LOGINIl fit passer le t-shirt par-dessus sa tête, le laissa tomber sur le carrelage avec un bruit flasque. Puis il se débarrassa de son caleçon. Il était nu maintenant, face à elle, et leurs corps se retrouvaient comme ils s’étaient trouvés tant de fois auparavant – deux corps qui se connaissaient par cœur, qui s’aimaient, qui se pardonnaient.Elle prit le gant de toilette, le savonna, et entreprit de lui frotter le dos. L’eau chaude ruisselait sur sa peau, emportant la mousse, et ses muscles se détendaient sous ses mains. Il ferma les yeux, s’abandonnant à ce soin silencieux, à cette tendresse qui était plus éloquente que tous les discours.« Élise ? murmura-t-il au bout d’un moment.– Oui ?– On ne se disputera plus jamais comme ça.– On se disputera encore. C’est normal. Tous les couples se disputent.– Oui, mais plus jamais comme ça. Plus jamais avec des mots qui font mal. Plus jamais avec des comparaisons injustes. Promis ?– Promis. »Il se retourna, prit son visage entre ses mains,
« Pardon pour hier soir, dit-il. Pardon pour tout ce que j’ai dit. Pardon pour la comparaison avec ton père.– Je t’ai déjà pardonné. Cette nuit. Tu n’as pas besoin de...– Si, j’ai besoin. »Sa voix était grave, insistante. Il avait les yeux plantés dans les siens, et ses doigts tremblaient légèrement contre sa joue.« J’ai besoin de te le dire encore. De te le dire sous la douche, tout habillé, pour que tu comprennes à quel point je suis désolé. »Elle ne répondit pas tout de suite. Elle le regardait, cet homme qu’elle aimait, cet homme qui était entré tout habillé sous la douche brûlante pour lui demander pardon une deuxième fois. Ses vêtements trempés lui collaient à la peau, et il devait avoir chaud, terriblement chaud, mais il ne semblait pas s’en rendre compte. Il ne semblait conscient que d’une chose : elle. Son pardon. Leur amour.« Tu es ridicule, murmura-t-elle, mais un sourire flottait sur ses lèvres.– Je sais. Mais je suis ton ridicule. »Elle rit, un petit rire fragile
Le lendemain matin, le soleil se leva sur un appartement silencieux.Pas le silence lourd et chargé de la veille, celui qui pesait sur la poitrine et rendait l’air irrespirable. Non. Un silence différent. Un silence apaisé, comme une mer calme après la tempête, quand les vagues se sont retirées et que le sable est encore lisse et propre.Élise s’était réveillée la première. Gabriel dormait encore, allongé sur le ventre, un bras replié sous l’oreiller, l’autre étendu vers elle comme s’il avait cherché son corps dans son sommeil. Elle était restée quelques minutes à le regarder, à contempler son visage détendu, ses cils qui frémissaient légèrement, ses lèvres entrouvertes sur un souffle régulier. Elle avait pensé à leur dispute, aux mots durs qu’ils s’étaient lancés, à la peur qui lui avait tordu le ventre quand elle avait cru que tout était fini. Et puis elle avait pensé à la réconciliation dans le noir, aux mains qui se cherchent, aux pardons murmurés, aux promesses échangées.Elle s’
Elle s’assit sur le lit, dans le noir, et resta immobile, le cœur battant à tout rompre. Elle repassait en boucle les mots qu’ils venaient d’échanger, les accusations, les blessures, les vérités cruelles qui avaient jailli comme du poison. Elle se demandait si leur couple survivrait à cette nuit. Si Gabriel serait encore là demain matin. Si l’amour qu’ils se portaient était assez fort pour résister à cette tempête.Les minutes passèrent. Une heure, peut-être deux. Puis la porte de la chambre s’ouvrit doucement.Gabriel entra dans l’obscurité, s’approcha du lit, et s’assit à côté d’elle sans allumer la lumière. Il ne la toucha pas tout de suite. Il resta là, silencieux, la tête baissée, les mains sur les genoux.« Pardon, dit-il enfin. Pardon pour ce que j’ai dit. Pour la comparaison avec ton père. C’était injuste, cruel, et faux. »Sa voix était brisée, méconnaissable.« Moi aussi, pardon, répondit-elle. Pardon d’avoir dit que tu partais comme lui. Ce n’est pas vrai. Tu n’es pas comme
