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Un Noël parfait
Un Noël parfait
ผู้แต่ง: Darkness

Chapitre 1 : Le retour 1

ผู้เขียน: Darkness
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2025-12-03 22:13:53

Élise

La maison sent la cire et le vide. Je pousse la porte, une bouffée d’air froid entre avec nous, dérangeant la poussière qui danse dans la lumière d’hiver. Noé se serre contre ma jambe, son petit sac à dos sur les épaules, les yeux grands ouverts. Il observe tout : le vestibule sombre, l’escalier qui monte vers l’inconnu, le manteau de ma mère encore accroché à la patère.

— C’est grand, murmure-t-il.

Sa voix résonne, fragile. Je pose une main sur sa tête, mes doigts s’attardant dans ses cheveux si fins, si blonds. Comme les siens. Toujours cette pensée, lancinante. Elle revient à chaque battement de cœur, à chaque fois que je regarde mon fils.

Je dépose les valises sur le carrelage froid. Le silence ici est différent de celui de la ville. Il est épais, chargé, comme si les murs retenaient leur souffle. Ma mère est partie depuis six mois, et personne n’a dérangé l’ordre qu’elle aimait tant. Les napperons sont bien droits sous les vases, le calendrier des postes est encore ouvert à juillet. Un été figé. Je ferme les yeux, je respire. L’odeur du nettoyant, son parfum à elle, le lilas. Une boule se forme dans ma gorge.

Noé s’éloigne de moi, attiré par le salon. Je le suis. La pièce est plongée dans une pénombre bleutée par la neige qui tombe derrière la baie vitrée. Des meubles lourds, des souvenirs sous verre. Et, sur le manteau de la cheminée, les photos. Des rangées de cadres dorés. Ma communion. Mon diplôme. Et lui. Jonas. La photo est petite, prise en secret peut-être, il rit, les yeux plissés, une mèche sombre sur le front. Je l’avais oubliée ici. Ou peut-être que ma mère l’avait sortie après mon départ, une manière silencieuse de me questionner.

Je saisis le cadre, le retourne brutalement. Le bois heurte le marbre. Le bruit est sec, violent. Noé sursaute, se retourne.

— Qu’est-ce que c’était ?

— Rien, mon cœur. Une photo qui est tombée.

Il me regarde, un peu méfiant. Ses yeux, d’un gris-vert changeant, scrutent mon visage. Parfois, avec ce regard, j’ai l’impression qu’il voit au-delà des mots. Qu’il sait, sans savoir. Je détourne les yeux, honteuse soudain.

— Allons faire du feu, veux-tu ? Il fait un froid de loup.

Le marché de Noël est une bulle de lumière et de bruit dans la nuit glaciale. Des stands de bois, des odeurs de vin chaud, de cannelle et de sapin. Noé est hypnotisé par les lumignons, par la grande roue qui tourne lentement dans le ciel noir, éparpillant des éclats de couleurs sur la neige fraîche. Je lui tiens la main très fort. La foule me submerge. Trop de rires, trop de gens pressés les uns contre les autres dans leur quête de joie.

Je l’emmène vers le stand de figurines en bois. Il choisit un renne, le tourne et le retourne dans ses mains avec une gravité touchante. C’est alors que je lève les yeux pour vérifier l’heure au clocher de l’église.

Et le temps s’arrête.

À quelques mètres, près du stand de vin chaud, un homme se retourne. Un profil que je connais par cœur. La ligne de la mâchoire, la nuque sous la laine du bonnet. Il porte une parka sombre, les mains enfoncées dans les poches. Il rit à quelque chose que dit son compagnon.

Jonas.

Le souffle me quitte. Le bruit ambiant s’éteint, remplacé par un bourdonnement sourd dans mes oreilles. Mon cœur cogne si fort que j’ai peur qu’il l’entende. Je devrais partir. Tourner les talons, entraîner Noé, disparaître dans la foule. Mais je suis clouée sur place, une statue de glace.

Comme si je l’avais appelé, il tourne la tête. Son regard balaie la foule, passe sur moi, puis revient. S’accroche. Les pupilles se dilatent. La surprise, puis l’incrédulité, puis quelque chose de plus profond, de plus ancien, qui traverse les années d’un seul coup. Un éclair de douleur, de colère, de… reconnaissance.

Il ne sourit pas. Il ne bouge pas. Il me regarde. Et je le regarde. Le monde se réduit à cet espace de quelques mètres, à ce fil tendu à se rompre qui nous relie encore.

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