Se connecterChapitre 2 — La Dette
La nuit fut longue. Ariana entendit son père faire les cent pas jusqu’à une heure avancée. Le vieux plancher grinçait à chacun de ses déplacements. Elle aurait voulu descendre. Lui demander ce que contenait cette enveloppe noire. L’obliger à lui dire la vérité. Mais quelque chose l’en empêchait. La peur. Au matin, lorsqu’elle entra dans la cuisine, son père était déjà assis à table. Devant lui, une tasse de café devenue froide.
L’enveloppe avait disparu.
– Bonjour.
– Bonjour, ma chérie.
Sa voix était calme.
Trop calme.
Comme s’il jouait un rôle.
Ariana posa son sac sur une chaise.
– Tu n’as presque pas dormi.
– Toi non plus.
– À cause de cette enveloppe.
Il ne répondit pas.
– Papa…
– Ce n’était rien d’important.
– Alors pourquoi tu étais aussi pâle ?
– Tu te fais des idées.
Elle le regarda quelques secondes.Encore un mensonge. Elle en était certaine. Le silence s’installa entre eux jusqu’à ce qu’on frappe à la porte. Deux coups secs. Le père d’Ariana se leva immédiatement. Lorsqu’il ouvrit, un homme en costume se tenait sur le seuil. Il tendit simplement une chemise cartonnée.
– Vous avez reçu plusieurs avertissements. Voici le dernier.
– Je comprends.
– Le délai expire dans trois jours.
Sans attendre de réponse, l’homme repartit.
Ariana s’approcha.
– Qui était-ce ?
Son père referma rapidement la chemise.
– Personne.
– Arrête de dire ça.
– Ce sont des papiers administratifs.
Elle tendit la main.
– Laisse-moi voir.
Il recula d’un pas.
– Non.
Ce simple mot lui fit comprendre que la situation était bien plus grave qu’il ne voulait l’admettre. Quelques minutes plus tard, Ariana partit travailler. Toute la journée, son esprit resta ailleurs. Elle renversa du café. Se trompa dans plusieurs commandes. Même sa collègue finit par remarquer son agitation.
– Tu es certaine que tout va bien ?
– Oui… je suis juste un peu fatiguée.
Mais c’était faux.
Elle pensait à son père.
À cette enveloppe.
À cet homme venu parler d’un délai.
En rentrant chez elle, elle trouva la maison vide.
Sur la table du salon reposait la chemise cartonnée.
Son père avait dû partir précipitamment.
Elle hésita.
Puis l’ouvrit.
Ses yeux parcoururent rapidement les premières lignes.
Des montants.
Des signatures.
Des intérêts.
Des échéances.
Son souffle se coupa.
La somme réclamée dépassait tout ce qu’elle avait pu imaginer.
Même en travaillant toute sa vie, elle ne pourrait jamais réunir un tel montant.
Une feuille glissa du dossier.
Elle la ramassa.
Une phrase était écrite en grosses lettres.
Paiement exigé sous trois jours.
Aucun recours possible.
Les mains d’Ariana commencèrent à trembler.
Comment son père avait-il pu accumuler une dette aussi énorme ?
Au même moment…
À plusieurs kilomètres de là…
Le dernier étage d’une immense tour dominait toute la ville.
Dans un bureau aux immenses baies vitrées, un homme observait l’horizon sans dire un mot.
Son costume noir était parfaitement ajusté.
Sa montre valait plus que certaines maisons.
Pourtant, son regard restait vide.
Quelqu’un frappa à la porte.
– Entrez.
Son bras droit déposa une enveloppe noire sur le bureau.
– Elle est arrivée.
L’homme posa lentement les yeux dessus.
Le sceau rouge.
Le même symbole.
Il resta silencieux plusieurs secondes avant de briser délicatement la cire.
À l’intérieur, une simple carte.
Une date.
Une heure.
Et une phrase.
Cette année, les enchères auront lieu comme prévu.
L’homme referma la carte.
– Préparez la voiture.
– Vous allez y assister ?
Ses yeux gris se levèrent lentement.
– Cette fois… je n’ai pas le droit d’être en retard.
Son assistant inclina la tête avant de quitter la pièce.
Resté seul, l’homme ouvrit le tiroir de son bureau.
Il en sortit une vieille photographie légèrement froissée.
On y voyait un petit garçon tenant la main d’une fillette souriante.
Le temps avait effacé une partie de l’image.
Mais pas son visage.
L’homme caressa doucement la photographie.
– Je vais enfin te retrouver…
Pour la première fois depuis des années, Waylan esquissa un sourire.
