LOGINLe réveil de Robert sonna à six heures précises, comme chaque matin depuis ses quinze ans. Avant même d'ouvrir les yeux, sa main s'abattit mécaniquement sur le bouton pour faire taire la sonnerie stridente. Trois bips. Toujours trois bips, jamais plus. C'était devenu un jeu morbide auquel il excellait se réveiller juste assez vite pour éviter que le quatrième bip ne retentisse.
Il se redressa dans son lit impeccablement fait la veille au soir, observant sa chambre baignée dans la lumière grise de l'aube. Tout était à sa place. Le bureau rangé avec une précision militaire, les livres alignés par ordre alphabétique sur l'étagère, le costume pour la journée déjà suspendu à la porte de l'armoire. Une vie sous contrôle. Une vie sans surprise. Une vie qui l'étouffait un peu plus chaque jour. Robert passa une main fatiguée sur son visage. Vingt-trois ans, et il avait l'impression d'en avoir quarante. Ou peut-être zéro. Peut-être n'avait-il jamais vraiment vécu. « Robert ! Le petit-déjeuner est prêt ! » La voix de sa mère traversa le couloir, ponctuelle comme une horloge suisse. Sept heures moins le quart. Toujours sept heures moins le quart. « J'arrive, maman ! » Il enfila son peignoir le bleu marine que sa mère lui avait offert pour Noël, celui qu'il détestait mais portait religieusement et descendit les escalres. L'odeur du café et des tartines grillées flottait dans l'air, mêlée au parfum fleuri du désodorisant que sa mère vaporisait obsessionnellement dans toute la maison. Son père était déjà attablé, le nez plongé dans le journal économique, ses lunettes perchées au bout de son nez aristocratique. Il leva brièvement les yeux à l'arrivée de Robert. « Bonjour, fiston. » « Bonjour, papa. » L'échange rituel. Deux phrases, pas une de plus. Puis chacun retournait à son occupation respective. Sa mère virevoltait autour de la table, déposant du beurre, de la confiture, un verre de jus d'orange fraîchement pressé devant Robert. Elle portait déjà son tailleur beige celui qu'elle réservait pour ses réunions du club de jardinage et ses cheveux étaient coiffés en un chignon si serré qu'il donnait mal à la tête rien qu'à le regarder. « Tu as bien dormi, mon chéri ? » « Très bien, maman. » Mensonge. Il avait passé la moitié de la nuit à fixer le plafond, ce rêve récurrent le hantant encore. Ce rêve où il courait dans une rue inconnue, libre, léger, riant aux éclats sans raison. Et puis il se réveillait dans sa chambre parfaite, dans sa vie parfaite, et la cage se refermait. « N'oublie pas que nous avons le dîner chez les Beaumont ce soir, » rappela sa mère en lissant une inexistante ride sur la nappe. « Leur fille Élise sera là. » Robert faillit s'étrangler avec son jus d'orange. Bien sûr. Élise Beaumont. La fille parfaite pour le fils parfait. Fille d'avocats, diplômée d'HEC, belle selon les standards conventionnels, prévisible comme une horloge suisse. « Je m'en souviens, » répondit-il d'une voix neutre. Son père abaissa son journal, un sourire rare étirant ses lèvres minces. « Élise est une jeune femme remarquable. Brillante, bien élevée, d'une excellente famille. Tu devrais vraiment considérer... » « Papa, » l'interrompit Robert avec une pointe d'exaspération qu'il tenta immédiatement de masquer. « Je me concentre sur mes études pour le moment. » « Tu as vingt-trois ans, Robert. Il est temps de penser à ton avenir. À *notre* avenir. La fusion entre notre cabinet et celui de Maître Beaumont pourrait... » « Jacques, laisse le garçon respirer, » intervint doucement sa mère, bien que son regard suppliant vers Robert disait clairement qu'elle partageait l'opinion de son mari. Robert termina son petit-déjeuner en silence, chaque bouchée lui pesant comme du plomb dans l'estomac. Après avoir débarrassé sa vaisselle toujours débarrasser sa vaisselle, c'était la règle il remonta dans sa chambre pour se préparer. Face au miroir, il observa son reflet. Cheveux bruns soigneusement peignés. Visage aux traits réguliers mais sans relief, comme si toute personnalité en avait été gommée. Yeux noisette qui semblaient toujours légèrement éteints, même quand il souriait. Il ajusta sa cravate bleu marine, sobre, professionnelle et se força à sourire. Le masque était en place. ✿*:・゚ L'université se dressait devant lui comme un temple du savoir, majestueuse et intimidante avec ses colonnes de pierre