LOGINElle est attachée à une chaise en métal, dans une pièce sombre aux murs de béton brut. Un entrepôt, peut-être, ou une cave. Ses vêtements sont déchirés, lacérés, tachés de sang frais et de sang séché. Son chemisier blanc , je me souviens de ce chemisier, elle le portait le jour de notre séparation , n'est plus qu'une loque rougeâtre. Son visage est tuméfié, méconnaissable. Un œil est complètement fermé, gonflé, violacé. L'autre est rouge, injecté de sang, gonflé de larmes qui coulent sans arrêt. Sa lèvre inférieure est fendue, du sang a coulé sur son menton et a séché là. Elle pleure. Elle tremble de tout son corps. Elle regarde la caméra avec une terreur absolue, primitive, animale. Une terreur qui va au-delà des mots, au-delà de la raison. — S'il vous plaît... dit-elle d'une voix brisée, à peine reconnaissable. S'il vous plaît, aidez-moi... Une main gantée de noir apparaît dans le cadre. Elle saisit les che
Maya Troisième jour dans la cabane. Le temps s'étire, étrange, élastique. Par moments, il semble suspendu, comme si l'univers retenait son souffle, attendant quelque chose. À d'autres, il file à toute vitesse, et je panique à l'idée que chaque minute qui passe nous rapproche de la fin, que chaque seconde gaspillée est une seconde de moins à vivre. Kaï est sorti chercher de l'eau et du bois. Il est parti depuis une heure, peut-être plus. Je suis seule dans la cabane, assise devant le poêle, à regarder les flammes. Je devrais me reposer, profiter de ce moment de calme pour dormir, pour reconstituer mes forces. Mais je n'y arrive pas. Trop de pensées. Trop de peurs. Trop de tout. Je pense à Leo. À son visage pâle, à sa respiration sifflante, à ses points de suture que j'ai faits moi-même, de mes propres mains tremblantes. Où est-il maintenant ? A-t-il survécu à ses blessures ? Est-
Je fais une pause. Les images sont encore très nettes. La poussière qui flottait dans l'air, les cris, le sang sur les murs. Et ce gamin, ce petit garçon de six ou sept ans, coincé sous les gravats, terrifié. — Tu l'as sorti ? — Oui. J'ai soulevé la poutre à mains nues. Je me suis déchiré des muscles dans le dos, je l'ai su après. Mais sur le moment, j'ai rien senti. J'ai juste vu ce gamin, et j'ai su que je devais le sortir de là. Je l'ai porté dans mes bras jusqu'aux ambulances. Il s'accrochait à moi comme si j'étais son père. Il pleurait, il tremblait, mais il était vivant. — Et après ? — Quand je l'ai déposé dans les bras d'un ambulancier, il m'a regardé. Avec des yeux... des yeux pleins de gratitude. De confiance. Comme si j'étais un héros. Comme si j'avais fait quelque chose d'extraordinaire. Maya lève la tête vers moi. Ses yeux brillent, pleins d'une émotion qu
Elle se redresse sur un coude. Elle regarde autour d'elle, redécouvrant la cabane, la misère, la réalité. Je vois le moment exact où tout lui revient. La traque, la fuite, Chernov, la vidéo d'Anastasie. Son visage se ferme légèrement, perd un peu de sa paix matinale. — J'avais oublié, dit-elle doucement. Pendant quelques secondes, en me réveillant, j'avais oublié où on était. J'étais ailleurs. Quelque part de chaud. De sûr. — C'est bien. Ça veut dire que t'as vraiment dormi. Que ton corps a pu se reposer vraiment. — Grâce à toi. Elle se penche vers moi. Elle m'embrasse. Un baiser doux, lent, plein de gratitude et de tendresse. Ses lèvres sont encore un peu sèches, craquelées par le froid et la déshydratation, mais elles sont douces contre les miennes. Je ferme les yeux une seconde, je me perds dans ce contact, dans cette preuve qu'elle est là, vivante, avec moi. — J'a
Je souris dans le noir. Même maintenant, même dans cette situation désespérée, même au bord de l'épuisement total, il arrive à me faire sourire. À me faire sentir vivante. Désirée. Aimée. — T'es sûr que c'est le moment ? — Y aura peut-être jamais de bon moment. Demain, on sera peut-être morts. Dans une heure, ils auront peut-être trouvé la cabane. Alors autant que ce soit maintenant. Autant prendre ce qu'on peut, tant qu'on peut. Il a raison. Il a tellement raison. Chaque instant volé à cette traque est un trésor. Chaque moment de vie, de vraie vie, est une victoire sur la mort qui nous attend peut-être. Je me tourne vers lui complètement. Je pose mes mains sur son torse, je sens les battements de son cœur sous mes paumes. Rapides. Forts. Vivants. La peau est chaude, les muscles durs en dessous, tout ce corps d'homme qui a traversé tant d'épreuves et qui est encore là, contre moi.
Il se tourne vers moi. Dans la pénombre , il n'y a plus que la très faible clarté de la lune qui filtre par les fissures des murs , je devine plus que je ne vois son visage. Ses traits durs, taillés à la serpe par des années de violence et de survie. Sa mâchoire serrée, ce tic qu'il a quand il est déterminé. Ses yeux qui brillent d'une lueur farouche, animale, cette détermination absolue que j'ai appris à reconnaître et à aimer. — Viens, dit-il. Il ouvre son manteau. Le geste est ample, généreux, comme s'il m'offrait un refuge, un sanctuaire. Il m'attire contre lui. Son corps est chaud. Étonnamment chaud pour quelqu'un qui grelottait il y a une seconde. Comme s'il puisait dans des réserves de chaleur qu'il gardait précieusement pour ce moment, pour moi, comme s'il avait décidé que sa propre survie passait après la mienne. Je me blottis contre lui. Je me love dans la chaleur de son corps comme un animal c
MayaLa fourgonnette roule dans un silence de plomb, seulement troublé par le ronronnement feutré du moteur et la respiration trop contrôlée de Kaï à côté de moi. Il a les yeux fermés, mais je sais qu’il ne dort pas. La douleur le tient éveillé, une mâchoire de fer qui se resserre sur son flanc.De
MayaL’air de la nuit industrielle me frappe le visage, chargé de fumées et de froid. Il ne nettoie rien. Il ne lave pas l’image de Sobieski ligoté sur cette table, ni l’odeur de métal froid et de peur. Ça colle à la peau. Comme la poussière du conduit.Je marche à côté de Kaï. Son silence est une
MayaKaï ne répond pas. Il avance vers lui, lentement, sans hâte. Sa démarche est celle d'un prédateur qui sait sa proie coincée. La peur, maintenant, est palpable sur le visage de Sobieski. Il voit ce que je vois : dans les yeux de Kaï, il n'y a plus de place pour la négociation. Il n'y a que le v
MayaLe couloir sent le moisi, le métal froid et quelque chose d'autre, d'âcre et chimique, qui pique les narines. La lumière est fournie par des ampoules nues protégées par des grillages, jetant des ombres difformes sur les murs de béton brut. Les pas de l'homme de devant, l'homme au bureau qu'ils







