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Chapitre 4 : Urgence à huis clos

Author: Joana Quessam
last update publish date: 2026-06-13 08:24:31

— Je vous remercie, monsieur McDonald.

— Appelez-moi Collin.

Darline hocha la tête, puis reprit, un peu plus assurée :

— J'ai également pensé à un cadeau mystère par invité. À chaque convive, nous pourrions attribuer un numéro. Ainsi, chaque convive aurait un numéro mystère correspondant à quelqu'un invité à la soirée. Le but est de déposer son présent au pied du sapin ou sur l'une des branches du sapin à son arrivée. Rien de coûteux : juste quelque chose de symbolique, un clin d'œil à l'esprit de Noël. Si cela ne vous séduit pas, j'ai aussi pensé à des enchères silencieuses au profit d'une association ou d'une fondation...

Elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase.

Son téléphone, qu'elle croyait éteint, se mit à sonner et à vibrer dans son sac. Sous le regard déjà légèrement impatient de Collin, elle le sortit pour vérifier l'appel entrant.

C'était un appel de Cassey, à part une urgence. Sa sœur était au courant de l'importance de cet entretien et aurait préféré ne pas la déranger pour une broutille. Alors, elle pensa tout de suite à Matthew.

— Veuillez m'excuser, dit-elle en se levant. Je dois prendre cet appel, il est urgent.

Elle lissa rapidement sa jupe, s'éloigna de quelques pas et décrocha. Elle était dos au salon, mais elle pouvait sentir leurs regards à tous les deux sur elle.

— Cassey, qu'est-ce qu'il se passe ? Je suis en rendez-vous, tu as oublié.

— Je suis désolée, mais c'est une urgence.

— Il est arrivé quelque chose à Matthew ?

— Non, rassure-toi, il va bien. Mais l'école essaie de te joindre depuis huit heures ce matin.

— Le réseau est un peu compliqué. Je n'ai pas entendu mon téléphone sonner.

Darline sentit son cœur s'emballer.

— Pourquoi ?

Une institutrice a été hospitalisée pour de fortes douleurs gastriques. Après vérification, le problème viendrait du réservoir d'eau de l'école. Par mesure de précaution, l'établissement ferme immédiatement. Tous les parents doivent récupérer leurs enfants dans l'heure.

— Mince... souffla Darline. Je suis toujours à Long Island. Tu pourrais aller le chercher pour moi ?

— Je ne peux pas, répondit Cassey, désolée. Je suis en route pour l'aéroport. Je dois partir à Chicago pour signer un contrat important.

— D'accord... Je vais me débrouiller. Je vais appeler l'école.

— Termine ton rendez-vous, reprit Cassey. Je les préviens que tu auras un peu de retard.

— Tu es un amour, Cassey. Merci.

Elle raccrocha, inspira profondément, puis revint s'asseoir en faisant de son mieux pour conserver son calme.

— Un problème, Darline ? demanda Mathilda d'une voix douce. Vous semblez inquiète.

Rien n'échappait à son regard.

— Une urgence concernant mon fils, répondit Darline avec honnêteté.

— Votre fils... Ce n'est rien de grave, j'espère ?

— Non, la rassura-t-elle aussitôt. Mais son école ferme en urgence à cause d'un problème sanitaire, et je dois aller le récupérer dans l'heure.

Le silence qui suivit fut bref... mais chargé.

— Je suis vraiment confuse, reprit Darline en se levant, mais je dois y aller.

— Ne vous excusez pas, répondit Mathilda avec douceur. Envoyez-moi par mail toutes les idées supplémentaires que vous aurez. Et surtout, développez davantage ce concept d'échange de cadeaux mystère : j'aime beaucoup, ainsi que celui des enchères silencieuses.

— Pourrions-nous fixer un autre rendez-vous ? demanda Darline. Je vais vous présenter une planche d'inspiration pour que vous puissiez mieux visualiser l'atmosphère et le décor.

— Bien sûr, acquiesça Mathilda, avant de se tourner vers son fils. Collin, tu feras parvenir à Darline la liste des employés, ainsi que celle des invités et des collaborateurs.

— Certainement, répondit-il.

Puis, relevant les yeux vers Darline :

— Comment comptez-vous vous rendre à New York ? la questionna-t-il.

— Je pensais appeler un taxi, répondit-elle simplement.

Il la détailla comme si elle venait de prononcer une absurdité.

Darline soutint son regard sans ciller. Tout le monde n'avait pas le luxe d'avoir un chauffeur à disposition. Elle n'était pas une McDonald.

Mathilda intervint aussitôt :

— Collin, pourrais-tu accompagner Darline à New York ?

Elle marqua une pause, appuyant ses mots. Quelque chose dans sa voix lui disait que Mathilda avait l'habitude de manipuler les mots pour atteindre ses objectifs.

