เข้าสู่ระบบLIVIALa voiture glisse dans la pénombre naissante, transformant la ville en un fleuve d’ombres et de lumières tremblantes. Chaque cahot sur la chaussée résonne dans mes os, éveillant une nouvelle plainte dans la carte de mes douleurs. Je suis un seul être de souffrance, aiguisé, vibrant.Mais au cœur de ce corps meurtri, quelque chose veille. Une veilleuse froide. Comme un morceau de verre tranchant au milieu de la braise.Je regarde ses mains sur le volant. Des mains qui ont tenu le bâton. Des mains qui ont infligé, guidé, corrigé par la violence. Des mains qui ont posé une paume tendre sur ma joue en sueur. Je ne comprends plus la frontière entre le bourreau et le maître. Peut-être n’y en a-t-il pas.— La douleur est un langage, dit-il soudain, sans détourner les yeux de la route. Un alphabet primitif. Aujourd’hui, tu as appris tes premières lettres.— Je n’ai appris qu’à recevoir.— C’est la première leçon. La seule véritablement indispensable. Savoir recevoir sans se briser. Tout
LIVIAUn coup bas, rapide comme un serpent, frappe le côté de ma cuisse, là où un bleu est déjà formé. La douleur explose, blanche, aveuglante. Un cri s’échappe de mes lèvres, un son animal que je ne me connaissais pas.— Ton désir ! rugit-il, sans pitié.— De tenir ! De te tenir en respect ! je hurle, la douleur transformée en une colère soudaine, fulgurante.Je cesse de reculer. Je marche sur lui, élevant mon bâton non plus pour parer, mais pour frapper. Je lance un coup, maladroit, trop large. Il l’esquive sans effort et son bâton vient frapper l’autre côté de mes côtes. Le souffle coupé, je plie en deux, voyant des étoiles.— Mieux. Mais tu frappes avec ta colère, pas avec ton intention. La colère est désordre. L’intention est précision. Recommence.La leçon dure une éternité. Un cycle infini de douleur, de coups portés et reçus, d’esquives maladroites, de chutes sur le béton froid qui écorche mes genoux, mes paumes. Il est un enseignant impitoyable. Il ne me félicite pas pour un
LIVIALa voiture ne rentre pas directement à la tour. Elle s’enfonce dans les entrailles de la ville, quittant les artères lisses pour des veines plus sombres, plus étroites. Le silence entre nous n’est plus celui de la performance, mais celui de la concentration qui suit. Une énergie différente émane de lui, plus brute, moins calculée pour une scène extérieure.Il se gare devant un entrepôt anonyme, une boîte de béton et d’acier rouillé perdue entre deux friches industrielles. L’air sent l’huile chaude, le métal froid et une vague odeur de fleuve stagnant.— Où sommes-nous ? demandé-je, ma voix me paraissant trop claire, trop légère pour ce lieu.— Mon gymnase, dit-il simplement en coupant le moteur.Il ne s’agit pas d’une salle de sport aux miroirs et aux néons. L’intérieur de l’entrepôt est un vaste espace nu, éclairé par la lumière crue de lampes à sodium suspendues. Le sol est du béton brut. Sur les murs, pas d’équipements chromés, mais des cibles, des sacs lourds pendus à des ch
LIVIALe ballet des serveurs commence. Des plats minuscules, des œuvres d’art éphémères posées sur de la porcelaine fine. Cassian et Crain parlent. Des cargaisons, des dates, des pourcentages. Un langage de chiffres et de menaces voilées. Je reste silencieuse, goûtant à chaque plat avec une lenteur mesurée, buvant une gorgée d’eau à température exacte. Chaque geste est contrôlé, délibéré. Je sens le regard de Crain revenir vers moi, encore et encore. Une mouche sous un microscope de velours.— Et vous, Livia, demande-t-il soudain, interrompant une discussion sur les tarifs douaniers, que pensez-vous de la valeur d’une chose qui traverse une frontière ? Sa valeur augmente-t-elle, simplement parce qu’elle a été jugée digne de passer ?C’est une question piège. Philosophique en apparence, lourde de sous-entendus. Cassian ne bronche pas, il observe. C’est mon test.Je pose ma fourchette, délicatement. Je lève les yeux vers lui.— Je pense que la valeur, monsieur Crain, n’est pas dans le p
LIVIALa salle de bain est encore emplie de vapeur, l’air chargé de son savon, de son essence. Je fais couler l’eau du bain, brûlante, et j’y ajoute une poignée de sels. Je m’y enfonce avec un gémissement, à moitié de douleur, à moitié de soulagement. L’eau enveloppe les courbatures, les adoucit sans les effacer.Je n’essaie pas de laver son odeur. Je m’y abandonne. Elle fait partie du tableau maintenant. Une note de base dans mon nouveau parfum : cendres, sel et vérité crue.Quand je ressors, enveloppée dans un peignoir, il est déjà habillé. Pantalon noir, chemise immaculée qu’il boutonne méthodiquement. Il est redevenu le Maître. L’homme de la forge. Seuls ses cheveux, encore légèrement humides, et le regard qu’il pose sur moi trahissent la proximité des heures passées.Il m’observe tandis que je m’habille, choisissant des vêtements amples, doux. Son silence est attentif. Pesant.— Tu as faim ? demande-t-il enfin, en ajustant ses manchettes.Je fais non de la tête. Mon estomac est u
LIVIAJe me réveille avant l’aube. La conscience revient par vagues, lourde et précise. D’abord la chaleur du corps contre mon dos, un bras pesant posé en travers de ma taille, une main ouverte à plat sur mon ventre. Puis la douleur. Sourde, diffuse, elle habite chaque muscle, chaque jointure, et se fait plus aiguë à certains endroits – les hanches, le bas du dos, l’intérieur des cuisses. Ce n’est pas une plainte, c’est un rappel. Une carte corporelle de la nuit.Son souffle est régulier contre ma nuque. Calme. Maître de lui, même dans le sommeil.Je ne bouge pas. Je reste immobile, à écouter battre son cœur contre mon épaule, à sentir la pression de sa paume. Une intimité volée, dans la pénombre bleutée qui précède le jour. Ce n’est pas tendre. C’est possessif. Même endormi, il marque son territoire.La mémoire me frappe, non pas en images, mais en sensations rejouées : la pression entre mes omoplates, le contact de la vitre froide contre ma joue brûlante, le reflet déformé de nos co







