LOGINChapitre 3 — Des regards et des silences
Le lendemain matin, Addyson quitta la maison plus tôt. Elle avait besoin de calme. De solitude. Pas pour fuir — elle ne fuyait jamais — mais pour s’ancrer, retrouver son centre. Dans les couloirs encore presque vides, ses pas résonnaient doucement. Son sac en bandoulière glissait contre sa hanche à chaque mouvement. Elle portait un jean brut taille haute, large mais près des hanches, et un t-shirt noir simple, qui s’arrêtait à la taille. Bien que ce t-shirt fût trop grand pour elle, il dévoilait juste ce qu’il fallait sans rien offrir. Par-dessus, une veste oversize couleur kaki, qu’elle tirait instinctivement vers l’avant, comme pour dissimuler ce que la coupe moulante de son jean révélait sans son accord. Même si quelques regards se retournèrent sur son passage, elle les ignora avec une élégance étudiée. Comme si elle ne les avait jamais vus. Arrivée devant la salle d’anglais, elle poussa doucement la porte. Carmen était déjà là, debout, à côté d’une table, un petit flacon de vernis nude dans la main. Elle le faisait rouler entre ses paumes comme un geste nerveux camouflé en désinvolture. Andy, assis en face, releva aussitôt la tête. — Salut, dit Addyson d’un ton calme, en déposant son sac près d’une table vide. — Hey, répondit Andy avec un petit sourire sincère. Carmen esquissa un sourire poli. — Salut Addyson. Elle inclina légèrement la tête, puis, en agitant le flacon de vernis, laissa tomber d’un ton léger, sans même la regarder : — Y’a des filles qui pensent qu’elles devraient jamais se maquiller. Même pas un mascara. Histoire de paraître “vraies”… comme si c’était un truc à valoriser. Elle n’avait pas levé les yeux, mais Addyson sentit la morsure derrière la légèreté de la phrase. Andy redressa la tête, fronça légèrement les sourcils, puis se tourna vers Addyson et dit sans s’en détourner : — Perso, je trouve qu’y en a une qui n’a nullement besoin d’artifice pour être super belle et attrayante. Si elle en rajoute, tous les hommes voudraient décrocher la lune pour elle ! Il ponctua sa phrase d’un sourire franc, cette fois directement adressé à Addyson. Elle soutint son regard un instant. Simple. Vrai. Sans gêne. Pas besoin de sourire en retour. Elle préféra garder en réserve une réplique bien cinglante pour Carmen, la prochaine fois. Elle n’était pas venue ici pour se faire des ennemis. Mais elle ne tendait pas l’autre joue. Pas deux fois. « Qu’est-ce qu’elle a, celle-là ? se demanda-t-elle intérieurement. On dirait qu’elle est jalouse. Mais de quoi exactement ? » Carmen, elle, ne répondit rien. Juste une expiration silencieuse, les lèvres pincées. Elle n’appréciait visiblement pas ce que venait de dire Andy, encore moins le petit jeu de regards qui venait de s’installer sans prévenir. Elle alla s’asseoir, les mouvements trop contrôlés pour être détendus. — Tant mieux pour elles, alors, répondit-elle d’un ton aérien, en allant s’asseoir comme si de rien n’était. Addyson choisit la table près de la fenêtre. Elle sortit son carnet. Pour écrire , s’évader. Un monde parallèle. Son imagination prenait le dessus , là où personne ne jugeait, n’épiait, ne commentait. Là où elle n’avait pas besoin d’avoir de joutes verbales. La cloche sonna. Mr Smith entra d’un pas rapide, quelques feuilles froissées dans les bras, ses lunettes remontées de travers. — Bonjour à tous. Avant qu’on plonge dans les textes, je me présente : Mr Smith, anglais niveau terminale. Vous verrez, j’aime les tragédies… pas seulement dans les livres. Quelques rires étouffés flottèrent dans la pièce. Puis, quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit de nouveau. Il