« Non, j’ai dit que je ne voulais pas que tu partes sans m’en parler, sans qu’on en discute, sans qu’on réfléchisse ensemble. J’ai dit que j’avais peur. »Sa voix se brisa sur le dernier mot, et elle détesta cette faiblesse dans sa propre voix, cette émotion qui débordait malgré elle.Gabriel passa une main dans ses cheveux, ce geste qu’il faisait toujours quand il était contrarié.« Peur de quoi ? Peur que je t’abandonne ? Comme ton père ? »Le coup porta. Précis, cruel, injuste. Il le sut immédiatement, elle le vit à la façon dont son visage changea, dont ses yeux s’élargirent, comme s’il regrettait déjà les mots qui venaient de sortir de sa bouche.« Élise, je suis désolé. Je ne voulais pas dire...– Si. Tu l’as dit. Tu l’as pensé. »Les larmes lui montaient aux yeux, mais elle les refoula de toutes ses forces. Elle ne pleurerait pas. Pas maintenant. Pas devant lui.« Tu crois que je suis une femme fragile, c’est ça ? Une femme qui projette ses traumatismes d’enfance sur son couple
Il déposa un baiser sur son front, un baiser long et appuyé qui disait tout ce que les mots ne pouvaient pas dire.« Tu veux que je reste éveillé avec toi ? proposa-t-il. On peut parler, ou écouter de la musique, ou se faire un thé. »« Non. Dors. Mais... ne me lâche pas. »« Jamais. »Il se rallongea, la garda contre lui, et elle posa sa tête sur sa poitrine, à sa place habituelle. Les battements de son cœur étaient lents, réguliers, et ils couvraient peu à peu le bruit de ses propres pensées, apaisant le tumulte intérieur, repoussant les images effrayantes.L’angoisse ne disparut pas complètement. Elle était toujours là, tapie dans un coin de sa conscience, prête à bondir à la moindre faiblesse. Mais elle avait perdu sa puissance. Elle n’était plus qu’une ombre, et les bras de Gabriel étaient la lumière qui la maintenait à distance.Élise ferma les yeux. Sa respiration se cala sur celle de Gabriel, et le sommeil revint, doucement, prudemment, comme un animal méfiant qui accepte enfi
Elle sentit sa gorge se nouer. « C’est absurde.– C’est l’amour. L’amour n’est pas toujours raisonnable. »Elle posa sa main sur sa joue toute lisse, sentit sous sa paume la peau douce, tiède, légèrement parfumée par le baume. Gabriel se pencha et déposa un baiser sur son front, puis sur ses lèvres
Elle prit le rasoir. Le manche était lourd dans sa paume, la lame brillait sous la lumière de la lucarne. Elle la posa sur sa joue droite, juste sous la pommette, avec une délicatesse infinie. Sa main tremblait un peu – de peur, d’émotion, de la conscience aiguë du danger qu’elle tenait entre ses d
Il n’y avait rien d’érotique dans ce geste. Rien de sensuel. Et pourtant, il y avait quelque chose de profondément intime. Peut-être même plus intime que leurs nuits les plus passionnées. Parce que laver le corps de l’autre quand il est malade, c’est le voir dans sa vulnérabilité la plus totale. C’
Il tourna la tête vers elle, et elle vit dans ses yeux une émotion qui ressemblait à de la dévotion.« On est devenus un seul corps, dit-il.– Pas un seul corps. Deux corps qui communiquent. Deux corps qui se comprennent sans se parler. »« C’est mieux qu’un seul corps. »« Beaucoup mieux. »Il l’a







