تسجيل الدخولNous traversons le couloir. La lumière des néons est agressive, les murs blancs sont trop blancs, le sol semble se dérober sous mes pas. Marc ne dit rien. Il me soutient, il me guide, il ouvre les portes devant nous. Nous passons devant le bureau des secrétaires, qui lèvent la tête avec des mines stupéfaites. Nous passons devant la machine à café, où deux employés interrompent leur conversation en nous voyant. Nous franchissons les portes vitrées de l'entrée, et soudain, l'air froid du dehors me frappe le visage.Je m'arrête sur le trottoir. Je tremble de tout mon corps. Marc est toujours à côté de moi, son bras toujours autour de mes épaules, et je sens qu'il tremble aussi, de peur ou d'émotion, je ne sais pas.— Gabriel, qu'est-ce qui t'arrive ? demande-t-il d'une voix blanche. Parle-moi. Dis quelque chose.J'ouvre la bouche. Aucun son ne sort. Les mots sont là, quelque part au fond de ma poitrine, mais ils refusent de franchir mes lèvres. Comment e
GabrielTrois jours ont passé depuis la découverte du message. Trois jours pendant lesquels j'ai tenté de maintenir les apparences, de continuer à fonctionner comme si de rien n'était, comme si le monde ne s'était pas fissuré sous mes pieds. Je me suis rasé, j'ai mis une cravate, j'ai souri aux bonnes personnes aux bons moments. J'ai fait tout ce qu'on attend d'un chef d'entreprise, d'un associé, d'un homme qui a réussi.Mais ce matin, quelque chose ne va pas. Je le sens dès le réveil, une fragilité étrange au bord des gestes, comme si ma peau était devenue trop fine, trop perméable à tout ce qui m'entoure. La lumière du jour est trop vive, les bruits de la rue sont trop forts, les visages des passants sont trop présents. Je me prépare machinalement, j'enfile mon costume, je noue ma cravate, je prends ma voiture. Les gestes sont automatiques, mais à l'intérieur, je sens que ça tangue.La réunion est prévue depuis des semaines. Un rendez-vous crucial avec d
Le lendemain matin, je me rends à mon bureau pour la première fois depuis des semaines. L'entreprise tourne sans moi, Marc gère l'essentiel, mais j'ai besoin de récupérer certaines choses. Surtout, j'ai besoin de retrouver un vieux téléphone professionnel que je n'utilise plus depuis des années, un appareil qui traîne dans un tiroir de mon bureau et sur lequel j'avais transféré certains appels à l'époque. Le bureau est vide à cette heure matinale. Les locaux sont silencieux, baignés d'une lumière grise qui filtre à travers les stores baissés. Je longe les couloirs déserts, j'entre dans mon ancien bureau, je fouille les tiroirs. Le téléphone est là, tout au fond, sous une pile de dossiers. Un vieux modèle à clapet, lourd et dépassé, que je n'ai pas allumé depuis au moins trois ans. Je le branche sur le chargeur en priant pour que la batterie ne soit pas complètement morte. L'écran s'allume après quelques secondes, affichant le logo du con
Je m'assois par terre, le dos contre le canapé, le carnet noir serré contre ma poitrine. Les larmes ne viennent pas encore. Il n'y a qu'un vide immense, un gouffre qui s'ouvre sous mes pieds et dans lequel tombent toutes mes certitudes, tous mes souvenirs, toute l'histoire que j'avais construite autour de ma vie avec Séléna. Elle n'a pas seulement menti. Elle n'a pas seulement manipulé. Elle a systématiquement détruit chaque pont que sa sœur tentait de bâtir vers moi.Je pense à Lya, allongée sur son lit d'hôpital, les yeux fermés, la respiration régulière mais absente. Je pense à toutes ces années où elle a cru que je ne voulais pas d'elle. Où elle a cru que je la méprisais, que je la trouvais insignifiante, que je préférais sa sœur. Et pendant ce temps, c'était Séléna qui orchestrait tout, chef d'orchestre d'une symphonie de destruction.Je saisis mon téléphone. Je compose le numéro du seul ami qui pourra peut-être m'aider à démêler cet écheveau.— Marc ? J'ai besoin de te voir. Tou
Je ne réponds pas. Je ne peux pas. Ma gorge est un nœud de rage et de chagrin. Je continue à lire, lettre après lettre, et chaque mot de Lya est un coup de poignard, chaque annotation de Séléna est une brûlure. Il y en a des dizaines. Cinquante, soixante peut-être. Une correspondance unilatérale qui s'étend sur plus de quatre ans, de la seconde jusqu'au départ de Lya pour ses études de lettres.Gabriel,Aujourd'hui, j'ai appris que tu sortais avec quelqu'un. Je ne devrais pas être triste puisque tu ne sais même pas que j'existe. Mais je suis triste quand même. C'est idiot, non ? Je te souhaite d'être heureux. C'est tout ce qui compte.Dans la marge, l'écriture de Séléna : Il est heureux. Avec moi. Et toi, tu n'es rien.Je referme la dernière lettre. Mes mains tremblent si fort que le papier vibre. La mère de Lya s'est assise sur le bord du lit défait, les yeux dans le vide. Dans le silence de cette chambre qui n'en est plus une, je prends une décision. Je vais tout lire. Tout comprend
GabrielLa maison des Castelli ressemble à un tombeau. Un tombeau où l'on aurait oublié d'enterrer les morts et où les vivants ne font que passer, ombres furtives entre deux silences. La mère de Lya m'a ouvert la porte sans un mot, le visage creusé par des années de chagrin rentré, et m'a conduit jusqu'à l'ancienne chambre de sa fille sans que j'aie eu besoin de le demander. Elle savait. Peut-être qu'elle attendait ce moment depuis des années. Peut-être qu'elle espérait que quelqu'un vienne enfin.La chambre n'est plus une chambre. Transformée en débarras au fil du temps, elle croule sous des cartons étiquetés à la hâte, des meubles recouverts de draps blancs qui leur donnent des allures de fantômes. L'odeur de renfermé prend à la gorge. Je reste un instant sur le seuil, incapable d'avancer, comme si pénétrer dans cet espace constituait une violation supplémentaire de tout ce qui a été brisé. Puis je pense à Lya. À son visage endormi. À tout ce que je ne sais pas encore.Je m'agenoui







