INICIAR SESIÓNPOV : Nikolai
Je retire ma main avant que nos doigts ne se touchent réellement, cette même discipline qui a gouverné chacune de mes décisions depuis l'enfance reprenant le dessus au moment précis où j'étais sur le point de la perdre entièrement. Ce simple geste, aussi minime soit-il, me coûte un effort que je peine à totalement m'expliquer, comme si chaque fibre de mon c
POV : NikolaiSergueï m'attend dans le petit salon, celui que je réserve d'ordinaire aux visiteurs que je ne veux pas recevoir dans mon bureau. Il est debout, immobile devant la fenêtre, les mains croisées dans le dos, une posture qu'il a toujours eue, celle d'un homme habitué à attendre sans jamais montrer que l'attente lui pèse. Il porte encore son manteau, comme s'il n'était pas certain qu'on le laisserait rester assez longtemps pour l'enlever.Il se retourne quand j'entre. Son regard tombe immédiatement sur ma chemise, sur le sang séché que je n'ai pas pris le temps de faire disparaître, et quelque chose passe sur son visage que je ne lui connais pas: une forme de honte, peut-être, ou de peur, difficile à distinguer chez un homme qui m'a appris, il y a près de vingt ans, à
POV : AlimaLe silence, après les coups de feu, est une chose que je n'avais jamais vraiment connue avant ce soir.Pas le silence paisible des nuits ordinaires, celui qui berce, mais un silence tendu comme une corde, qui vibre encore de tout ce qu'il vient de contenir. Grigori est devant moi, arme levée vers la porte, son corps formant un mur entre moi et le couloir. Je suis assise par terre, dos contre le lit, les genoux remontés contre ma poitrine, et je compte. C'est la seule chose qui m'empêche de céder — compter les secondes, comme si le chiffre pouvait me dire quand tout cela finirait.— Combien de temps, je demande, la voix plus ferme que je ne l'aurais cru possible.— Aussi longtemps qu'il faudra, répond Grigori sans se retour
POV : NikolaiLe coup de feu déchire la nuit avant même que j'aie fini ma phrase.Je la sens se figer contre moi, son souffle suspendu, et pendant une fraction de seconde absurde, je regrette presque de ne pas avoir eu le temps de finir ce que j'allais dire. Puis l'instinct reprend ses droits, plus vieux que tout le reste, plus fiable que n'importe quel mot.— À terre.Je ne crie pas. Je n'ai jamais eu besoin de crier pour être obéi, et ce soir moins que jamais. Je la plaque contre le mur, mon corps entre elle et la fenêtre, et déjà mon téléphone est dans ma main, déjà Timur répond avant la première sonnerie.— Combien.
POV : Alima— Qu'est-ce que c'est, demande Nikolai, sa voix déjà tendue avant même d'avoir vu l'écran, comme si vingt ans d'instinct lui suffisaient à sentir, dans le simple changement de mon expression, que quelque chose venait de basculer.Je lui tends le téléphone sans un mot, incapable de formuler autre chose que ce simple geste. Il lit le message, sa mâchoire se serrant instantanément, et je le vois basculer, en une fraction de seconde, de l'homme vulnérable qui venait de me tenir la main à celui que je connais depuis le premier jour, calculateur, froid, absolument concentré sur la menace.— Timur, appelle-t-il, sans même quitter l'écran des yeux. Retrace ce numéro. Maintenant.
POV : AlimaIl commence à parler avant même que la voiture n'ait quitté la rue de Sonia, sa voix étrangement posée, comme s'il avait besoin de ce calme artificiel pour traverser tout ce qu'il s'apprête à me raconter sans que sa propre gorge ne se serre. Dehors, la neige a cessé, laissant place à un ciel dégagé, presque trop clair pour une nuit moscovite, comme si même le temps avait décidé de nous accorder un répit.— Le document que détenait Konstantin, dit-il, celui de 1991. Il concernait le domaine Rjevski. Une clause prouvant que la famille qui le détient actuellement l'a acquis de façon frauduleuse.— Le domaine que Sergueï a perdu, dis-je, me souvenant de cette conversation dans le
POV : AlimaJe n'avais pas prévu de rester aussi longtemps chez Sonia, mais entre son insistance à vouloir tout savoir dans les moindres détails et ma propre réticence à rentrer seule dans une maison où je savais Nikolai absent, les heures ont filé plus vite que je ne l'aurais cru possible. J'avais quitté la maison presque sur un coup de tête, incapable de supporter davantage cette attente passive pendant que Nikolai affrontait, seul, une menace dont je ne connaissais encore que des fragments.— Tu es sûre que tu ne devrais pas être avec des gardes du corps en permanence, dit Sonia, pour la troisième fois au moins depuis mon arrivée, ses mains enroulées autour d'une tasse de thé qu'elle n'a pas touchée depuis vingt minutes.