entra. Shawn. Toujours en retard. Toujours calme. Comme si le monde attendait qu’il daigne prendre sa place. Avec son assurance nonchalante, son sac à l’épaule, et ce sweat gris qui retombait à moitié sur une épaule, découvrant un t-shirt noir ajusté qui mettait en valeur des bras toniques et une silhouette que même le silence semblait regarder passer. Son jean noir, parfaitement coupé, mettait en valeur ses longues jambes et la manière presque animale dont il bougeait. L’air lui appartenait sans qu’il l’ait demandé. Mr Smith leva à peine les yeux au-dessus de ses lunettes. — Monsieur Hill. Je pense qu’il est temps qu’on envisage une motion collective des profs pour officialiser votre exclusion permanente. — J’aime être attendu, monsieur, répondit Shawn, sans une once de gêne. — Vous avez quinze secondes pour être assis. Après, je vous fais déclamer Orgueil et Préjugés en tutu rose. Un éclat de rire parcourut la classe. Shawn opina lentement, amusé. Il traversa la salle, passa près d’Andy, frôla Carmen… et s’arrêta. Juste derrière Addyson. Addyson sentit son souffle avant même d’entendre le bruit de la chaise. Il s’installa. Juste derrière elle. Trop proche. Beaucoup trop proche. Elle se redressa légèrement, tendue. L’air devint lourd. Chargé. Elle haïssait cette sensation : être cernée, observée, sondée. Il n’avait même pas besoin de la toucher pour qu’elle se sente oppressée. Pas question. Elle s’était déjà brûlée. Elle connaissait la mécanique. Le lycée, c’est une arène. Et les nouveaux, comme elle, sont des proies qu’on classe, qu’on juge, qu’on catalogue. Elle refusait de reproduire le même schéma. Hors de question que l’histoire recommence. Elle ferma les yeux une demi-seconde. Elle ne voulait pas revivre ça. Pas encore devenir une cible, un fantasme, une rumeur. Pas de nouveau cercle vicieux. Pas de fascination mal placée. Pas de de faux semblant. Et pourtant. Sa voix la frappa comme un courant : — Addyson ? Elle se figea. Il connaissait son nom. Quoi ? Il… elle ne lui avait jamais parlé. Elle n’avait même jamais croisé son regard assez longtemps. Du moins, c’est ce qu’elle croyait. « Il me connaît. Mauvais signe. » Elle le savait : c’était le moment ou jamais de tracer une ligne claire. Froide. Infranchissable. Qu’il sache à quoi s’attendre. Qu’il aille flirter ailleurs. « Je ne cherche surtout pas à m’attirer les foudres de son amie, ou de sa petite amie… pire, de toutes ses conquêtes ! pensa-t-elle. » Elle se retourna lentement, posa son coude sur le dossier de sa chaise. — Oui ? Shawn la fixait. Demi-sourire aux lèvres. Regard intense. Presque joueur. « Elle est affreusement belle, pensa-t-il. Mais pas comme les autres. Elle n’est pas juste belle, elle est magnifique. Elle brûle. Elle est solaire. » Et Addyson le trouva véritablement… sauvagement… indéniablement beau. — J’me demandais juste… si l’orage allait gronder aujourd’hui. — Il gronde quand on le cherche, répondit-elle sans ciller. — Parfait. Je suis un habitué des tempêtes. C’était sorti comme une évidence. Pas comme une phrase préparée. Comme un instinct. Et dans son regard, un éclat qu’il n’avait jamais ressenti pour qui que ce soit. Un malaise doux-amer. Comme s’il ne comprenait pas pourquoi il lui parlait. Comme s’il n’avait jamais eu l’intention de le faire… et ne pouvait plus s’en empêcher. Il avait dit ça comme on respire. Sans même s’en rendre compte. Comme si flirter n’était pas un choix, mais un automatisme. Un tic. Mais dans ses yeux, il y avait autre chose. Un éclat. Une faille. Il essayait de cacher un trouble. Et il le faisait bien. Elle, elle n’aimait pas ça. Par contre, pas du tout. — Vous deux, coupa Mr