LOGINJudith la retint sur le palier, dimanche matin, avec un tupperware de pâtes dans les bras — car les
La photo avait laissé un rectangle clair sur le mur.Gabriel le regardait depuis dix minutes debout dans son entrée, les clés encore à la main, son manteau pas encore enlevé. Un rectangle de peinture légèrement moins passée que le reste — la trace exacte d'un cadre qu'on a enlevé trop tard.Il suspendit son manteau, posa les clés, alla dans la cuisine faire du café.La console de l'entrée était vide maintenant. Il y avait mis à la place un petit cactus qu'il avait acheté sans y pense
Il était déjà là quand elle arriva.Même table que la première fois — pas la sienne, celle du milieu, celle d'où on voyait la porte et le port en même temps. Il se leva quand elle entra, ce qu'elle nota sans commentaire, et le patron les installa avec l'expression de quelqu'un qui commence à avoir ses habitudes.— Vous avez failli ne pas venir, dit-il.— Je suis à l'heure.— Vous avez hésité devant la porte. J'ai vu depuis la fenêtre.
Elle prit trois jours.Pas d'hésitation — de méthode. Elle avait appris ça en neuf ans de gestion de dossiers complexes : on n'agit pas sur une émotion, on agit sur un plan. Et un plan, ça se construit.Le samedi, elle resta chez elle. Elle ouvrit la note cryptée sur son téléphone et la relut depuis le début — ce qu'elle avait écrit vendredi matin, les faits bruts, datés, sourcés. Elle la trouva solide. Pas complète — il manquait des éléments qu'elle ne pouvait pas reconstituer de mémoire avec suffisamment de précision — mais solide.
Elle rentra du déjeuner à quatorze heures vingt.Couloir du trente-deuxième, le pas régulier, son badge dans la main — et elle s'arrêta net.La stagiaire sortait du bureau d'Adrien.Camille. Vingt-deux ans, arrivée en septembre sur un CV que Larissa avait elle-même présélectionné, recrutée sur un entretien qu'elle avait elle-même organisé. Elle portait son chemisier blanc rentré de travers, et elle replacait une mèche derrière l'oreille avec ce geste précis des femmes qui remettent de l'ordre rapidement. Elle ne vit pas Larissa. Elle
Madame Orsetti avait appelé un jeudi.Le studio était libre au premier du mois — deux pièces, troisième étage, quartier des Lices, une fenêtre qui donnait sur une cour intérieure et non sur la baie, mais une fenêtre quand même et un loyer que la pharmacie de Ventebrise pouvait garantir sans difficulté. Vanessa avait dit oui avant même d'avoir raccroché, avec cette rapidité des gens qui ont pris leur décision depuis longtemps et n'attendaient que le signal.Elle avait annoncé la date à Adrien ce soir-là, à table, entre deux phrases — je pars le premier — avec le même ton qu'elle aurait
Vanessa était sortie.Adrien l'entendit partir à dix heures — les clés, la porte, le silence retrouvé de la villa — et il descendit dans la cuisine faire du café, ce qu'il ne faisait jamais lui-même depuis neuf ans que Larissa ou Vanessa s'en occupaient.Il rata le premier. Trop d'eau. Il jeta, recommença, obtint quelque chose de buvable, et s'assit à la table de la cuisine avec sa tasse et le silence de la maison autour de lui.Il pensa à la visite d'Élise.Pas à ce qu'elle avait d







