LOGINChapitre 53
Sohan
L'atelier porte encore les stigmates du saccage, malgré les efforts d'Auréna pour en effacer les traces. Les vitrines brisées ont été remplacées par des plaques de verre provisoires, les murs ont été repeints pour masquer l'insulte rouge qui les souillait, et les outils éparpillés ont été ramassés, nettoyés, rangés avec ce soin m&
Chapitre 56AurénaLa boîte en fer blanc est posée sur mes genoux, et je n'arrive pas à l'ouvrir. Mes doigts sont crispés sur le couvercle rouillé, mes ongles grattent machinalement les écailles de peinture qui se détachent, et je reste là, assise sur le tabouret de mon atelier, les yeux fixés sur cet objet que Nolan vient de me remettre, cet objet qui contient ma mère, qui contient son histoire, qui contient peut-être la clé de tout ce que je n'ai jamais compris. Le silence de l'atelier est si profond que j'entends mon propre cœur battre, que j'entends le tic-tac de l'horloge accrochée au mur, que j'entends le froissement du papier quand je me décide enfin à soulever le couvercle.L'intérieur de la boîte sent le vieux papier et la lavande séchée, une odeur douce et mélanco
Chapitre 55NolanLa boîte en fer blanc est posée sur mes genoux depuis des heures, et je n'arrive pas à détacher mon regard de sa surface rouillée, de ses bords écaillés, de ses charnières grinçantes qui menacent de céder à chaque fois que je les ouvre pour vérifier que son contenu est toujours là, intact, préservé. Je suis garé devant l'atelier d'Auréna depuis l'aube, les mains crispées sur le volant, le cœur battant à coups lourds et irréguliers, et je regarde la façade de l'immeuble comme un pèlerin regarde l'entrée d'un sanctuaire, avec une dévotion mêlée de terreur, avec l'espoir et la crainte de celui qui s'apprête à déposer une offrande aux pieds d'une déesse.Elle est arrivée il y a une heure, si
Chapitre 54NolanLa piste m'a conduit jusqu'à une petite ville de province, un endroit perdu entre les collines et les vignes, loin des circuits touristiques et des cartes postales. J'ai roulé toute la nuit, les mains crispées sur le volant, les yeux fixés sur la route qui défilait dans la lueur des phares, et je n'ai pas senti la fatigue, je n'ai pas senti le froid, je n'ai rien senti d'autre que cette détermination qui me brûlait les veines et qui me tenait éveillé. La tante d'Auréna, la sœur aînée de sa mère, disparue depuis plus de vingt ans, rayée des registres familiaux, effacée de toutes les mémoires. Personne ne parlait d'elle, personne ne savait ce qu'elle était devenue, et j'avais remué ciel et terre pendant des semaines pour retrouver sa trace, pour suivre les indices ténus qu'elle avait laiss&e
Chapitre 53SohanL'atelier porte encore les stigmates du saccage, malgré les efforts d'Auréna pour en effacer les traces. Les vitrines brisées ont été remplacées par des plaques de verre provisoires, les murs ont été repeints pour masquer l'insulte rouge qui les souillait, et les outils éparpillés ont été ramassés, nettoyés, rangés avec ce soin méticuleux qu'elle met dans tout ce qu'elle fait. Mais quelque chose demeure, une tension dans l'air, une fragilité dans sa façon de se tenir, une ombre dans son regard qui ne s'efface pas complètement malgré ses efforts pour sourire. Elle est assise devant son établi, les doigts occupés à sertir une pierre sur une bague en or blanc, et elle ne m'a pas entendu entrer, ou elle fait semblant de ne pas m'avoir entendu, absorbée dans ce tr
Chapitre 52AurénaIl est venu ce matin, dès l'aube, comme si le soleil ne pouvait pas se lever sans qu'il ne soit déjà sur le pas de ma porte, à rôder, à attendre, à espérer. Je l'ai vu arriver par la fenêtre de l'atelier, j'ai reconnu sa silhouette massive qui se découpait dans la brume matinale, ses épaules larges, sa démarche déterminée, cette façon qu'il a de traverser la rue comme s'il possédait chaque pavé, chaque immeuble, chaque parcelle de cette ville. Il portait un costume sombre, une chemise blanche, pas de cravate, et ses cheveux étaient encore humides de la pluie fine qui tombait sur Paris depuis l'aube. Il tenait une enveloppe à la main, une enveloppe épaisse, gonflée de papiers, et j'ai tout de suite su ce qu'elle contenait. De l'aide. Sa protection. Son argent. Tout ce que je
Chapitre 51NolanLe bureau de ma mère est une pièce que je connais depuis l'enfance, une pièce où je n'entrais jamais sans frapper, où je ne m'asseyais jamais sans y être invité, où je ne parlais jamais sans avoir pesé chacun de mes mots. Les murs sont tapissés de soie vert pâle, les meubles sont en acajou massif, les rideaux sont en velours épais qui filtrent la lumière du jour et créent une atmosphère de pénombre permanente. Tout ici respire l'ordre, la rigueur, la domination tranquille d'une femme qui a passé sa vie à tout contrôler, à tout manipuler, à tout détruire sur son passage sans jamais en subir les conséquences.Aujourd'hui, je n'ai pas frappé. Aujourd'hui, je ne me suis pas assis. Aujourd'hui, je n'ai pas pesé mes mots.







