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CHAPITRE 56 — LA PLUIE SUR SES JOUES 2

Penulis: Déesse
last update Tanggal publikasi: 2026-07-16 08:15:36

Je sens la nausée monter.

Je me lève brusquement, le livre serré contre moi comme si je pouvais remonter le temps à force de pression, comme si je pouvais retourner à cette porte, voir Lya trempée, raccrocher immédiatement, lui prendre le visage entre les mains, lui dire pardon, lui dire merci, lui dire entre, viens, tu es glacée, laisse-moi m’occuper de toi, tu n’aurais pas dû sortir par ce temps pour moi.

Mais le temps est une bête qui ne rend rien.

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  • TRENTE JOURS , PAS UN DE PLUS    Chapitre 113 — La sortie

    LyaLa clochette a cessé de tinter. La porte est refermée. Le silence est revenu, mais un silence différent de celui d'avant. Un silence plus léger, presque respirable. Le poêle à bois continue de ronronner dans son coin. La mer, derrière la vitrine, a pris une teinte plus claire, un gris argenté, comme si les nuages commençaient à se déchirer. La bougie parfumée vacille doucement sur la table.Adrien est toujours assis sur sa chaise, près de la porte. Il ne bouge pas. Il a les mains posées sur ses cuisses, le dos voûté, le regard fixé sur la table vide où, il y a quelques minutes encore, s'étalaient les preuves du désastre. Il a l'air d'un homme qui vient de traverser un ouragan et qui ne sait pas s'il est encore en vie.Je reste debout près du comptoir. J'ai le classeur noir dans les bras, serré contre ma poitrine. Il est lourd. Il contient trois ans de mensonges, et maintenant il est refermé. Je le pose sur une étagère, derrière le comptoir. J

  • TRENTE JOURS , PAS UN DE PLUS    Chapitre 116 — Le jour du jugement

    Adrien entre.Il porte un manteau sombre, froissé, comme s'il avait dormi dedans. Ses cheveux sont en bataille, ses cernes sont plus creusés que jamais. Il a une barbe de plusieurs jours, une ombre râpeuse sur les joues. Il n'a pas l'air d'un homme qui vient assister à une confrontation juridique. Il a l'air d'un homme qui a passé dix jours dans une chambre d'hôtel, à tourner en rond, à ressasser, à douter. Il a l'air d'un homme qui n'a pas dormi, qui n'a pas mangé, qui a attendu.Il s'arrête sur le seuil. Il regarde la table. Maître Kroeg. L'huissier. Ma mère. Séléna. Moi. Il comprend tout, en une seconde. Il comprend que ce n'est pas une négociation, que ce n'est pas une simple discussion. Il comprend qu'il est tombé dans un piège, ou plutôt qu'il est en train d'en sortir. Il me cherche du regard. Je hoche la tête, un infime mouvement de menton. Il entre, il s'assied à la dernière chaise, près de la porte. Il ne dit rien. Il croise les bras. Il attend.

  • TRENTE JOURS , PAS UN DE PLUS    Chapitre 115 — La dernière menace

    Je la regarde droit dans les yeux. Je ne tremble pas. Ma voix ne se brise pas. Mes mains ne bougent pas.Séléna me fixe, bouche bée. La fiole tremble dans sa main. Son visage se décompose. Elle cherchait de la peur, elle trouve du marbre. Elle cherchait de la faiblesse, elle trouve un mur. Elle cherchait une sœur qui la supplierait de vivre, elle trouve une étrangère qui lui dit de mourir si elle veut.Le silence dure une seconde, deux secondes, une éternité. Puis la main de Séléna s'abaisse. Lentement. Très lentement. Elle pose la fiole sur la table de la cuisine, sans un bruit. Elle reste là, debout, les bras ballants, le visage défait. Elle ne pleure plus. Elle ne crie plus. Elle est vide.— Tu es un monstre, murmure-t-elle.— Non. Je suis ce que tu as fait de moi.Elle ne répond pas. Elle tourne les talons, elle va vers la porte, elle l'ouvre. Le vent s'engouffre dans la pièce, faisant voler quelques papiers sur le bureau. S

  • TRENTE JOURS , PAS UN DE PLUS    Chapitre 114 — Le voyage d'Adrien 2

    Je remonte en voiture. Je ne sais pas où aller. Je ne peux pas retourner à la clinique. Je ne peux pas rentrer. Je réserve une chambre dans un petit hôtel en dehors de la ville, loin de la pension du vieux pêcheur, loin des regards. Je donne un faux nom. Je paie en liquide. Je monte dans une chambre minuscule, avec un lit étroit, une table bancale, une fenêtre qui donne sur un parking désert. Je m'assieds sur le lit. Je regarde le mur. J'attends. Le 4 février est dans dix jours. Dix jours à tenir. Dix jours à garder le secret. Dix jours à réfléchir. Dix jours pendant lesquels je vais appeler Séléna, lui mentir, lui dire que je suis débordé par le travail, que je dois rester en France, que je reviens bientôt. Dix jours à vivre dans un entre-deux, suspendu entre la vérité que je redoute et le mensonge que je connais. Je m'allonge sur le lit. Je ferme les yeux. Je pense à Lya, à sa lumière derrière les rideaux. Je pense à son

  • TRENTE JOURS , PAS UN DE PLUS    Chapitre 113 — Le voyage d'Adrien

    AdrienLa lettre est arrivée ce matin, glissée sous ma porte par la femme de chambre de la clinique. Une enveloppe blanche, sans adresse d'expéditeur, juste mon prénom écrit à la main. J'ai reconnu l'écriture tout de suite. L'écriture de Lya. Cette écriture fine et régulière, appliquée, presque calligraphiée, qu'elle avait déjà quand elle écrivait des poèmes au lycée. Je l'ai regardée longtemps avant de l'ouvrir. Je tenais le papier comme on tient un objet fragile, comme on tient un oiseau blessé.Puis j'ai lu.— Adrien. Je te convoque à la librairie le vendredi 4 février à 11 heures. Ne préviens pas Séléna. Si tu ne viens pas, je comprendrai. Si tu viens, prépare-toi à entendre des choses très laides.C'est tout. Pas un mot de plus. Pas une explication, pas une excuse, pas une déclaration. Juste une convocation, un avertissement. Et pourtant, ces quelques lignes ont suffi. Elles ont suffi pour que tout ce que je croyais solide vacille.

  • TRENTE JOURS , PAS UN DE PLUS    Chapitre 112 — Les convocations

    Lya Le matin du 22 janvier, je me lève avant l'aube. La mer est invisible, noyée dans un brouillard épais qui monte du port et glisse dans les rues comme de la fumée. Je fais du café, je le bois debout dans la cuisine, les deux mains serrées autour de la tasse pour y puiser de la chaleur. Je suis calme. Étrangement calme. Comme si les semaines de travail acharné, les nuits sans sommeil, les larmes ravalées, avaient fini par épuiser toutes mes émotions, ne laissant qu'une coquille vide et déterminée. Je m'assieds à mon bureau. J'allume la lampe. Je sors quatre feuilles de papier à lettres, mes plus belles, un papier crème à la fibre longue, acheté chez un papetier de la ville il y a des années et jamais utilisé. Je sors mon stylo-plume, celui que mon père m'a offert pour mes dix-huit ans. Je le remplis d'encre noire. Et j'écris. La première lettre est pour ma mère. Elle est courte, presque administrative. Je la remercie de

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