grise et ses vastes pelouses parfaitement entretenues. Robert gravit les marches du bâtiment de droit, saluant poliment les professeurs qu'il croisait, échangeant quelques mots convenus avec ses camarades de classe. « Robert ! Attends ! » Il se retourna. Maxime, son seul véritable ami ou du moins, la personne qui s'en rapprochait le plus le rattrapait en courant, son écharpe volant derrière lui. « T'as eu le temps de réviser pour le partiel de procédure civile ? » haleta Maxime en arrivant à sa hauteur. « Oui, j'ai passé la soirée dessus hier. » « Évidemment, » soupira Maxime avec un sourire en coin. « Monsieur Perfection ne dort jamais. Tu révises probablement en dormant aussi. » Robert esquissa un sourire poli, mais ne releva pas. Maxime ne savait pas. Personne ne savait. Le cours de procédure civile s'étira pendant deux heures interminables. Robert prenait des notes méticuleuses, levait la main aux moments appropriés, donnait les réponses attendues. Le professeur Durand le félicita pour son analyse d'un cas jurisprudentiel complexe. Les autres étudiants hochèrent la tête, mi-admiratifs, mi-agacés. Robert Lambert. Toujours premier de la classe. Toujours irréprochable. Toujours vide. À midi, au lieu de rejoindre Maxime et les autres à la cafétéria comme d'habitude, Robert prétexa un rendez-vous avec un professeur et s'éclipsa. Il avait besoin d'air. D'espace. De ne plus jouer ce rôle, ne serait-ce que quelques minutes. Ses pas le menèrent hors du campus, dans les rues animées du centre-ville. C'était l'heure du déjeuner et la foule se pressait sur les trottoirs. Robert se laissa porter par le flot humain, anonyme pour une fois, invisible. Il aimait ces moments volés où personne ne le connaissait, où personne n'attendait rien de lui. Il tourna dans une rue qu'il ne connaissait pas, puis une autre. Les façades haussmanniennes laissèrent place à des bâtiments plus modestes, aux murs recouverts de graffitis colorés. Des boutiques vintage côtoyaient des galeries d'art underground. L'atmosphère était différente ici plus vivante, plus authentique, moins policée. Et c'est là qu'il l'entendit. Une voix. Rauque, puissante, chargée d'une émotion brute qui lui coupa le souffle. Robert s'arrêta net au milieu du trottoir, provoquant un juron de la part d'une femme qui faillit le percuter. Mais il ne pouvait plus bouger. Cette voix le clouait sur place comme un sortilège. Il suivit le son jusqu'à une petite place pavée bordée de cafés bohèmes. Et là, assis sur le rebord d'une fontaine délabrée, il le vit. Un jeune homme, probablement du même âge que lui, mais qui semblait appartenir à un univers totalement différent. Ses cheveux noirs mi-longs retombaient en désordre sur son front, une mèche cachant partiellement son œil droit. Il portait un jean troué aux genoux, un t-shirt noir délavé sous une veste en cuir élimée couverte de pins et de badges. Des bracelets en cuir s'entremêlaient à ses poignets, et un tatouage Robert ne pouvait distinguer le motif de là où il se trouvait serpentait le long de son avant-bras. Mais ce n'était pas son apparence qui hypnotisait Robert. C'était la façon dont il jouait de sa guitare. Comme si l'instrument faisait partie de son corps. Comme si la musique coulait de ses veines directement dans les cordes. Ses yeux étaient fermés, sa tête légèrement penchée en arrière, et il chantait avec une intensité qui semblait venir du plus profond de son âme. Robert ne comprenait pas les paroles c'était en anglais, chanté trop vite, trop passionnément mais il comprenait l'émotion. La douleur. La rage. La liberté. Tout ce qu'il s'interdisait de ressentir. Une petite foule s'était rassemblée, certains s'arrêtant quelques instants avant de continuer leur chemin, d'autres restant pour écouter, déposant quelques pièces dans l'étui de guitare ouvert à ses pieds. Mais le musicien ne semblait même pas conscient de leur présence. Il était ailleurs, perdu dans sa musique. La chanson se termina dans un dernier accord violent qui résonna dans l'air automnal. Quelques applaudissements éclatèrent. Le jeune homme rouvrit les yeux. Et son regard croisa celui de Robert. Le monde sembla s'arrêter. Des yeux gris-vert, intenses comme un orage. Un regard qui semblait voir à travers le costume trois-pièces, à travers le masque soigneusement entretenu, directement dans l'âme que Robert s'efforçait de dissimuler. Un demi-sourire étira les lèvres du musicien. Pas un sourire poli. Pas un sourire commercial pour encourager les dons. Non. Un sourire qui disait : *Je te vois. Je vois qui tu es vraiment.