LOGIN« Tais-toi, répondit-elle en sanglotant. Tais-toi. Tu es là maintenant. C’est tout ce qui compte. »Il releva la tête, prit son visage entre ses mains, et la regarda comme s’il la voyait pour la première fois. Ses yeux bruns, tachetés de miel, étaient noyés de larmes, mais ils brillaient d’une intensité presque insoutenable.« Je t’aime, Élise. Je n’ai jamais cessé de t’aimer. Même pendant ces semaines de silence. Même quand je faisais semblant d’aller bien. Je t’aime. »Elle ne répondit pas avec des mots. Elle l’embrassa.Ce ne fut pas un baiser tendre, ni un baiser timide. Ce fut un cyclone. Leurs bouches se heurtèrent, leurs langues se trouvèrent, leurs dents s’entrechoquèrent presque. Il y avait dans ce baiser toute la frustration des semaines de séparation, toute la colère de la dispute, tout le manque accumulé, toute la peur de s’être perdus. Et en même temps, il y avait le soulagement immense de s’être retrouvés, la joie pure de sentir à nouveau la chaleur de l’autre, le goût d
Ils avaient failli se perdre.Pas seulement à cause de la dispute, bien que cette nuit-là eût été la plus violente de leur histoire. Non, c’était plus profond que cela. C’était une accumulation de silences, de malentendus, de peurs inexprimées qui avaient fini par creuser un fossé entre eux. Après la réconciliation sous la douche, après les promesses murmurées et les pardons échangés, quelque chose s’était brisé quand même. Peut-être la confiance, peut-être l’insouciance, peut-être cette certitude qu’ils avaient eue, depuis le premier jour, que leur amour était invincible.Gabriel était parti en mission. Pas la mission d’un an dont ils avaient parlé – celle-là, il l’avait refusée. Mais une autre, plus courte, deux mois à l’étranger. « C’est mieux ainsi, avait-il dit en faisant sa valise. On a besoin de respirer. De prendre du recul. » Elle n’avait pas protesté. Elle avait hoché la tête, les bras croisés sur la poitrine, et elle l’avait regardé partir sans un mot.Les premières semaine
Il fit passer le t-shirt par-dessus sa tête, le laissa tomber sur le carrelage avec un bruit flasque. Puis il se débarrassa de son caleçon. Il était nu maintenant, face à elle, et leurs corps se retrouvaient comme ils s’étaient trouvés tant de fois auparavant – deux corps qui se connaissaient par cœur, qui s’aimaient, qui se pardonnaient.Elle prit le gant de toilette, le savonna, et entreprit de lui frotter le dos. L’eau chaude ruisselait sur sa peau, emportant la mousse, et ses muscles se détendaient sous ses mains. Il ferma les yeux, s’abandonnant à ce soin silencieux, à cette tendresse qui était plus éloquente que tous les discours.« Élise ? murmura-t-il au bout d’un moment.– Oui ?– On ne se disputera plus jamais comme ça.– On se disputera encore. C’est normal. Tous les couples se disputent.– Oui, mais plus jamais comme ça. Plus jamais avec des mots qui font mal. Plus jamais avec des comparaisons injustes. Promis ?– Promis. »Il se retourna, prit son visage entre ses mains,
« Pardon pour hier soir, dit-il. Pardon pour tout ce que j’ai dit. Pardon pour la comparaison avec ton père.– Je t’ai déjà pardonné. Cette nuit. Tu n’as pas besoin de...– Si, j’ai besoin. »Sa voix était grave, insistante. Il avait les yeux plantés dans les siens, et ses doigts tremblaient légèrement contre sa joue.« J’ai besoin de te le dire encore. De te le dire sous la douche, tout habillé, pour que tu comprennes à quel point je suis désolé. »Elle ne répondit pas tout de suite. Elle le regardait, cet homme qu’elle aimait, cet homme qui était entré tout habillé sous la douche brûlante pour lui demander pardon une deuxième fois. Ses vêtements trempés lui collaient à la peau, et il devait avoir chaud, terriblement chaud, mais il ne semblait pas s’en rendre compte. Il ne semblait conscient que d’une chose : elle. Son pardon. Leur amour.« Tu es ridicule, murmura-t-elle, mais un sourire flottait sur ses lèvres.– Je sais. Mais je suis ton ridicule. »Elle rit, un petit rire fragile