A SUIVRE
Chapitre 20Le mot résonna encore dans la salle.Tout. Ariana resta immobile devant son père adoptif. Autour d’eux, le chaos continuait. Des hommes vérifiaient les portes, d’autres fouillaient les couloirs à la recherche de l’inconnu qui venait de disparaître. Pourtant, Ariana n’entendait presque plus rien. Son regard ne quittait pas celui de l’homme qui l’avait élevée. Celui qu’elle avait appelé papa pendant toute sa vie.Celui qui venait de reconnaître qu’il lui avait caché la vérité. Waylan s’approcha lentement.– Que signifie cette photographie ?Le père d’Ariana baissa les yeux.Il semblait avoir vieilli de plusieurs années en quelques secondes.– Ce n’est pas le moment.Ariana serra la photographie entre ses doigts.– Alors quand sera le moment ?L’homme ne répondit pas.– Tu m’as élevée pendant quinze ans. Tu savais qui j’étais. Tu savais qui étaient mes vrais parents. Et maintenant, tu veux encore te taire ?Il ferma les yeux.– Je voulais te protéger.Ariana eut un rire nerveu
Chapitre 19À minuit exactement, l’horloge sonna. Le premier coup résonna dans tout le théâtre, faisant vibrer les murs anciens. Ariana resta immobile au milieu de la scène, incapable de comprendre ce qui venait de se produire. Puis une douleur violente traversa sa tête. Elle porta les mains à ses tempes et ferma les yeux. Une image apparut. Elle était petite. Très petite. Elle portait une robe blanche et se tenait au milieu de ce même théâtre. Tout semblait différent, mais elle reconnaissait chaque détail. Les sièges, les rideaux rouges, les grandes fenêtres et surtout cette immense horloge.Elle vit sa mère. Son père biologique. Et un jeune garçon qui se tenait près d’eux. Waylan. Il était beaucoup plus jeune. Son visage était encore celui d’un adolescent, mais son regard était déjà sérieux. Ariana entendit alors la voix de son père.– Vous ne pouvez pas faire ça.Un homme se tenait devant lui. Ariana ne connaissait pas encore son nom, mais elle reconnut immédiatement la bague noire
Chapitre 18L’horloge au loin indiquait vingt-trois heures trente-sept. Il ne restait que vingt-trois minutes avant minuit. Ariana fixait le message affiché sur le téléphone de Waylan. Le vieux théâtre. Son père. Minuit. Tout semblait lié à cette heure qu’elle ne comprenait toujours pas.– Nous devons y aller.Waylan hocha la tête.– Oui.– Et cette fois, vous me dites tout.Il tourna les yeux vers elle.– Je te le promets.Ariana ne répondit pas.Elle n’était plus certaine de croire aux promesses.Pourtant, quelque chose en elle lui disait que celle-ci était différente.La voiture accéléra.Zyaire conduisait avec une concentration absolue.Blaire était assise à côté d’Ariana.Personne ne parlait.Le silence était seulement interrompu par le bruit du moteur et les vibrations du téléphone de Waylan.Un nouveau message venait d’arriver.« Pas de policiers. Pas d’hommes supplémentaires. Venez seulement avec elle. »Waylan verrouilla son téléphone.Ariana l’observa.– Ils savent que nous
Chapitre 17Ariana resta immobile. Les derniers mots de Kingsley résonnaient dans son esprit. La liste était dans sa mémoire. Elle voulut rire, mais aucun son ne sortit de sa bouche.– Ce n’est pas possible.Kingsley, toujours au sol, esquissa un sourire.– Pourtant, c’est la vérité.Waylan s’approcha immédiatement d’Ariana.– Ne l’écoute pas.– Pourquoi ?– Parce qu’il cherche à te déstabiliser.Kingsley eut un léger rire.– Je n’ai plus besoin de la déstabiliser. Elle commence déjà à se souvenir.Ariana sentit une douleur soudaine traverser sa tête.Elle porta une main à son front.Une image apparut.Une pièce sombre.Une femme agenouillée devant elle.Une boîte métallique.Puis une voix.– Ariana, écoute-moi attentivement.Elle ferma les yeux.La voix devenait plus claire.– Si quelque chose m’arrive, tu dois oublier.Ariana rouvrit brusquement les yeux.Waylan la regardait.– Qu’est-ce que tu as vu ?– Ma mère.– Qu’a-t-elle dit ?Ariana secoua la tête.– Je ne sais pas.Kingsley
Chapitre 16 Ariana n’eut même pas le temps de réfléchir. Blaire lui attrapa la main et l’entraîna dans un couloir étroit. Derrière elles, les bruits de lutte devenaient de plus en plus violents. Ariana entendait la voix de Zyaire. Puis celle de Waylan. Elle voulut se retourner.– Waylan !Blaire resserra sa prise.– Continue de courir !– Je ne peux pas le laisser !– Si tu retournes là-bas, tu seras capturée.– Mais il est avec eux !– Il sait se défendre.Ariana ralentit.– Comment puis-je vous faire confiance ?Blaire s’arrêta.Pendant quelques secondes, les deux femmes se regardèrent.– Tu ne peux pas.– Alors pourquoi m’aider ?Blaire regarda la clé USB qu’Ariana tenait toujours dans sa main.– Parce que ta mère m’a demandé de le faire.Ariana resta figée.– Vous connaissiez ma mère ?Blaire acquiesça.– Très bien.Un bruit de pas retentit derrière elles.Blaire reprit immédiatement sa course.– Je t’expliquerai plus tard.Elles arrivèrent dans une petite pièce.Blaire repoussa
Chapitre 15La voiture fit demi-tour dans un crissement de pneus. Ariana resta silencieuse, les yeux fixés sur la route qui défilait derrière la vitre. Pour la première fois depuis le début de cette nuit interminable, quelque chose venait de changer. Elle n’était plus simplement une jeune femme entraînée malgré elle dans une affaire qui la dépassait. Elle avait un indice. Un souvenir. Et peut-être même une chance de comprendre ce que ses parents avaient essayé de lui laisser. Waylan était assis à côté d’elle. Il ne disait rien. Mais Ariana sentait son regard posé sur elle.– Vous saviez que ma mère avait caché quelque chose ?Waylan resta silencieux quelques secondes.– Je savais qu’elle avait l’habitude de cacher des documents.– Ce n’est pas ce que je vous demande.Il tourna les yeux vers elle.– Non. Je ne savais pas pour cette boîte.– Vous étiez là cette nuit-là.– Oui.– Alors comment pouvez-vous ne pas savoir ?Waylan baissa légèrement la voix.– Parce que cette nuit-là, tout e