— Je suis certaine que tu comprends que la situation est urgente. Il s'agit du bien-être du petit...

— Matthew... C'est bien ainsi qu'il s'appelle ? demanda Collin, sans quitter Darline des yeux.

— Oui, tout à fait, répondit-elle.

Collin baissa un instant les yeux vers l'écran de son téléphone, qu'il consultait depuis quelques secondes, puis le verrouilla avant de se lever.

— Je peux vous raccompagner, si cela ne vous dérange pas, dit-il finalement.

— Non, pas du tout. Je vous en suis reconnaissante. Madame McDonald, merci d'avoir pris le temps de me recevoir.

À l'intérieur, pourtant, Darline grimaça.

— Génial. Me voilà prise au piège dans l'habitacle d'une voiture. Parce qu'en plus d'être insupportable, cet homme est aussi beau que... virulent, et je n'ai absolument pas le choix.

Au revoir, aisance et apaisement. Bonjour, silence déplaisant et regards fuyants. Comme si elle avait besoin de ça, en prime.

Ils avaient quitté le manoir depuis une dizaine de minutes à peine. Pourtant, ces dix minutes avaient paru interminables à Darline. Un silence lourd et tendu s'était installé dans l'habitacle.

Elle n'était pourtant pas d'un naturel réservé, bien au contraire. Mais enfermée dans la voiture, à côté de Collin McDonald, elle préférait jouer la carte de la prudence. Leur rencontre avait été quelque peu troublante, et si le silence n'était pas pesant, il était chargé de cette aura magnétique qui émanait de lui... ou peut-être était-ce simplement la façon dont il conduisait, calme et maîtrisée.

Darline avait toujours été sociable. Cette facilité à aller vers les autres lui avait souvent permis de susciter la sympathie, malgré une vie qui ne l'avait pas épargnée.

Après la mort de son mari, Samuel, qui avait lutté avec acharnement contre la leucémie, elle avait sombré pendant de longs mois. Puis, grâce au soutien indéfectible de ses proches, elle avait fini par se relever. Lentement. Difficilement. Mais elle s'était relevée.

Aujourd'hui encore, elle ressentait une profonde fierté pour le chemin qu'elle avait accompli.

Elle regardait la chaussée avec concentration, comme si le bitume pouvait lui fournir des éclaircissements sur les nombreuses interrogations qui assaillaient son esprit. Par moments, elle s'autorisait un coup d'œil discret vers le conducteur. Une pensée fugace lui traversa l'esprit : il serait peut-être temps de renouveler son permis... et d'acheter une voiture. Matthew ne resterait pas un enfant éternellement. Bientôt, il aurait d'autres activités, d'autres besoins, qui exigeraient une liberté de mouvement plus directe.

New York était une grande ville et, même si les transports ne manquaient pas, gagner en indépendance ne serait pas un luxe.

— Vous êtes bien silencieuse, mademoiselle Sullivan, remarqua-t-il finalement.

— Appelez-moi Darline.

— Dans ce cas, répondit-il en esquissant un léger sourire, Darline... Pourquoi êtes-vous aussi silencieuse ?

Elle fronça légèrement les sourcils.

— Vous êtes tout aussi silencieux que moi, Collin. Ou devrais-je dire « Monsieur McDonald » ? souffla-t-elle, avec un sourire dans la voix.

Il laissa échapper un souffle qui ressemblait presque à un rire.

— Je déteste qu'on m'appelle « monsieur McDonald », admit-il. Je réserve ce nom aux soirées pompeuses où il faut sourire pendant des heures.

Darline laissa échapper un petit rire.

— Je n'ai besoin d'aucune preuve, répondit-elle. Je vous crois sur parole.

Puis, après une seconde d'hésitation, elle se lança enfin. Il était peut-être temps de briser la glace.

— Le magazine Forbes vous a classé parmi les douze célibataires les plus en vue de New York. Comment le dirigeant d'une application de rencontre peut-il être célibataire ?

— Disons que ce célibataire se suffit à lui-même, répondit-il calmement.

— Dois-je comprendre que vous avez renoncé à l'amour ?

Il ajusta légèrement sa position sur le siège. Sa mâchoire se crispa à peine.

Darline comprit aussitôt qu'elle avait peut-être franchi une limite.

— Je suis désolée, ajouta-t-elle rapidement. Je ne voulais pas vous importuner. Je suis simplement un peu curieuse.

— Ce n'est rien, répondit-il après un court silence. Après mon divorce, il y a quatre ans, je n'ai pas voulu me remettre en couple. Entre le lancement de l'application et mon travail à Wall Street, ce n'était pas vraiment compatible avec une relation... encore moins avec des enfants. Alors je me suis consacré au travail. Jusqu'à aujourd'hui.

Quatre ans.

