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Chapitre 6

last update publish date: 2026-09-04 19:40:45

Chapitre 6

Ethan

Le stylo glisse sur le papier. Je signe sans hésitation, chaque page se retourne avec un bruit sec, définitif. Mon nom s'étale sur les documents, noir sur blanc, scellant douze mois de mensonge. Je ne tremble pas. Je n'ai jamais tremblé.

Maëlys est assise en face de moi, raide sur sa chaise, les mains croisées sur ses genoux. Elle ne me regarde pas. Elle fixe un point invisible sur le bureau, la mâchoire serrée. Elle a signé avant moi, sans un mot, sans une larme. Sa robe grise la rend pâle, presque irréelle. Ses cheveux relevés dégagent sa nuque, fine, fragile. Je détourne les yeux.

— C'est fait, dis-je en reposant le stylo.

Elle ne répond pas. Elle hoche simplement la tête, les lèvres pincées. Un silence s'installe, lourd de tout ce que nous ne disons pas.

— Vous pouvez disposer, ajoute-je d'une voix plus dure que je ne le voudrais.

Elle se lève lentement, comme si chaque mouvement lui coûtait. Ses doigts lissent sa robe, s'attardent sur le tissu. Puis elle relève la tête, et je vois ses yeux.

Ils brillent.

Ce n'est pas de la colère. Ce n'est pas de la haine. C'est autre chose. Une détresse si profonde qu'elle me frappe en pleine poitrine. Elle ne pleure pas, pas encore, mais la larme est là, suspendue, prête à couler. Elle me regarde un instant, puis elle se détourne et marche vers la porte.

Je devrais rester indifférent. Je devrais me rappeler qui elle est, ce qu'elle représente. Mais une sensation étrange monte en moi, sournoise, et je la reconnais avec horreur : la culpabilité.

Elle pose la main sur la poignée. Je l'observe sans bouger, les poings serrés sous le bureau. Elle est si frêle, si seule. Et je viens de l'acheter.

— Maëlys.

Elle s'arrête, le dos encore tourné. Ses épaules se soulèvent légèrement. Elle attend.

— Vous ne regrettez pas ? je demande, la voix basse.

Elle se retourne à moitié. Ses yeux sont toujours brillants, mais sa voix est ferme quand elle répond.

— Si. Chaque seconde.

— Alors pourquoi signer ?

— Parce que je n'ai pas le choix.

Le mot claque entre nous. Je me lève, contourne le bureau. Je ne sais pas pourquoi je m'approche. Je devrais la laisser partir, mettre de la distance, étouffer ce sentiment qui m'envahit. Mais mes jambes bougent malgré moi.

— Vous avez toujours le choix, Maëlys.

— Non, réplique-t-elle en levant enfin les yeux vers moi. Vous m'avez piégée, Ethan. Vous le savez très bien.

Sa voix ne tremble pas, mais la larme coule maintenant, une seule, le long de sa joue. Elle l'essuie d'un geste brusque, comme si elle s'en voulait de montrer sa faiblesse.

— Vous êtes cruelle, dis-je sans réfléchir.

— Cruel ? répète-t-elle, incrédule. C'est vous qui m'avez traitée de désespérée. Vous qui m'avez rappelé que je n'étais rien. Et vous osez me parler de cruauté ?

Je serre les mâchoires. Elle a raison. Chaque mot que je lui ai jeté revient me frapper comme une gifle.

— Ce n'est pas personnel, dis-je.

— Tout est personnel, Ethan. Vous m'avez choisie. Vous saviez qui j'étais, d'où je venais, ce que je traversais. Et vous m'avez tendu ce contrat comme une bouée. Vous saviez que je dirais oui.

Elle s'avance d'un pas, réduisant la distance entre nous. Son parfum m'enveloppe, léger, entêtant.

— Alors ne me parlez pas de choix, poursuit-elle. Le choix, c'est vous qui me l'avez volé.

Sa voix se brise sur la fin, et je vois la douleur dans ses yeux. Elle ne me hait pas. Elle est blessée, profondément, et c'est moi qui ai enfoncé la lame.

— Maëlys...

— Ne dites rien, coupe-t-elle en levant une main tremblante. Je n'ai pas besoin de vos excuses. Je n'ai pas besoin de votre pitié. Je veux juste sauver la maison de ma mère. C'est tout ce qui compte.

Elle se détourne, ouvre la porte. Je reste planté là, le cœur battant, incapable de la retenir. La porte se referme doucement derrière elle, et le silence m'écrase.

Je me passe une main sur le visage, furieux. Cette culpabilité ne devrait pas exister. Je l'ai étouffée toute ma vie, je l'ai enterrée sous la haine et la vengeance. Mais elle resurgit maintenant, à cause d'une femme que je devrais détruire.

Je retourne au bureau, m'assieds lourdement. Les documents sont là, signés, implacables. Mon nom et le sien, liés pour douze mois. Je devrais être satisfait. Je ne le suis pas.

Je fixe la porte par laquelle elle est partie. Son parfum flotte encore dans l'air, comme un reproche. Et cette question me hante : et si, en voulant la détruire, j'avais déjà commencé à me détruire moi-même ?

Je me lève brusquement, renverse le fauteuil. Le bruit résonne dans la pièce vide. Je reste immobile, le souffle court, les poings serrés.

Elle n'est qu'une pièce, je le sais. Mais cette pièce vient de fissurer quelque chose en moi. Et je ne sais pas encore si je pourrai le réparer.

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