LOGINIl me regarde. Et pour la première fois depuis longtemps, je vois de la peur dans ses yeux. Une peur froide, lucide, terrible.
— Elle a tout donné à Chernov. Notre planque. Nos forces. Nos faiblesses. Nos plans. Tout.
Le silence dans la voiture est assourdissant. Plus un bruit. Plus un souffle.
— Il sait tout, continue Kaï. Il va nous attaquer. Bientôt. Peut-être même aujourd'hui.
— Putain,
KaïJe progresse dans les couloirs de l'usine comme un spectreL'obscurité est mon alliée la plus fidèle, celle qui ne m'a jamais trahi. Je me déplace silencieusement, rasant les murs de béton rugueux, évitant soigneusement les rares zones encore éclairées par des ampoules qui fonctionnent. Tous mes sens sont en alerte maximale — chaque bruit, même infime, chaque ombre qui bouge, chaque infime courant d'air est analysé, évalué, classé. Je suis redevenu ce que j'ai été pendant tant d'années : une machine de survie parfaitement calibrée. Un prédateur dans la nuit. Un fantôme qui tue.J'ai déjà neutralisé deux gardes sans faire le moindre bruit. Le premier près de l'escalier principal — je suis arrivé derrière lui sans qu'il m'entende, je lui ai brisé la nuque d'un coup sec et précis avant qu'il ait pu émettre le moindre son. Le deuxième patrouillait dans un couloir latéral — un coup de couteau dans la gorge, remontant sous la mâchoire, précis, chir
Il fait quelques pas dans la pièce, lentement, comme un promeneur dans un parc. Ses chaussures cirées claquent sur le ciment avec un bruit régulier, métronome de l'angoisse. — Vous savez comment je l'ai connu ? reprend-il sur le ton de la conversation. Il était jeune, à peine sorti de l'adolescence. Dix-huit ou dix-neuf ans, un gamin des rues affamé, violent, sans aucun avenir, prêt à tout pour un morceau de pain. Je l'ai recruté, je l'ai formé, je l'ai armé. J'ai fait de lui ce qu'il est aujourd'hui, j'ai sculpté ce bloc de haine brute pour en faire une arme parfaite. Et il m'a trahi à la première occasion. — Peut-être parce qu'il a compris qui vous étiez vraiment. Peut-être parce qu'il a vu le monstre derrière le masque. Il rit. Un rire sec, sans joie, qui résonne sinistrement dans la pièce vide. — Qui je suis vraiment ? Je suis un homme d'affaires, Maya, rien de plus, rien de moins. Je fournis ce que les
MayaIls me poussent dans une pièce immenseElle est grande, vide, glaciale, comme une cathédrale désaffectée dédiée à quelque dieu cruel et oublié. Un ancien atelier de montage, peut-être, ou une salle des machines, avec des rails de pont roulant qui courent encore au plafond. Les murs sont en béton brut, maculés de graffitis obscènes et de longues traînées d'humidité noirâtres qui dessinent des cartes de pays imaginaires. Le sol est en ciment brut, taché d'huile de moteur et de rouille, creusé par endroits par des décennies de passage de machines lourdes. Quelques néons grésillent au plafond, diffusant une lumière blafarde, clinique, qui rend tout plus laid encore, qui creuse les ombres et donne à chaque visage un air de cadavre. Au centre de la pièce, une chaise en métal. Seule. Exactement comme dans la vidéo d'Anastasie. Une chaise de torture qui n'attend que sa victime.Ils m'assoient dessus sans ménagement, me forçant à m'enfoncer dans le m
Puis ils m'attrapent par les bras, me poussent sans ménagement vers l'entrée de l'usine. La porte de métal rouillé s'ouvre dans un grincement sinistre qui résonne longuement dans le silence du matin. Je franchis le seuil. Je suis à l'intérieur. Le piège s'est refermé sur moi. Je jette un dernier regard derrière moi, vers la forêt, vers la lisière des arbres où Kaï se cache encore. Je ne le vois pas. Mais je sais qu'il est là. Je sais qu'il me regarde disparaître dans la gueule du loup. Je sais qu'il va venir me chercher, qu'il va tout risquer pour me sauver. Il me l'a promis. Et Kaï tient toujours ses promesses. --- Kaï Je la regarde partir Elle marche vers l'entrée principale de l'usine, les mains levées au-dessus de la tête, le dos droit, la démarche fière malgré la terreur que je devine dans chacun de ses muscles.