La rumeur disait donc vrai. L'article de Forbes qu'elle avait acheté la semaine précédente décrivait Collin McDonald comme l'un des hommes les plus charismatiques et les plus en vue de sa génération. Mais en ce qui concernait sa vie privée, c'était le désert. Discret à l'extrême, presque absent. Un véritable ours en hibernation.

— Et vous ? demanda-t-il à son tour. Parlez-moi un peu de vous, Darline.

— Il n'y a pas grand-chose à dire, répondit-elle d'une voix douce. Il y a cinq ans, mon mari est décédé d'une leucémie. Matthew était très jeune. Perdre son père à cet âge... ce n'est pas simple. J'ai donc fait l'impasse sur les relations amoureuses. Je n'étais pas prête à recommencer. Travailler et être mère sont déjà assez complexes à gérer lorsqu'on est seule.

— Et pourtant, vous avez tout de même eu l'idée de vous lancer dans l'événementiel, remarqua-t-il. Pourquoi ?

— Parce que ce n'est pas qu'un simple travail pour moi, répondit-elle. J'ai toujours été la plus organisée de ma famille. Et, malgré les difficultés, j'éprouve un réel plaisir à créer, à rassembler et à orchestrer des moments importants. J'ai choisi de transformer cette passion en carrière.

Alors que la Porsche filait sur le pont de Queensboro en direction de Manhattan, elle osa aborder le sujet qui l'intriguait depuis le début.

— D'où vous est venue l'idée de créer Wall-Dating ?

— J'ai souvent lu ou entendu dire que rencontrer de nouvelles personnes devient plus ardu à mesure que l'on vieillit. Mais c'est seulement après mon divorce que j'ai véritablement pris conscience du fossé qui existe entre les jeunes... et ceux qui ont déjà vécu, aimé et perdu. J'ai voulu créer une application pour les personnes avec un passif, une histoire, des cicatrices. Une seconde chance.

— Je comprends, murmura-t-elle.

Elle hésita, puis relança :

— Vous disiez tout à l'heure ne pas être très porté sur les fêtes de Noël... Pourtant, c'est souvent une période de retrouvailles familiales.

— Je ne suis pas très famille. Ni Noël. Ni tout ce folklore, répondit-il simplement.

Les dernières minutes furent avalées par le silence de l'habitacle et le brouhaha de la circulation. À plusieurs reprises, Darline songea qu'il avait déjà fait preuve d'un certain fair-play en répondant à ses questions. Peut-être avait-elle trop tiré sur le fil.

Ne souhaitant pas remuer le couteau dans une plaie qu'elle ne connaissait pas, elle préféra se taire.

Le silence était d'or. Et, en l'occurrence, sa meilleure prudence.

Il s'arrêta à un feu rouge, juste avant l'entrée du pont de Brooklyn. Dans quelques minutes, ils seraient arrivés. Et ce trajet, étrangement long malgré la distance, toucherait à sa fin.

— Envisagez-vous de vous inscrire un jour sur l'application ?

La question la surprit. Elle hésita. La voiture redémarra doucement et Darline chercha ses mots. C'était bien plus personnel qu'elle ne l'aurait cru.

Devait-elle y voir un intérêt ?

Non. Impossible.

Comment le sixième célibataire le plus convoité et le plus riche de New York pourrait-il s'intéresser à une femme comme elle ? Elle n'avait ni les longues jambes des mannequins qu'il fréquentait sans doute ni une vie simple. Elle était mère. Et jamais elle ne ferait passer un homme avant le bien-être de son fils.

— Vous pouvez me déposer au coin de la rue, juste après le panneau stop, dit-elle finalement.

Puis, rassemblant son courage, elle se lança. Une proposition audacieuse. Peut-être imprudente... mais capable de les faire sortir, tous les deux, de leur zone de confort.

— J'en ai entendu beaucoup de bien, admit-elle. Eh oui... j'y ai déjà pensé.

— Qu'est-ce qui vous empêche de sauter le pas ?

— Je m'inscris... si vous le faites aussi.

Elle marqua une pause, puis ajouta posément :

— Avec un pseudonyme. Personne ne connaîtra votre véritable identité.

Il se gara sur le bas-côté et tourna lentement la tête vers elle. Un sourire en coin étira ses lèvres. Un sourire de défi, presque joueur.

— Vous êtes dure en affaires, Darline.

— Je vais y réfléchir, répondit-il après un court instant.

— Dans ce cas, dit-elle en ouvrant la portière, je vous dis à bientôt sur la toile, Collin.

Elle sortit de la voiture aussi vite que possible.

— Je n'ai pas dit oui, lança-t-il derrière elle.

— À bientôt, répondit-elle simplement, avant de jeter un dernier regard par la fenêtre.

Puis elle franchit le portail de l'école de son fils.

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