* La panique s'empara de Robert. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Ses mains devinrent moites. Il devait partir. Fuir. Retourner dans sa vie ordonnée, dans sa zone de sécurité. Mais ses pieds refusaient de bouger. Le musicien inclina légèrement la tête, comme s'il posait une question silencieuse. Puis il détourna le regard, commençant à accorder sa guitare pour le morceau suivant. Le charme se rompit. Robert recula d'un pas, puis d'un autre. Il se retourna brusquement et s'éloigna à grands pas, le cœur battant la chamade, incapable de nommer ce qu'il venait de ressentir. Ou plutôt, parfaitement capable, mais trop terrifié pour se l'avouer. Il était presque arrivé au bout de la rue quand une voix l'arrêta. « Hé ! » Robert se figea. Se retourna lentement. Le musicien s'était levé et s'avançait vers lui, sa guitare toujours en bandoulière. De près, il était encore plus... Robert ne trouvait pas le mot. Magnétique ? Dangereux ? « Tu as oublié quelque chose, » dit le jeune homme en tendant la main. Robert baissa les yeux. Son portefeuille. Il avait dû le faire tomber dans sa fuite précipitée. « Je... merci, » balbutia-t-il en récupérant l'objet, leurs doigts se frôlant brièvement. Une décharge électrique. C'était la seule façon de décrire cette sensation. « Pas de problème, » répondit le musicien avec ce même demi-sourire énigmatique. « T'avais l'air d'avoir vu un fantôme. Ou entendu quelque chose qui te plaisait pas ? » « Non, je... ta musique était... » Robert cherchait ses mots, ce qui ne lui arrivait jamais. « C'était magnifique. » Le sourire s'élargit, révélant des dents légèrement irrégulières qui rendaient son visage encore plus attirant. « William, » dit-il en tendant la main. « William Mercier. » Robert hésita une fraction de seconde avant de serrer cette main tendue. « Robert. Robert Lambert. » « Enchanté, Robert Lambert. » William ne lâchait pas sa main, ses yeux gris-vert plongeant dans les siens. « T'as pas vraiment une tête à traîner dans ce quartier. Perdu ? » « Je... je me promenais. » « En costard-cravate à l'heure du déjeuner ? » Le ton était moqueur, mais pas méchant. « Laisse-moi deviner. Avocat ? Banquier ? » « Étudiant en droit. » « Ah. » William lâcha enfin sa main, reculant d'un pas. « Ça explique tout. Le futur défenseur de la veuve et de l'orphelin, ou futur requin des affaires ? » Robert se sentit rougir, ce qui l'agaça profondément. Il ne rougissait jamais. « Je ne sais pas encore. » « Honnête, au moins. » William l'observait avec une curiosité non dissimulée. « Bon, Robert Lambert, étudiant en droit et amateur de musique de rue, faut que je retourne bosser. Ces pièces vont pas se gagner toutes seules. » Il fit mine de partir, puis se retourna. « Tu repasseras dans le coin ? » La question prit Robert au dépourvu. « Je... peut-être. » « Cool. » William lui fit un clin d'œil. « J'suis là presque tous les jours. Même heure, même endroit. Au cas où t'aurais envie d'écouter d'autre musique qui te fait fuir. » Et sur ces mots, il repartit vers la fontaine, ses pas légers contrastant avec la lourdeur des chaussures cirées de Robert. Ce dernier resta immobile encore quelques secondes, le cœur battant, le souffle court, complètement déstabilisé. Puis il consulta sa montre. Treize heures quinze. Il était en retard pour son cours de l'après-midi. Lui. Robert Lambert. En retard. Il se mit à courir vers l'université, mais quelque chose avait changé. Quelque chose s'était fissuré dans l'armure parfaite qu'il portait depuis toujours. Et au fond de lui, sous les couches de conformité et de contrôle, une petite voix qu'il ne reconnaissait pas murmurait : *J'y retournerai. Je dois y retourner.