MasukLa dédicace dura trois heures. Quand le dernier lecteur partit, Robert s'effondra sur sa chaise, épuisé mais radieux.
« Soixante-douze livres, » annonça Sylvie. « On a vendu soixante-douze exemplaires. C'est énorme pour une première dédicace. »« Vraiment ? »« Vraiment. » Elle sourit. « Ton livre va cartonner, je le sens. »La bande emmena Robert célébrer au Panic. Ils burent, rirent, rejouèrent les meilleurs moments de l'après-midi.« Tes parentsLa partie la plus délicate du tournage fut les scènes avec les familles.Robert avait prévenu ses parents que l'équipe viendrait les filmer. Sa mère avait immédiatement accepté. Son père avait été plus réticent.« Je ne veux pas être exposé publiquement. »« Papa, le documentaire parle de moi. De mon parcours. Mais ça inclut toi et maman. » Robert avait pris une grande inspiration. « Si tu ne veux vraiment pas, je comprendrai. Mais... j'aimerais que tu sois là. »Son père avait fini par accepter. À contrecœur.Le jour du tournage chez ses parents, Robert était un paquet de nerfs. L'équipe s'installa dans le salon immaculé ce salon où il avait grandi, où tant de dîners guindés avaient eu lieu.Sa mère était impeccable, comme toujours. Son père, mal à l'aise, tirait constamment sur sa cravate.David commença doucement.« Madame Lambert, comment avez-vous réagi quand Robert vous a dit qu'il était gay ? »S
Sous les projecteursDécembre arriva avec son cortège de lumières de Noël et de froid mordant. Paris scintillait, festif et magique, mais Robert était trop occupé pour vraiment en profiter.Le tournage du documentaire avait commencé.David Chen et son équipe un caméraman, un preneur de son, et une assistante de production s'étaient installés dans leur vie comme des ombres bienveillantes mais omniprésentes.« Faites comme si on n'était pas là, » disait toujours David.Mais c'était impossible. Comment ignorer une caméra qui captait chaque geste, chaque mot, chaque moment d'intimité ?Le premier jour de tournage fut le plus étrange. L'équipe filma Robert se réveillant, préparant le café, écrivant à son bureau. Des gestes quotidiens soudain chargés de signification.« Parle-moi de ta routine, » demanda David depuis son coin. « Comment tu commences ta journée d'écrivain ? »Robert, mal à l'aise devant la caméra, bafo
La dédicace dura trois heures. Quand le dernier lecteur partit, Robert s'effondra sur sa chaise, épuisé mais radieux.« Soixante-douze livres, » annonça Sylvie. « On a vendu soixante-douze exemplaires. C'est énorme pour une première dédicace. »« Vraiment ? »« Vraiment. » Elle sourit. « Ton livre va cartonner, je le sens. »La bande emmena Robert célébrer au Panic. Ils burent, rirent, rejouèrent les meilleurs moments de l'après-midi.« Tes parents, » dit Léa à un moment. « Putain, je ne pensais pas qu'ils viendraient. »« Moi non plus. » Robert but une gorgée de bière. « Mais ils l'ont fait. C'est... c'est quelque chose. »« C'est énorme, » corrigea William. « Ton père à ta dédicace de livre gay ? C'est un miracle. »« Pas un miracle. » Robert le regarda. « Juste... du progrès. Lent. Douloureux. Mais du progrès quand même. »Plus tard, quand ils rentrèrent au studio, Robert trouva un message de sa mère
PublicationSeptembre arriva plus vite que Robert ne l'aurait cru possible. Les feuilles commençaient à roussir, l'air se rafraîchissait, et dans deux semaines, son livre serait dans les librairies.Libre par Robert Lambert.Son nom. Sur une couverture. Dans des vitrines.L'idée le terrifiait et l'exaltait à parts égales.« Arrête de stresser, » dit William en le regardant faire les cent pas dans le studio pour la millième fois. « Tout va bien se passer. »« Tu ne peux pas savoir ça. »« Si, je peux. » William l'attrapa au passage et le força à s'asseoir. « Ton livre est génial. Claire est géniale. La maison d'édition fait une vraie campagne de promo. Tu as déjà des articles dans Libération, Télérama, Les Inrocks. C'est du solide. »« Et si personne ne l'achète ? »« Alors tu auras quand même écrit un livre. Publié un livre. Raconté ton histoire. » William prit son visage entre ses mains. « Ça, personne
Le silence s'étira, lourd et chargé de sept mois de non-dits.Finalement, son père parla.« Tu es venu. »« Oui. »« Ta mère dit que tu étais là. Quand j'étais inconscient. »« C'est vrai. »Un autre silence. Son père regardait par la fenêtre, évitant les yeux de Robert.« Pourquoi ? »« Pourquoi quoi ? »« Pourquoi tu es venu ? » Son père se tourna enfin vers lui. « Après ce que j'ai fait. Ce que j'ai dit. »Robert s'assit sur la chaise près du lit.« Parce que tu es mon père. Malgré tout. »« Je t'ai mis à la porte. »« Je sais. »« Je t'ai renié. »« Je sais. »« Alors pourquoi... » La voix de son père se brisa légèrement. « Pourquoi tu es là ? »Robert prit une grande inspiration.« Parce que je t'aime, papa. Même si tu ne m'aimes plus. Même si tu me désapprouves. » Il sentit les larmes lui monter. « Mais je ne changera
Dans le hall, William attendait, feuilletant un magazine sans vraiment le lire. Il se leva en voyant Robert.« Alors ? »« Ma mère veut me récupérer dans sa vie. » Robert sourit à travers ses larmes. « Elle dit qu'elle se fiche de ce que pense mon père. »« C'est bien. C'est vraiment bien. » William le serra fort. « Comment tu te sens ? »« Vidé. Émotionnellement épuisé. Mais aussi... soulagé ? » Robert soupira. « On peut rentrer ? J'ai juste envie d'être chez nous. »« Bien sûr. »Dans le métro du retour, Robert appuya sa tête contre l'épaule de William.« Merci d'être venu. »« Toujours. »« Ta mère a raison, tu sais. » Robert leva les yeux vers lui. « L'amour, ça devrait être se sauver mutuellement. »« C'est ce qu'on fait. » William embrassa son front. « Tous les jours. »---Cette nuit-là, Robert ne put pas dormir. Il resta allongé, regardant le plafond, pensant à son pèr







