LOGINChapitre 35 – Gabriel se rend au barGabrielLa colère ne m'a pas quitté depuis des jours. Elle est là, tapie dans ma poitrine, brûlante et sourde, prête à éclater au moindre geste. Je ne supporte plus d'attendre, de tourner en rond dans cette maison vide, de regarder Éléonore qui me reproche en silence mon absence, mon indifférence, mon obsession. Je ne supporte plus de savoir Léna loin de moi, libre, souriante, entourée peut-être de cet homme qui la regarde avec des yeux que je connais trop bien.Alors ce soir, je me rends au restaurant où elle travaille. Je me gare de l'autre côté de la rue, je coupe le moteur, je coupe les phares. La nuit est froide, la vitre s'embue de ma respiration. Je reste là, immobile, les yeux fixés sur la porte du petit établissement. Et j'attends.Elle apparaît au bout d'une heure, vêtue d'un simple manteau gris, les cheveux relevés en queue-de-cheval. Elle n'a plus cette élégance sophistiquée que je lui offrais autrefois, mais elle a autre chose, quelque
Chapitre 34 – Les souvenirs brûlantsLénaL'atelier de Nathan est une ancienne imprimerie reconvertie, un vaste espace aux murs de brique rouge, percé de grandes fenêtres par lesquelles entre une lumière crue, presque blanche. Des photographies sont accrochées partout, sur des fils tendus à travers la pièce, sur des panneaux de bois, sur les murs eux-mêmes. Des visages, des rues, des instants saisis au vol. C'est un musée de la vie ordinaire, un sanctuaire dédié aux moments éphémères que personne ne remarque.Je tourne lentement sur moi-même, éblouie. Nathan me regarde avec un sourire amusé, les mains dans les poches, visiblement heureux de me voir découvrir son univers.— Alors ? demande-t-il.— C'est magnifique, dis-je dans un souffl
Chapitre 33 – La propositionLénaLes jours passent, et je m'accroche. Le restaurant où je travaille est un peu moins sordide que le bar, un peu plus calme. Le patron, un homme au visage ridé et au sourire las, me traite avec une rudesse qui cache une bonté bourrue. Les clients sont des ouvriers du quartier, des familles modestes, des retraités qui viennent déjeuner à la même table chaque jour. Je me sens presque invisible, et c'est exactement ce que je recherche.Le soir, je rentre dans mon studio. C'est une pièce unique, au troisième étage d'un immeuble sans ascenseur. Les murs sont nus, le mobilier se résume à un lit, une table, une chaise et une petite cuisine improvisée. Mais c'est chez moi. Mon espace, mon refuge, ma liberté. Personne ne vient m'y déranger, personne ne me demande des comptes, personn
Chapitre 32 – Léna sourit pour la première foisLénaLe fleuve scintille sous le soleil du matin. L'eau coule paisiblement entre les berges, reflétant les façades des immeubles et le bleu pâle du ciel. Les quais sont encore calmes à cette heure, seuls quelques promeneurs matinaux et des cyclistes silencieux profitent de la fraîcheur. Je marche lentement, les mains dans les poches de mon manteau usé, le regard perdu sur l'horizon. À côté de moi, Nathan avance sans parler, respectant mon silence, me laissant respirer.C'est lui qui m'a proposé cette promenade. Il est passé me chercher ce matin, avec un sourire doux et deux cafés chauds. J'ai hésité, comme toujours. Puis j'ai accepté. Parce que je ne voulais pas rester seule entre les murs de mon studio, à tourner en rond, à penser à Gabriel, à sa voiture sombre qui rôde parfois dans ma rue. J'avais besoin d'air, de lumière, de beauté. J'avais besoin de me rappeler que le monde ne se résume pas à ma douleur.— Tu souris, dit soudain Nath
Chapitre 31 – L'appel muetGabrielJe n'ai pas dormi. La nuit s'est étirée, interminable, peuplée de pensées sombres et de scénarios impossibles. Au matin, je me suis traîné jusqu'à mon bureau, les yeux brûlants, la bouche amère. Les dossiers se sont accumulés, les contrats attendent, les associés s'impatientent. Mais je n'arrive pas à me concentrer. Tout me ramène à elle, à son absence, à cette demande de divorce qui pèse sur moi comme une épée de Damoclès.Je m'assois dans le fauteuil de cuir, je pose mon téléphone devant moi, je le fixe. Je n'ai qu'une envie : l'appeler, entendre sa voix, lui parler, la convaincre. Mais je sais qu'elle ne répondra pas. Elle ne répond jamais. Elle a dressé un mur entre nous, un mur infranchissable, et je me heurte à son silence comme à une porte close.Je prends le téléphone, je compose son numéro, presque malgré moi. Les sonneries s'égrènent, longues, interminables. Elle ne décroche pas. Je le savais, et pourtant je l'appelle encore, comme si l'esp
Chapitre 30 – L'absence qui pèseGabrielLa maison est silencieuse, comme toujours désormais. Je me tiens sur le seuil de la chambre que je partageais avec Léna, incapable d'entrer, incapable de m'en éloigner. Cette pièce est devenue un sanctuaire, un mausolée où flotte encore son parfum, où chaque objet me rappelle son absence. La coiffeuse est vide, les bijoux ont disparu, les tiroirs sont à moitié ouverts, comme si elle venait de partir en emportant l'essentiel et en abandonnant le reste. Le reste, c'est moi. Je suis le reste.Je fais un pas à l'intérieur. Le parquet craque sous mes chaussures, un bruit sec qui résonne dans le silence. Le lit est défait, les draps froissés par nos derniers corps, les oreillers gardent l'empreinte de sa tête. Je m'assois sur le bord du matelas, je tends la main, je caresse l'étoffe. C'est froid. Tout est froid.Pourquoi est-elle partie ? Pourquoi a-t-elle refusé ce que je lui offrais ? Tout ce que je demandais, c'était de partager. Partager mon cœur







