regarde avec une expression que je ne lui connaissais pas, une expression où se mêlent l'épuisement, le soulagement, et une méfiance résiduelle qu'il n'arrive pas à abandonner tout à fait. Moi, je suis restée près du bureau, les doigts crispés sur le bord de la table, le cœur battant, la tête pleine de questions que je n'ose pas poser.C'est lui qui rompt le silence.— Tu comprends maintenant, dit-il. Tu comprends pourquoi je n'ai jamais enquêté. Pourquoi j'ai laissé Valen faire ce qu'il voulait. Pourquoi j'ai fermé les yeux.— Je comprends, dis-je. Mais cela ne justifie pas tout. Vous avez quand même pris le trône de mon père.Les mots m'ont échappé. Ils sont sortis avant que je puisse les retenir, avant que je puisse mesurer leur portée, avant que je
LyraLes mots d'Aldric résonnent encore dans la pièce secrète, et je les sens qui s'enfoncent dans ma chair comme des lames chauffées à blanc. Il a peur. Pendant toutes ces années, il a eu peur. Peur de découvrir que son père était un assassin. Peur d'affronter la vérité. Peur de perdre cette couronne qu'il avait prise dans le chaos et qui était devenue sa seule raison d'être. Et moi qui l'ai haï pendant onze ans, moi qui ai rêvé de sa mort, moi qui ai passé des nuits entières à imaginer sa souffrance, je me retrouve maintenant à le plaindre, à le comprendre, à l'aimer plus fort encore pour cette faiblesse qu'il m'avoue enfin.— Mon père n'était peut-être pas innocent, dit-il d'une voix brisée. Peut-être qu'il a vraiment comploté. Peut-être qu'il méritait l'exil. Je ne le saurai jamais. Et c'est cela qui m'a paralysé pendant toutes ces années. Cette peur de découvrir que tout ce en quoi j'ai cru, tout ce pour quoi je me suis battu, était fondé sur un mens