* ✿*:・゚ Le dîner chez les Beaumont fut exactement aussi insupportable que Robert l'avait redouté. La maison un hôtel particulier dans le 16ème arrondissement respirait la richesse discrète et le bon goût bourgeois. Tableaux de maîtres aux murs, argenterie étincelante, conversation policée autour de la table en acajou. Élise était assise en face de lui, souriante, parfaitement coiffée, parfaitement habillée, parfaitement ennuyeuse. Elle parlait de son stage dans un grand cabinet d'avocats, de ses projets de carrière, du dernier vernissage auquel elle avait assisté. Robert acquiesçait, souriait aux moments appropriés, posait les questions qu'on attendait de lui. Mais son esprit était ailleurs. Il revoyait des yeux gris-vert. Entendait une voix rauque chanter des mots qu'il ne comprenait pas mais ressentait dans chaque fibre de son être. Sentait encore le frôlement de doigts calleux contre les siens. « Robert ? » Il sursauta. Tout le monde le regardait. « Pardon, j'étais... distrait. » « Je demandais si tu serais intéressé par un stage chez nous cet été, » répéta Maître Beaumont, un homme imposant aux cheveux grisonnants. « Nous avons une affaire importante qui nécessiterait des recherches approfondies. Ce serait une excellente opportunité. » « C'est très généreux de votre part. J'y réfléchirai. » Son père lui lança un regard appuyé. *Ne réfléchis pas. Accepte.* « Élise pourrait te faire visiter le cabinet, » suggéra Madame Beaumont avec un sourire entendu. « N'est-ce pas, ma chérie ? » « Avec plaisir, » roucoula Élise en battant des cils. Robert sentit les murs se refermer autour de lui. Son avenir se dessinait là, autour de cette table. Le stage. Le poste dans le cabinet fusionné. Les fiançailles avec Élise. Le mariage. Les enfants. Une vie tracée au cordeau, sans surprise, sans passion, sans... Sans vie. « Excusez-moi, » dit-il en se levant brusquement. « J'ai besoin de prendre l'air. » Il sortit dans le jardin avant que quiconque puisse protester, aspirant goulûment l'air frais de la nuit. Ses mains tremblaient. Tout son corps tremblait. *Qu'est-ce qui m'arrive ?* Il le savait. Oh, il le savait parfaitement. Mais l'admettre signifiait détruire tout ce qu'il avait construit. Décevoir ses parents. Perdre sa vie confortable. Affronter une vérité qu'il avait enfouie si profondément qu'il avait presque réussi à se convaincre qu'elle n'existait pas. Presque. La porte du jardin s'ouvrit derrière lui. Son père s'approcha, les mains dans les poches, l'air sévère. « Qu'est-ce qui te prend ? » « Rien. Je... j'avais chaud. » « Robert. » La voix de son père était froide comme l'acier. « Je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête en ce moment, mais je te conseille de te ressaisir. Les Beaumont nous offrent une opportunité en or. Ne la gâche pas avec... avec quoi que ce soit d'inapproprié. » Le message était clair. Reste dans le rang. Sois le fils que nous voulons. Ne nous déçois pas. « Oui, papa. » « Bien. » Son père lui tapota maladroitement l'épaule. « Rentre. Élise t'attend. » Robert retourna à l'intérieur, remit son masque en place, et termina la soirée en automate. Mais quelque chose avait définitivement basculé en lui. En rentrant chez lui ce soir-là, allongé dans son lit parfait dans sa chambre parfaite, Robert prit une décision. Demain, à l'heure du déjeuner, il retournerait dans cette rue. Il réécouterait cette musique. Il reverrait William. Juste une fois. Pour savoir si ce qu'il avait ressenti était réel. Juste une fois. *Menteur*, murmura la petite voix dans sa tête. Mais Robert l'ignora et ferma les yeux, rêvant déjà de yeux gris-vert et de liberté.Le samedi matin, Robert se réveilla avec un message :"Tu es sûr ? Je veux pas que tu fasses ça juste parce que je t'ai mis la pression.""Je suis sûr. Je ne sais pas comment gérer les conséquences, mais je suis sûr.""OK. La soirée commence à 20h. Je t'attendrai.""J'y serai."Robert se leva, le cœur battant. Il avait toute la journée pour trouver une excuse. Pour élaborer un plan.Au petit-déjeuner, il observa ses parents. Sa mère rayonnante, son père satisfait. Ils étaient heureux parce qu'il jouait le rôle qu'ils avaient écrit pour lui.Qu'est-ce qui se passera quand j'arrêterai de jouer ?« Tu es bien silencieux ce matin, » nota sa mère. « Nerveux pour ce soir ? »« Un peu. »« C'est normal. » Elle lui tapota la main. « Élise est une fille merveilleuse. Donne-lui une chance, mon chéri. »*Elle ne veut pas une chance. Elle veut un mari sur mesure pour compléter sa vie parfaite. Com