Je me souviens de la première fois que j'ai tué. Je n'avais que treize ans, un gamin des rues famélique dans une ruelle puante de Vladivostok. Le couteau que j'avais volé au marché s'enfonçant dans la gorge de cet homme qui voulait me violer. La sensation précise de la lame traversant la chair, rencontrant la résistance élastique des cartilages, puis cédant brusquement. Le sang chaud qui avait giclé sur mes mains, sur mon visage, dans ma bouche. Je n'avais pas hésité une seule seconde. Parce que c'était lui ou moi. Parce que mon corps avait compris avant mon esprit ce qu'il fallait faire pour survivre. Parce que la vie avait déjà fait de moi un animal.— Je te protégerai, dis-je à Maya en reprenant le couteau pour le glisser dans ma ceinture. Quoi qu'il arrive, envers et contre tout. Je serai là, à côté de toi. Je ne te quitterai pas des yeux.— Je sais.Elle se hisse sur la pointe des pieds, dans l'espace trop bas de la cache. Elle m'embrasse. U
KaïJe ne dors pasJe n'ai pas fermé l'œil de toute la nuit, pas même une minute, pas même une seconde. Je suis resté allongé, parfaitement immobile, à tenir Maya contre moi comme on tient ce qu'on a de plus précieux au monde. À sentir sa respiration lente et régulière soulever sa poitrine contre mon torse. À écouter les battements de son cœur, ce rythme qui est devenu la bande-son de ma vie. À graver chaque détail dans ma mémoire avec la précision d'un graveur de pierres précieuses — la chaleur exacte de son corps contre le mien, l'odeur particulière de ses cheveux même sales et emmêlés, le poids si léger de sa tête sur mon épaule, la façon dont ses doigts s'accrochent à moi même dans le sommeil. Au cas où. Au cas où ce serait la dernière fois. Au cas où demain, je devrais continuer à vivre sans elle, avec seulement ces souvenirs pour toute compagnie.L'aube arriveJe la vois filtrer par l'entrée obstruée de la cache, une lueur d'abord impercepti
MayaIl lève lentement la main.Mon souffle se suspend, coince dans ma poitrine. Le monde se réduit à ce geste imminent.Ses doigts s’approchent, frôlent ma joue. Ce n’est pas une caresse. Ce n’est pas encore cela. C’est un contact léger, exploratoire, presque cruel dans sa retenue calculée. Sa pea
MayaJe viens de le dire.Calme. Polie. Venimeuse comme une épingle trempée dans le fiel.Il repose sa tasse. Trop lentement, comme si chaque millimètre de descente nécessitait une décision. — La retenue, murmure-t-il, le regard plongé dans le noir de son café, n’est pas toujours souhaitable. Le br
KaïLa douleur arrive avant la pensée.Elle ne demande pas la permission.Elle est là, massive, animale, accrochée à mon flanc droit comme une mâchoire qui refuse de lâcher. Elle pulse. Elle bat. Elle respire au rythme de mon cœur. Chaque inspiration l’attise, chaque expiration la rend plus précise
MayaL’idée était monstrueuse. Elle me brûlait les entrailles de honte. Mais elle était là, vibrante, plus réelle que le sol sous mes pieds. L’attraction que j’avais ressentie pour son mystère, pour son pouvoir, se cristallisait soudain en un désir charnel, concret et vorace. Je ne voulais pas seul







