MasukMarcPuis, au bon moment , peut-être après le dîner, peut-être au petit-déjeuner, quand elle sera douce et vulnérable de sommeil , je poserai la question. Pas à genoux. Ce n’est pas notre style. Debout, face à face. Les yeux dans les yeux. Comme une négociation. La négociation la plus importante de nos vies.« Épouse-moi, Lola. Faisons en sorte que plus rien ni personne ne puisse jamais nous séparer. »Je sais ce qu’elle verra dans mes yeux. Non pas la supplication d’un amant, mais la volonté de fer d’un homme qui a trouvé la pièce manquante de son empire, et qui est prêt à tout pour la garder à jamais.Le manque de ce week-end a été une torture. Mais il a servi de creuset. Il a fait émerger une vérité crue : je l’aime plus que ma propre maîtrise. Et pour garder cette maîtrise, pour garder elle, je dois l’enfermer dans la forme la plus solide, la plus permanente qui existe.L’appartement n’est plus un désert. C’est une scène, en attente du retour de son actrice principale. Et bientôt,
MarcJe suis sorti. Un déjeuner d’affaires. Des conversations creuses. Des visages interchangeables. À chaque éclat de rire féminin, je tournais la tête, brièvement, avant que la déception ne me morde les entrailles. Ce n’était pas son rire. Son rire à elle est rare, précieux, comme un cadeau volé.L’après-midi, j’ai erré dans l’appartement. J’ai ouvert la porte de son dressing. Ses robes étaient alignées, sobres, comme des soldats au repos. J’ai passé la main sur le tissu d’une robe anthracite. J’ai fermé les yeux, cherchant la chaleur de son corps sous le tissu. Fantôme.La colère est venue alors. Sourde, froide. Envers elle, pour être partie. Envers moi, pour la laisser partir. Pour avoir créé les conditions de ce manque. C’était absurde. Nous nous étions mis d’accord. C’était sain, raisonnable. Mais la raison n’a aucun pouvoir sur la bête qui rugissait en moi, privée de son territoire.Puis, cette nuit. L’appel.Quand mon téléphone a vibré sur la table de chevet, déchirant le sile
LolaJe me lève, marche jusqu’à la fenêtre, regardant le jardin ensoleillé.— Avec toi, Sef, je suis la Lola d’avant. Insouciante, bruyante, un peu désordonnée. Je l’aime, cette fille. Elle fait partie de moi. Mais avec Marc… je suis une autre version. Une version que je ne connaissais pas. Une version plus forte, plus complexe, plus… vraie, d’une certaine manière. Une version qui assume ses désirs les plus profonds, même s’ils sont sombres.Je me retourne pour la regarder.— Je ne veux pas choisir entre les deux. Je veux les garder. Toi, et lui. Ma meilleure amie, et l’homme que j’aime. Peut-être que c’est impossible. Peut-être que je vais tout perdre. Mais aujourd’hui, en ce moment, je le défends. Je le choisis. Avec tout ce que cela implique.Sephora me regarde longuement. Son visage passe par une gamme d’émotions : de la colère, de l’incompréhension, de la tristesse, et finalement, une lassitude résignée. Elle pousse un long soupir.— Tu parles comme une illuminée, tu sais ça ? Co
LolaJe me réveille avec les premiers rayons du soleil filtrant à travers les volets de bois de la petite chambre. Une sensation étrange m’habite. Une clarté. Une paix.Le souvenir de l’appel nocturne me revient, non pas comme un rêve fiévreux, mais comme une réalité solide, un point d’ancrage dans la tempête intérieure de la veille. Sa voix, rauque de sommeil et chargée d’une émotion nue. Tu me manques. Ces trois mots ont opéré en moi une alchimie silencieuse.La culpabilité qui me rongeait hier s’est dissipée. Le déchirement s’est apaisé. Je ne suis plus tiraillée entre deux rives. Je suis sur un pont. Et je sais désormais de quel côté je veux marcher.Le collier repose sur ma clavicule, tiède de la chaleur de mon sommeil. Je le touche du bout des doigts. Ce n’est plus une chaîne. C’est un lien. Un choix, porté à mon cou.L’odeur du café frais et du pain grillé monte du rez-de-chaussée. Je m’habille rapidement, le même jean, un autre pull, et je descends.Sephora est dans la cuisine
LolaLa nuit, dans la petite chambre d’amis de Sephora, est d’un silence absolu. Un silence de campagne qui oppresse, qui alerte. Il n’y a pas le léger ronronnement de la climatisation de l’appartement parisien, ni le souffle régulier de Marc à mes côtés. Juste ce vide sonore, et le tumulte assourdissant dans ma tête.Je me retourne dans le lit étroit, les draps rêche s’enroulant autour de mes jambes. Je les repousse avec irritation. Le gratin et le vin pèsent lourd dans mon estomac, mais c’est autre chose qui me tient éveillée. Une inquiétude profonde, viscérale. Une corde tendue à l’extrême, attachée quelque part à Paris, et qui tire, tire sans relâche.Il n’a pas appelé. Il n’a pas envoyé de message. Rien depuis cette photo énigmatique en gare. Le silence est devenu une présence tangible, étouffante. Est-il furieux ? Indifférent ? A-t-il passé la soirée avec ses parents, subissant leurs questions avec son détachement habituel ? Est-il sorti ? Est-il… seul ?L’image de lui, seul dan
LolaLe dîner est exactement ce qu’elle avait promis : réconfortant, simple, délicieux. Le vin est effectivement « pas dégueu ». On parle. Vraiment. Elle me tire les vers du nez, avec la patience d’une pêcheuse à la ligne.— Alors, ce boulot ? C’est vraiment si passionnant ?— Oui, dis-je, et ce n’est pas un mensonge. C’est intense. Exigeant. Je ne m’ennuie jamais.— Et lui ?La question tombe dans un silence soudain, seulement troublé par le crépitement du bois dans le poêle. Elle me regarde droit dans les yeux, sans hostilité, mais avec une fermeté inébranlable.— Il est… brillant, dis-je, choisissant mes mots avec soin. Il sait exactement ce qu’il veut.— Et toi ? Tu sais ce que tu veux, dans cette histoire ?Je baisse les yeux vers mon verre de vin, le faisant tourner lentement.— C’est compliqué, Sef.— La vie est compliquée. Les relations, normalement, c’est censé être simple. Tu aimes, tu aimes pas. Tu restes, tu pars.— Ce n’est pas une relation normale.— Ça, je m’en suis ren