Smith, vous voulez que je vous mette côte à côte ? Parce que si vous tenez à faire du théâtre, je vous file un duo tragique en fin de semaine. Addyson se retourna aussitôt, le visage fermé. Shawn, lui, n’avait pas bougé. Mais elle sentait son regard. Son sourire silencieux. Il ne faisait pas exprès. C’était pire que ça. Il ne savait pas comment ne pas le faire. Carmen baissa les yeux, le flacon de vernis de retour entre ses doigts. Mais son regard, lui, glissa vers Addyson. Bien qu’elle fît mine de s’intéresser à autre chose, les doigts pressés sur le flacon de vernis qu’elle rangeait dans sa trousse. Elle sourit malicieusement. « Shawn a jeté son dévolu sur Addy ? … Eh bien, je pourrais bien l’aider à la mettre dans son lit comme toutes les autres si cela permet de l’éloigner d’Andy » pensa Carmen sournoisement. Andy, silencieux, observait la scène. Quelque chose le troublait, il n’aurait su dire quoi. Mais Addyson haussa simplement les épaules. Pas de signe. Pas d’émotion. Une carapace. Mr Smith reprit, sa voix grave : — Si vous pensez que les grandes histoires se trouvent dans les livres, vous êtes naïfs. Les tragédies se jouent ici, chaque jour. Et vous en êtes tous les auteurs. Addyson serra un peu plus fort son stylo. Elle s’était fait une promesse. Et elle allait la tenir. Elle ne voulait pas jouer la scène des screams cette année, il en était hors de question.Chapitre 86 — Là où la peur commence Shawn s’approcha, bousculant les passants pour se frayer un chemin… et son cœur s’arrêta brutalement. Addyson. Allongée au sol. Inerte. — ADDYSON ! Il courut jusqu’à elle, mais quelqu’un le retint aussitôt. Une femme, sûrement témoin de la scène, lui lança un regard bouleversé. — Elle a été renversée… elle traversait sans regarder. Le souffle de Shawn se bloqua immédiatement dans sa gorge. Il voulait la prendre dans ses bras. Il voulait qu’elle ouvre les yeux. Qu’elle l’insulte. Qu’elle pleure. Même qu’elle le rejette encore. Il aurait accepté n’importe quoi. Mais Addyson ne bougeait pas. — Addy… ADDYSON ! cria-t-il encore, la voix fracassée par la panique. Aucune réponse. Lorsque les ambulanciers arrivèrent enfin, Shawn retourna immédiatement dans sa voiture pour suivre l’ambulance jusqu’à l’hôpital, les mains tremblantes sur le volant. Son cœur cognait si violemment dans sa poitrine qu’il avait l’impression de manquer d’air. I
Chapitre 85 — Le goût de la perte Les larmes brûlaient les yeux d’Addyson, mais elle les retint avec acharnement, la gorge nouée par une douleur devenue beaucoup trop lourde à porter. Elle refusait de s’effondrer ici. Pas maintenant. Et surtout pas devant eux. Addyson s’était éloignée sans se retourner. Sans réfléchir. Elle avançait simplement, guidée par ses pas sans même savoir où ils la menaient. Elle était perdue. Complètement. Comment avait-elle pu tomber amoureuse de Shawn ? Au début, elle ne le connaissait même pas réellement. Pourtant, quelque chose chez lui l’avait attirée immédiatement. Dès les premiers regards. Dès les premières provocations. Dès cette façon qu’il avait de la regarder avec une intensité dérangeante alors qu’il connaissait à peine son prénom. Et maintenant qu’elle avait découvert ses failles, ses contradictions, cette colère qu’il gardait enfermée jusqu’à exploser… elle réalisait une chose terrifiante : elle était folle amoureuse de lui. Et ça la
