LOGINLe dimanche, chez Judith, commença par un coup de téléphone — et Élise sut immédiatement que ce n'était pas un appel ordinaire, parce que Judith, en voyant l'écran, fit une chose qu'Élise ne lui avait jamais vue en vingt ans : elle posa son économe, s'essuya les mains, éteignit le feu sous la casserole, et lissa son chemisier avant de d&eacu
Le serveur vint débarrasser et demanda s'il désirait autre chose. Adrien répondit non sans lever les yeux, et resta assis devant les deux cafés — le sien, froid, et celui d'Élise, à moitié bu, avec la trace de son rouge à lèvres sur la porcelaine.Deux billets sur la nappe. Elle avait payé son couvert. Sept ans qu'il réglait tout, jusqu'à ses vitamines, et elle venait de laisser deux billets pliés à côté de son assiette comme on solde une note d'hôtel. Il regarda l'argent un long moment sans y toucher, et quelque chose en lui remuait, une gêne diffuse dont il ne trouvait pas la case.Il ne comprenait p
Il reprit la main au dessert — et elle sentit très bien le moment où il la reprit : le repentant se retirait, l'homme d'affaires remontait en selle, on passait au véritable ordre du jour.— Puisqu'on en est aux questions désagréables, dit-il, j'en ai une aussi. Tu vas mieux ?— Je vais très bien.— Tu es tombée dans ma salle à manger, Élise. Sans un mot, d'un bloc, le stylo à la main. Tu ne t'es pas vue — moi si. — Sa voix descendit d'un ton, et pour la première fois du repas, quelque chose y sonna juste, désagréablement juste.
Il se leva quand elle arriva à la table. Ce détail-là, à lui seul, aurait dû l'alerter : Adrien ne se levait plus pour elle depuis des années.
Le mardi commença par une bataille de boutons.Sept heures dix, chambre du fond : la jupe droite du tailleur gris refusa de fermer. Pas de beaucoup — un demi-centimètre, une largeur de mauvaise foi — mais Élise resta un moment devant le miroir, la main sur le bouton récalcitrant, partagée entre la panique et un fou rire naissant. Dix-huit semaines. Le secret prenait ses aises. Elle régla l'affaire en diplomate : un élastique de bureau passé dans la boutonnière, replié sur le bouton — le vieux truc que sa mère utilisait, disait la légende familiale, du temps où elle était enceinte d'Élise et soutenait sa thèse — et un blazer long par-dessus, boutonné juste ce qu'il faut. Le miroir v
Le message arriva le vendredi à dix-neuf heures huit, pendant qu'Élise aidait sa mère à équeuter des haricots verts.Elle sentit la vibration, regarda l'écran, et son visage dut faire quelque chose, car sa mère, sans lever les yeux de sa passoire, déclara : « Les haricots peuvent attendre, eux. » Élise monta dans la chambre du fond, s'assit au bureau d'étudiante, et lut.« J'espère que tu te reposes et que tu vas mieux. J'aimerais qu'on se parle — pas des papiers. Un dîner, où tu veux, quand tu veux. Il y a des choses que je devrais te dire. »
La convocation tomba un jeudi : « La Maison. Dix-huit heures. Seul. » Trois mots de son père, sans formule, sans question — Hubert convoquait comme il avait toujours convoqué, et Adrien, quarante ans bientôt, se surprit à desserrer sa cravate dans la voiture comme un collégien devant le bureau du proviseur.On le reçut dans le bureau du premier — pas le salon, pas la terrasse : le bureau, la pièce des règlements de comptes — et la première chose qu'Adrien vit en entrant, avant son père, fut la lumière. On avait tiré les rideaux à demi. Hubert Chevalier-Dumas, l'homme qui exigeait les pièces « claires comme des bilans &raq