Les jours suivants furent un exercice d'équilibrisme précaire. Robert se levait chaque matin avec un nœud dans l'estomac, enfilait son costume comme une armure, et partait affronter ses deux vies inconciliables. Le matin, il était Robert Lambert, étudiant modèle. Il arrivait en avance aux cours, participait brillamment, prenait des notes impeccables. Ses professeurs rayonnaient. Ses camarades le regardaient avec un mélange d'admiration et d'envie. L'après-midi, il devenait quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui se changeait dans les toilettes d'un café, troquant son costume contre un jean et un pull. Quelqu'un qui retrouvait William sur leur place, qui écoutait de la musique, qui riait, qui se sentait vivant. Quelqu'un qui devait rentrer avant le dîner, remettre son masque, et faire semblant que cette autre vie n'existait pas. C'était épuisant. Ce jeudi après-midi, Robert trouva William en grande conversation avec Léa et deux autres personnes qu'il ne connaissait pas une fille aux chev
- De rien. Et désolé encore pour hier. Vraiment. » Après les cours, Robert se dirigea vers la place habituelle. William était déjà là, jouant pour quelques passants. Quand il vit Robert approcher, son visage s'illumina. Il termina sa chanson rapidement, remercia son public, et rangea sa guitare. « Salut. » « Salut. » Ils se tenaient là, maladroits soudain, conscients que tout avait changé hier. « Tu veux marcher ? » proposa William. Ils déambulèrent dans les rues de Paris, sans destination précise. Robert raconta la confrontation avec son père, le marché qu'ils avaient conclu. « Donc en gros, tu dois être parfait et obéissant, et en échange tu gardes un semblant de liberté ? » résuma William, amer. « C'est plus complexe que ça. » « Non, c'est exactement ça. » William s'arrêta, se tournant vers lui. « Robert, tu te rends compte que tu négocie ta vie comme un contrat d'affaire
Robert parvint à grimper par sa fenêtre juste à temps. Il avait à peine remis sa chambre en ordre et changé de vêtements quand il entendit la voiture de son père se garer dans l'allée. Son cœur battait encore à cause du baiser. Ses lèvres picotaient du souvenir. Il porta ses doigts à sa bouche, incrédule. J'ai embrassé William. J'ai embrassé un garçon. Et c'était... On frappa à sa porte. « Robert ? Ton père est rentré. Il veut te parler. » La voix de sa mère était tendue. Robert prit une grande inspiration, ajusta son pull, et descendit affronter son destin. Son père l'attendait dans le salon, debout près de la cheminée, un verre de whisky à la main. Mauvais signe – il ne buvait jamais en semaine. « Assieds-toi. » Robert obéit, s'installant sur le canapé. Sa mère s'assit à côté
À 14h30, Robert entendit son père partir pour un rendez-vous. Sa mère était au téléphone avec une amie dans le salon. C'était maintenant ou jamais.Il enfila un jean et un pull pas question de sortir en costume aujourd'hui et ouvrit doucement sa fenêtre. Le lierre qui grimpait le long du mur de la maison était assez robuste. Il l'avait utilisé quelques fois au lycée pour rentrer tard après des soirées.Je ne peux pas croire que je fais ça.Mais il le fit. Il enjamba le rebord de la fenêtre et se laissa glisser le long du lierre, priant pour que les branches tiennent. Son pied glissa à mi-chemin et il manqua de tomber, son cœur s'arrêtant net.Mais il parvint au sol en un seul morceau.Il se faufila le long de la maison, évitant les fenêtres du salon, et s'enfuit dans la rue comme un voleur.Ce n'est qu'une fois dans le métro qu'il réalisa l'absurdité de la situation. Robert Lambert, vingt-trois ans, étudiant modèle, s'évadait de
Robert se réveilla avec une sensation étrange un mélange d'euphorie et de culpabilité qui lui nouait l'estomac. La lumière du matin filtrait à travers ses rideaux, et pendant quelques secondes bénies, il flotta dans ce demi-sommeil où la soirée d'hier semblait irréelle.Puis tout lui revint. William sur scène. La chanson. L'étreinte. Les mensonges à ses parents.Il attrapa son téléphone. Trois messages de William, envoyés entre deux et trois heures du matin :"On a fini par fermer le Panic lol. Léa est complètement bourrée et Seb essaie de la ramener chez elle. Marc ronfle déjà sur le comptoir.""Je repense à ce soir. À toi dans le public. J'avais jamais joué pour quelqu'un de spécifique avant. C'était intense.""Désolé je spam. J'suis un peu ivre. Mais tu me manques déjà. C'est con. Bonne nuit Robert."Robert relut les messages trois fois, son cœur se serrant à chaque lecture. William lui manquait aussi. Désespérément. Et c'était terrifiant.Il tapa une réponse :"Bonjour. J'espère q