Chapitre 84 — Le point de fissure Addyson avançait d’un pas rapide, les poings serrés au fond des manches de son sweat, incapable de calmer le flot de pensées qui lui écrasait la poitrine. Elle voulait juste rentrer chez elle, fermer sa porte à clé, couper le monde entier pendant quelques heures et arrêter de réfléchir. Comment Trey avait-il pu lui faire ça ? L’utiliser de cette manière. L’exposer. La trahir aussi facilement. Son cœur lui faisait horriblement mal. Elle se mordilla l’intérieur de la lèvre en réalisant une chose qu’elle avait toujours refusé d’admettre : L’amitié pouvait faire aussi mal que l’amour. Elle était triste. Terriblement triste. Jamais elle n’aurait imaginé Trey capable d’aller aussi loin. Mais au-delà de la peine… Addyson était surtout en colère. Parce qu’au final, c’était toujours la même histoire. Toujours les mêmes excuses. Toujours les mêmes déceptions. Toujours les mêmes blessures laissées derrière eux. Les garçons ne réfléchissaient ja
Chapitre 83 — Mensonges et révélations Les bancs devant le lycée baignaient dans une lumière chaude de fin de matinée. Addyson était assise avec Caleb et Mallory pendant que ces derniers se murmuraient des phrases ridicules en pensant être discrets. Ils ne l’étaient pas du tout. Mallory riait doucement tandis que Caleb lui embrassait les doigts entre deux plaisanteries stupides. Et cela donnait à Addyson l’impression d’être la cinquième roue du carrosse. Mais honnêtement… c’était toujours mieux que de rester seule avec ses pensées. Un éclat de voix attira brièvement son attention un peu plus loin. Elle n’eut même pas besoin de lever les yeux. Son cœur venait déjà de réagir. Cette sensation étrange revenait chaque fois que Shawn passait près d’elle, comme si son corps reconnaissait sa présence avant même qu’elle ne le voie réellement. Elle reconnut immédiatement sa démarche. Quelques secondes plus tard, lorsqu’il fut suffisamment éloigné, Addyson releva finalement la tête.
✨ Chapitre 82 — Joyeux anniversaire Addyson ! Addyson était assise sur le tapis du salon, un sourire doux aux lèvres, pendant que Rosie tentait désespérément de la battre à Mario Kart. Un peu plus loin, Trey riait avec les jumeaux, chacun une manette de Switch entre les mains, absorbés par une partie beaucoup trop chaotique de Super Smash Bros. L’ambiance aurait dû être légère. Mais Addyson sentait constamment le regard de Trey revenir vers elle. Par moments, elle relevait les yeux et le surprenait déjà en train de l’observer. Depuis son arrivée, il n’arrêtait pas de la détailler discrètement. Et honnêtement… sa tenue n’arrangeait rien. Son short noir en coton moulait ses hanches et épousait ses fesses sans aucune pudeur, tandis que son débardeur blanc près du corps dessinait sa poitrine et laissait apparaître une fine bande de peau au niveau de son ventre dès qu’elle bougeait un peu. Avec ses formes naturelles, l’ensemble était beaucoup trop révélateur. Elle regrettait maint
Chapitre 81 — J’ai vraiment le droit de lui souhaiter joyeux anniversaire ? Shawn soupira lourdement. Depuis ce matin, il luttait contre une seule chose : l’envie d’écrire ce foutu message à Addyson. Et contre cette autre voix dans sa tête qui lui répétait qu’il ne devait surtout pas le faire. Son regard se perdit quelques secondes dans le vide tandis qu’un souvenir lui revenait. Deux mois plus tôt, Hope, Mallory et Carmen l’avaient littéralement traqué dans tout le lycée pour lui parler de l’anniversaire d’Addyson. Elles avaient déboulé à la sortie d’un entraînement, surexcitées, déjà en train de préparer des plans dans tous les sens. Et surtout… elles voulaient absolument qu’il en fasse partie. Hope lui avait même lancé avec un immense sourire : — J’imagine même pas sa tête quand elle va comprendre que la surprise… c’est toi ! Carmen avait aussitôt explosé de rire. — Elle va devenir écarlate ! Genre vraiment rouge tomate. Oh non, j’ai trop hâte de voir ça. Mallory ava