Le lendemain matin, le soleil se leva sur un appartement silencieux.Pas le silence lourd et chargé de la veille, celui qui pesait sur la poitrine et rendait l’air irrespirable. Non. Un silence différent. Un silence apaisé, comme une mer calme après la tempête, quand les vagues se sont retirées et que le sable est encore lisse et propre.Élise s’était réveillée la première. Gabriel dormait encore, allongé sur le ventre, un bras replié sous l’oreiller, l’autre étendu vers elle comme s’il avait cherché son corps dans son sommeil. Elle était restée quelques minutes à le regarder, à contempler son visage détendu, ses cils qui frémissaient légèrement, ses lèvres entrouvertes sur un souffle régulier. Elle avait pensé à leur dispute, aux mots durs qu’ils s’étaient lancés, à la peur qui lui avait tordu le ventre quand elle avait cru que tout était fini. Et puis elle avait pensé à la réconciliation dans le noir, aux mains qui se cherchent, aux pardons murmurés, aux promesses échangées.Elle s’
Elle s’assit sur le lit, dans le noir, et resta immobile, le cœur battant à tout rompre. Elle repassait en boucle les mots qu’ils venaient d’échanger, les accusations, les blessures, les vérités cruelles qui avaient jailli comme du poison. Elle se demandait si leur couple survivrait à cette nuit. Si Gabriel serait encore là demain matin. Si l’amour qu’ils se portaient était assez fort pour résister à cette tempête.Les minutes passèrent. Une heure, peut-être deux. Puis la porte de la chambre s’ouvrit doucement.Gabriel entra dans l’obscurité, s’approcha du lit, et s’assit à côté d’elle sans allumer la lumière. Il ne la toucha pas tout de suite. Il resta là, silencieux, la tête baissée, les mains sur les genoux.« Pardon, dit-il enfin. Pardon pour ce que j’ai dit. Pour la comparaison avec ton père. C’était injuste, cruel, et faux. »Sa voix était brisée, méconnaissable.« Moi aussi, pardon, répondit-elle. Pardon d’avoir dit que tu partais comme lui. Ce n’est pas vrai. Tu n’es pas comme
« Élise... »« Chut. Laisse-moi faire. »Elle déplaça ses mains vers ses cuisses, les caressa longuement, de l’intérieur vers l’extérieur, de haut en bas. Gabriel avait fermé les yeux. Sa respiration s’était faite plus courte encore, et elle voyait les muscles de son ventre se contracter à chaque e
Gabriel l’écoutait, et c’était maintenant lui qui fermait les yeux, lui que la voix de l’amante enveloppait.Quand elle eut fini, elle reposa le livre sur ses genoux, et leurs regards se croisèrent. Il n’y avait plus besoin de poèmes. Les mots avaient fait leur œuvre, la pièce était saturée de dési
La voix de Gabriel, cette voix grave et rauque qu’elle connaissait par cœur, se mit au service des vers anciens. Il lisait lentement, en détachant chaque syllabe, en faisant sonner les rimes comme des clochettes lointaines. Le poème décrivait la rencontre de deux amants dans un jardin nocturne, la
Il revint dans le lit, et ils ne sortirent pas.Le dimanche soir, ils commandèrent à manger pour la première fois du week-end. Des pizzas livrées à la porte, qu’ils dévorèrent au lit, dans un chaos de miettes et de fromage fondu. Ils avaient faim, soudain, une faim immense qui n’était pas seulement







