FAZER LOGINMayaLa première balle traverse la nuit comme un cri.Elle vient de nulle part et de partout à la fois. Une seconde, il n'y a que le silence de la forêt, ce silence épais des nuits sans lune où on entend chaque souffle de vent, chaque craquement de branche. La seconde d'après, le monde explose.Le bruit déchire l'air, rebondit contre les arbres, se répercute dans ma poitrine. Pendant une fraction de seconde, je ne comprends pas ce qui se passe. Mon cerveau met du temps à traduire ce son en danger, cette détonation en menace.Puis tout explose.Les tirs crépitent de tous les côtés. Une pluie de balles qui sifflent, qui percutent, qui tuent. Les phares des véhicules de Chernov illuminent la forêt d'une lumière blanche, aveuglante, qui transforme les arbres en ombres mouvantes, en silhouettes fantomatiques. Les hommes hurlent des ordres en russe, des mots que je ne comprends pas mais dont je saisis la violence, cette violence qui est la leur, celle de tueurs, de prédateurs.Je suis figée
Il me regarde. Et pour la première fois depuis longtemps, je vois de la peur dans ses yeux. Une peur froide, lucide, terrible.— Elle a tout donné à Chernov. Notre planque. Nos forces. Nos faiblesses. Nos plans. Tout.Le silence dans la voiture est assourdissant. Plus un bruit. Plus un souffle.— Il sait tout, continue Kaï. Il va nous attaquer. Bientôt. Peut-être même aujourd'hui.— Putain, murmure Leo.— Il faut disparaître, dit Anastasie. Tout de suite. Loin. Le plus loin possible.— Trop tard, dit Kaï en regardant dans le rétroviseur. Ils sont déjà là.Je me retourne.Derrière nous, sur la route de terre, trois véhicules noirs approchent. Rapides. Déterminés. Implacables.— Accélère, dit Kaï.Leo accélère. La voiture bon
Elle me regarde une dernière fois. Un regard chargé de haine. De jalousie. De rage. Un regard qui dit que ce n'est pas fini. Que ça ne fait que commencer.— Profite, dit-elle. Ça ne durera pas.Elle sort. La porte claque. Le bruit du moteur démarre, rugit, s'éloigne dans la nuit.Le silence retombe, épais comme une couverture.— Bien, dit Leo. C'était intense.Dmitri rit, un rire nerveux. Anastasie soupire, soulagée. Alexei secoue la tête, incrédule.Moi, je regarde Kaï. Il me regarde aussi.— T'as fait quoi, là ? je demande.— J'ai choisi. Comme toi.— Devant tout le monde.— Fallait qu'elle comprenne. Fallait que tout le monde comprenne.— Et t'as pas peur qu'elle fasse des conneries ?Il réfléchit une seconde. Une seule.— Si, di
MayaLe soir tombe sur la maison.La lumière décline, les ombres s'allongent, la forêt devient peu à peu une masse sombre et menaçante. À l'intérieur, on a allumé des bougies et la cheminée crépite, projetant des ombres dansantes sur les murs.On est tous dans la grande pièce. Elena est là, assise dans un coin, silencieuse. Elle n'a pas reparlé depuis la scène sur le porche. Mais elle regarde. Elle observe. Elle attend.Je sens son regard sur moi, sur Kaï, sur nos mains qui se touchent, sur nos corps qui se frôlent quand on se déplace. Elle enregistre tout. Elle emmagasine. Elle prépare quelque chose, j'en suis sûre.Ça me met mal à l'aise. Mais je ne vais pas lui donner la satisfaction de changer mon comportement. Je reste près de Kaï. Je le touche quand j'en ai envie. Je lui parle
Et Kaï ne la repousse pas.Il ne fait rien. Il la regarde. Il l'écoute. Immobile. Silencieux.Mon cœur s'arrête.Puis je le vois. Il recule d'un pas. Il dit quelque chose, un mot, une phrase. Elena secoue la tête, insiste. Il recule encore. Son visage est fermé, impassible. Il refuse.Mais ma vision est déjà trouble. Mes jambes tremblent. La colère, la jalousie, la peur, tout se mélange dans ma poitrine en un cocktail explosif.Je tourne les talons. Je cours vers la forêt. Je cours sans regarder derrière moi. Les branches me fouettent le visage, les ronces déchirent mon jean. Je m'en fous. Je veux juste disparaître. Juste être loin. Loin d'elle. Loin de lui. Loin de tout.— Maya ! Maya, attends !Sa voix. Derrière moi. Qui m'appelle.Je ne m'arrête pas. Je cours plus vite. Mes poumons brûlent.
Elena marque un temps. Ses yeux vont de lui à moi, de moi à lui. Elle évalue la situation, recalcule, s'adapte.— Comme tu veux, dit-elle enfin. Je suis venue vous aider.— Nous aider ?— Contre Chernov. Je sais des choses. Des choses importantes. Des informations sur ses mouvements, ses planques, ses faiblesses. Je peux vous être utile.Kaï la regarde longuement. Je vois le doute dans ses yeux. La méfiance. L'habitude de ne jamais croire ce qu'on lui dit.— Pourquoi tu ferais ça ? demande-t-il.— Parce que je te dois une fierté. Tu m'as sauvé la vie. Je veux rendre la pareille.Sa voix est douce, presque tendre. Elle le regarde avec une intensité qui me donne envie de lui arracher les yeux.Le silence s'installe. Le vent souffle entre les arbres, charriant l'odeur de la terre et des aiguilles de pin. Elena attend, imm







